LES ÉMOTIONS COMME SIGNIFIANTS ET RÉVÉLATEURS
Les
émotions de bases sont la peur, la tristesse, la colère et la
peur. Associées deux par deux, il est possible d'obtenir huit émotions
entremêlées. Ces dernières constituent une base de travail en mettant en
avant des besoins immédiats : il s'agit des besoins de protection (en
lien avec la
peur), de réconfort (en lien avec la tristesse), de changement (en lien
avec la colère) et
de maintien de l'existant (en lien avec la joie).
SOUCI ……………… PEUR et TRISTESSE
HONTE ……………....…………………PEUR et JOIE
ENVIE ……………………………………….. TRISTESSE et COLÈRE
FRUSTRATION ……………………….......……………… JOIE et COLÈRE
NOSTALGIE …………………………………....……………….. JOIE et TRISTESSE
HAINE …………………………………………. PEUR de l'autre et COLÈRE contre l'autre
JALOUSIE ………… PEUR d'être abandonné et COLÈRE contre la personne qui abandonne
CULPABILITÉ ………………………………… PEUR de désobéir et COLÈRE contre la loi
(morale, civile, religieuse, familiale, règles, normes, …..)
La compréhension et la gestion des émotions

Il est important de pouvoir :
- Nommer ses émotions ;
- Pratiquer leur écoute corporelle (sensations physiques) ;
- Identifier les besoins associés ;
- De les mettre en perspective avec son niveau d'autonomie relationnelle.
Nos pensées (ce que je me dis) sont en lien avec nos sensations (ce que je ressens) et déterminent nos comportements (ce que je fais). Il parait donc important de s'observer afin d’appréhender plus efficacement son champ émotionnel pour agir au mieux dans le respect de soi comme des autres.
« L'émotion est ce moment où l'acier rencontre une pierre et en fait jaillir une étincelle car l'émotion est la source principale de toute prise de conscience. »
Carl Gustav Jung
Il est vain de chercher à étouffer ses émotions. Pourtant, trop souvent, on a tendance à se cacher derrière des idées toutes faites, des croyances, des manies voire des addictions afin d'y échapper et malgré tout, rien ne change. A l'inverse, quand commence à accepter ses sentiments, ses peines et ses douleurs, les émotions négatives se dissipent peu à peu.
« Pour guérir notre Enfant Intérieur, nous devons nous
permettre de ressentir ce que nous n'avons pas été autorisés à ressentir
à l'époque, et nous devons valider ces sentiments ».
John Bradshaw
Les êtres humains ont tendance à laisser l'affectif prendre le pas sur la raison
Ainsi, nos décisions et actions sont souvent basées sur l'intuition et l'émotion plutôt que sur la réflexion. Lorsque les émotions prennent le pouvoir, elles peuvent causer des actions dommageables et contraires à nos valeurs, affectant ainsi notre estime de soi et notre confiance.
Pour éviter d'être submergé par des émotions non identifiées et
incomprises, il est crucial d'identifier, de comprendre et de traiter ces émotions.
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La Théorie polyvagale
Il existe aujourd'hui des études qui déterminent que la
régulation de l'état comportemental et émotionnel passe par le système
nerveux autonome qui établit un lien entre le cerveau et
l'organisme. Lorsque ce système fonctionne de façon optimale, il devient
possible de s'autoréguler. Ce processus inconscient est développé dans
la Théorie polyvagale.
Cette dernière explore de quelle manière le système nerveux intervient dans la connectivité et la régulation sociale. La sécurité et la confiance apparaissent alors être à la base d'une relation interpersonnelle. Pourtant, la capacité à évaluer le niveau de sécurité d'une relation n'est pas toujours facile à établir.
La typologie du cerveau
Le cerveau fonctionne comme un système inter-lié mais il est également possible d'identifier certaines parties comme étant chargées de processus déterminés. Celles-ci interagissent ensemble en fonctionnant de manière complémentaire et indépendante. Les neurosciences ont ainsi observé que l'activité cérébrale se polarise en 3 axes et 6 pôles :
L'axe gauche (pôle associé au raisonnement logique) /droit (pôle étant plutôt intuitif et émotionnel) : axe cognitif ;
L'axe haut (pôle du siège de la réflexion) / bas (pôle de l'espace de protection) : axe affectif ;
L'axe avant (pôle qui engage à l'action) / arrière (pôle qui amène à 'analyse, la prise de recul) : axe métacognitif.
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La déclinaison du SNA selon la théorie polyvagale
La théorie polyvagale apporte un éclairage nouveau sur le fonctionnement du système nerveux autonome (SNA). La théorie polyvagale décline le SNA en 3 branches distinctes.

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Le schéma suivant propose une rapide vue d'ensemble des 5 états de bases : engagement social, fuite/combat, figement / menace de mort, mobilisation, tranquillité.
Lien d'attachement et neuroception
La neuroception renvoie à la capacité à évaluer, dans une situation donnée, la sécurité et le danger. Le résultat de cette évaluation va générer une série de réactions physiologiques qui à leurs tours, vont déclencher une réponse comportementale. En fonction de notre histoire de vie, notamment si nous avons subi des négligences, des carences affectives durant les premières années de notre vie ou des traumatismes, notre neuroception va être perturbée et se dérégler.
La neuroception réagit aux signaux de danger (ou de sécurité) par le biais de trois voies : l'intérieur du corps, l'extérieur du corps (environnement) et les relations entre les personnes.
Traumatismes et Système Nerveux : Comment se Libérer du Mode Survie ?
https://www.youtube.com/watch?v=HVVpa_-pLkE
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L'état de défense chronique
La Théorie polyvagale dit que les états de mobilisation pourraient compromettre la capacité d'un individu à détecter des signaux sociaux positifs. De fait, pour une personne qui est en état de stress chronique, le système nerveux autonome est en situation d’interpréter qu'il y a un danger alors qu'en réalité, aucun danger réel n'est présent. On peut parler de résilience quand il devient possible de passer d'un état à un autre en fonction de l'adaptation à son environnement (engagement social, mobilisation, immobilisation).
Certaines douleurs chroniques, difficiles à diagnostiquer ou à traiter
peuvent être attribuées à un système nerveux autonome dysfonctionnel.
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Les troubles relationnels
De fait, les émotions n'ont pas vocation à être stockées. Pourtant, elles peuvent parfois s'inscrire dans notre histoire et devenir la source de certains symptômes. Dans ce cas, les émotions nous positionnent dans nos attitudes et comportements (actions constructives ou destructives) selon notre niveau d'autonomie relationnelle. Ce concept correspond à notre capacité à être vrai et mesuré dans le respect de soi et des autres. Plus je suis librement en relation avec l'autre, plus je suis en relation avec moi et inversement.
Ce processus nécessite une adaptation et une recherche de ressources de sécurité d'un point de vue intrapersonnel et interpersonnel.
Le cerveau du haut (pensée, imagination, planification) travaille alors en étroite collaboration avec le cerveau du bas (respiration, émotions fortes et réactions innées au danger).
Il faut donc penser les troubles émotionnels sur un mode relationnel en fonction d'une :
- Déficience de base de l'autonomie relationnelle (vulnérabilité) en lien avec l'attachement dans l'enfance ;
- Perte (ultérieure) d'autonomie relationnelle en lien avec un vécu relationnel de vie délétère (psycho-traumatisme).
Ce qui donc transforme une émotion normale en une émotion pathologique source de conflit correspond bien souvent à des blessures émotionnelle infantiles non cicatrisées (lien d'attachement insécure) ou à un/des évènement(s) traumatique(s) subi(s) (accidents, deuils, maltraitances, violences ...) non résolu(s).
Dans ce cas, ce que l'on appelle cerveau du haut et cerveau du bas ne collaborent plus. Le cerveau se trouve alors dans un état dissocié.
La Théorie polyvagale prend tout son sens quand on la met en perspective avec l'axe affectif.

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Vivre en sécurité
Nous
avons besoin de nous sentir en sécurité pour pouvoir vivre pleinement
et nous développer. Lorsque c'est le cas, lorsque nous fonctionnons dans
notre fenêtre de tolérance, notre cerveau libère de l'ocytocine, nous
pouvons ressentir des sensations agréables, développer des capacités
relationnelles, des capacités d'apprentissages et de productivité, nous
nous sentons détendus, nous sommes à l'écoute de nos besoins et de nos
envies et nous sommes connectés aux besoins et aux réactions des autres
et de l'environnement.
La régulation vagale
Le corps apparaît être le support physique de notre réalité intérieure qui comme un reflet, crée ensuite la réalité extérieure dans laquelle nous évoluons chaque jour. Le corps réagit ainsi à nos pensée, croyances, souvenirs ou aux événements de notre vie par figement ou défigement sans même que nous en prenions conscience. Les figements sensoriels sont toutes ces rigidités corporelles, émotionnelles et mentales qui s'imposent à nous. Quand le corps est mal, la tête l'est aussi et vice versa. De fait, le système nerveux autonome, composé d'un accélérateur et d'un frein, régule notre métabolisme, nos fonctions vitales, nos rythmes biologiques, notre capacité à nous mettre en action et à nous reposer, notre capacité à sentir ce qui se passe en nous, nos émotions, ainsi que nos contacts avec les autres.
Notre neuroception, terme utilisé par Stephen Porges (fondateur de la Théorie polyvagale), identifie alors une situation ou une personne comme sûre ou comme dangereuse. En fonction de l'évaluation neuroceptive, nous activons des comportements prosociaux ou défensifs. Au cours de notre vie, et en particulier dans l'enfance, nous avons engrammé des expériences qui marquent de leur empreinte notre évaluation du risque.

Des symptômes émotionnels et physiques peuvent donc être mis en lien avec une dimension dysfonctionnelle (dysautonomie) du système nerveux autonome.

Le stress chronique s'accumule dans le système nerveux, menant à des défis de santé mentale et physique.
Remarque :
Par charge allostatique, on entend l'usure du corps découlant de différents systèmes physiologiques qui réagissent aux contraintes de l'environnement.
La Théorie polyvagle et le stress
Selon Louis Crocq (psychiatre), le stress peut être défini comme « la réaction réflexe, neurobiologique, physiologique et psychologique d'alarme, de mobilisation et de défense, de l'individu à une agression, une menace ou une situation inopinée ».
La théorie polyvagale nous permet d'apprécier les différentes réponses physiologiques possibles face au stress. On peut décrire ce modèle à travers un schéma sous la forme d'une croix : le système nerveux sympathique constituant un axe et le système nerveux parasympathique (nerf vague) en constituant l'autre. Sous l'influence du stress, le haut de l'axe vagal invite à la connexion, ce qu'appelle Stephen Porges, l'engagement social. En cas d'échec, l'organisme passe en mode de lutte ou de fuite. Si cela échoue également, la partie inférieure de l'axe vagal passe en mode protection en réagissant par une inhibition.

SNA :
On le dit autonome parce qu'il fonctionne
en-deçà de notre conscience
et hors de notre volonté.
Il ne nous dit pas qui nous sommes mais comment nous sommes.

Il est possible que les interactions précoces entre l'enfant et son entourage se soient mal passées. Ainsi, la communication émotionnelle n'a pas pu toujours s'établir sur une base d'un engagement social performant à cause d'un sentiment d'insécurité vécu dès l'enfance en lien avec un attachement insuffisamment sécure ou du fait de psychotraumatismes non intégrés. De fait, les éléments de l'environnement qui ont été associés à une situation menaçante dans le passé sont répertoriés comme des signaux de danger encore aujourd'hui. Si le système détecte ces éléments dans une nouvelle situation dans le présent, il se sentira menacé et réagira à ses signaux de danger en activant la branche sympathique ou la branche vagale dorsale pour déclencher une réponse de défense (combat ou fuite) ou de survie (figement/ effondrement).
Dans ce cas, se tourner vers l'humain en cas de perturbation émotionnelle ne va pas de soi car le système nerveux autonome peut alors se retrouver bloqué en état de défense chronique dans la relation à l'autre.

Dans un tel contexte, le cerveau du bas sent du danger. Ainsi, nous l'avons vu précédemment, celui-ci se retrouve déconnecté du cerveau du haut qui n'est alors plus en situation de pouvoir apprécier en toute indépendance son environnement. Le cerveau du haut se déconnecte pour s'assurer que le cerveau du bas peut se concentrer sur la « survie ".
Le cerveau du haut, où l'on retrouve le cortex frontal, est notre cerveau pensant et réceptif. C'est de
là que proviennent la logique, le raisonnement et la maîtrise de soi.
Le cerveau du bas, où l'on retrouve le tronc cérébral, l'amygdale, le SNA et l'aire limbique, est notre cerveau réactif
et défensif. C'est de là que proviennent les réactions de combat, de
fuite ou de blocage.
Nous pouvons noter que le cortex continue sa maturation tout au long de l'enfance et de l'adolescence et ne s'achève complètement que vers 25 ans. C'est d'ailleurs pourquoi les enfants n'ont pas la capacité d'agir avec le même recul que les adultes.
L'état de soumission
Stephen Porges, dans la théorie polyvagale, ne fait pas directement référence à l'état de soumission. Ce concept a été popularisé par Pete Walker, thérapeute spécialisé dans les traumas complexes. Ce n'est pas une réponse neurologique à part entière, mais une stratégie comportementale secondaire basée sur les circuits sociaux (ventral vagal) et dissociatifs (dorsal vagal).
L'état de soumission correspond ainsi à une réponse adaptative intégrée par certaines personnes qui ont fait face à un trauma de développement et/ou qui ont développé un style d'attachement insécure. Les personnes adoptant ce comportement recherchent leur protection en répondant aux souhaits et exigences d'autrui, reniant ainsi leurs propres besoins et limites. Il s'agit là d'une réponse physiologique dite "relationnelle" qui permet la survie dans un espace insécure. Le moteur de cette réponse est la peur de l'abandon, du rejet ou de la violence. L'état de soumission peut alors apparaître comme le seul chemin reconnu pour faire baisser une montée de stress insupportable et retrouver un sentiment de sécurité.
Pour autant, il s'agit d'une sécurité illusoire car ce mécanisme isole de soi-même et des autres. De plus, il contient l'idée que l'amour ne peut pas être inconditionnel. En conséquence, cet état nourrit au fond de soi une colère réprimée et engendre souvent une vulnérabilité face aux relations marquées par la dépendance et/ou l'emprise.
À retenir :


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Jan Winhall est une psychothérapeute Canadienne spécialisée dans le traitement du trauma et des addictions. Son approche thérapeutique considère les addictions comme des réponses adaptatives du système nerveux autonome notamment dans le cas de psycho-traumas. Ce modèle repose sur l'idée que les comportements addictifs sont des stratégies de régulation de l'état interne, souvent issues de traumatismes non résolus. Elle décrit un état interne mixte (dorsal/sympathique) assez proche de celui de l'état de soumission qui quand il devient chronique, crée une tension interne : envie d'agir mais incapacité à le faire. Pour certains, cela peut conduire à l'âge adulte à des comportements compensatoires comme les addictions (alcool, nourriture, jeux, écrans…) qui servent à apaiser la détresse corporelle et émotionnelle.
La théorie Polyvagale et l'hypnose
Dans le champ de l'hypnose, le TPV propose une grille de lecture nécessaire afin de mieux comprendre les mécanismes qui sous-tendent certaines difficultés, blocages ou autre incapacité à entrer dans l'action. En effet, cette théorie explique comment le corps et le cerveau interagissent pour réguler les états physiologiques.
Ainsi, les thérapies qui visent à traiter les liens fonctionnels entre l'esprit /
cerveau et le corps (dont fait partie l'hypnose), peuvent alors apparaître des plus adaptées pour travailler la perception de soi, des autres et du monde.
Le système de Traitement de l'Information
Un processus du « traitement adaptatif de l'information », présent chez tout individu permet de résoudre d'une manière adaptée et pertinente les difficultés qui sont rencontrées. Cependant, certains évènements peuvent bloquer le système de traitement de l'information lorsqu'ils génèrent trop de perturbations émotionnelles. Ces évènement ne peuvent donc pas être convertis en souvenirs et rangés dans le registre de la mémoire autobiographique (mémoire explicite).
En conséquence, un événement sans grande importance peut souvent faire échos à un
souvenir similaire (non intégré) plus ancien qui possède encore une charge
émotionnelle forte. Cela vient alors réactiver la "blessure" plus
ancienne et prolonger l'état de défense chronique du système nerveux autonome.
Le système nerveux autonome (le cerveau du bas) est ainsi au cœur de notre expérience vécue.
Comprendre le stress d'un point de vue biologique
En réponse à un évènement source de stress, le corps sécrète une hormone nommée cortisol. Cette hormone sera libérée tant que la situation sera perçue comme alarmante par l'organisme. Il a été constaté que si un niveau élevé de cortisol se retrouve dans l'organisme sur une période prolongée, on augmente le risque de développer des troubles de dépression, d'anxiété ou de stress post-traumatique.
Le cerveau est alors remodelé. Son fonctionnement s'en retrouve modifié notamment au niveau de trois régions très sensibles : l'hippocampe, le
cortex préfrontal et l'amygdale.
L'hippocampe joue un rôle important dans l'apprentissage et la mémoire. Sous l'effet d'un stress prolongé, cette région rétrécit et cause des troubles de mémoires et des difficultés d'apprentissage. Cette diminution du volume de l'hippocampe peut aussi entraîner l'apparition de symptômes de dépression.
Du côté du cortex préfrontal, le stress chronique ralentit l'activité et vient altérer la prise de décision, la résolution de problèmes, la concentration et la planification.
L'activité de l'amygdale quant à elle, augmente en fonction du niveau d'intensité du stress. La régulation des émotions s'en trouve alors affectée.
C'est ainsi qu'on voit apparaître plus d'anxiété chez les personnes qui vivent du stress chronique (état de défense chronique).
Quand l'émotion devient structurelle faute de décharge
Si une émotion négative est trop souvent éprouvée et ignorée et qu'aucune action n'a lieu pour la soulager, une alarme émotionnelle continuera donc de s'activer en :
-
Mobilisant le corps (activation du système sympathique) via des émotions comme la colère ou la haine qui perdureront ;
ou
-
Immobilisant le corps (activation du système parasympathique dorsal) via des émotions comme la terreur, le désespoir, la soumission qui elles aussi perdureront si rien n'est mis en place pour stopper le processus.
En effet, l'information spécifique liée à un évènement facteur de stress est stockée de manière fragmentée (des images, des sons, des odeurs…) au niveau cérébral (amygdale), ce qui empêche son intégration dans la mémoire de manière adaptée (cortex préfrontal en lien avec le néocortex et hippocampe). Parfois, ce processus peut se mettre en place avant même que l'enfant n'ait développé le langage. Ils sont alors donc dits « pré-verbaux » et enregistrés sous forme de traces mnésiques, d'émotions et de sensations corporelles.

La relance du système de traitement de l'information
Aucune évolution ne peut avoir lieu pendant les phases de mobilisation (hyperactivité vagale) ou d'immobilisation (hypoactivité vagale). Une remise en mouvement n'est possible que lorsque le système d'engagement social
est activé (réponse vagale ventrale) et quand il est possible de se sentir en
sécurité. En thérapie, le but est d'améliorer la flexibilité du SNA afin d'obtenir une fluidification
du système de régulation autonome et de permettre ainsi une meilleure régulation au niveau physiologique.
Dans ce travail de fluidification, la qualité de la relation thérapeutique semble essentielle : le praticien doit être doté d'une grande capacité d'écoute et d'une grande capacité d'accordage afin de maintenir le consultant dans sa fenêtre de tolérance et ne pas l'exposer trop fort ni trop vite à des signaux déclencheurs. Il faut pouvoir présenter progressivement (en imagination active) au sujet et à son système nerveux les éléments identifiés jusque-là comme des signaux de danger pour l'amener à retraiter ces informations autrement, jusqu'à ce qu'elles soient suffisamment désamorcées.
La Théorie polyvagale part du postulat que c'est dans la connexion corps-esprit que la remise en mouvement est possible.
Dans ce contexte, l'hypnose peut alors apparaître comme un moyen de relancer efficacement le traitement de l'information en vu d'intégrer l'évènement initial. Grace à la transe hypnotique, en partant d'une émotion négative récente, un stress,
une colère, de la tristesse, on va pouvoir accéder
progressivement une chaîne d'événements similaire et ainsi remonter
jusqu'à l'origine du problème.
Dans ce cadre, l'hypnose va permettre une corégulation des facteurs de stress
en intervenant sur le jeu des représentations mentales, des
associations d'idées, des liens qui ont pu être tissés entre différents
contextes de vie et certaines émotions trop envahissantes voire
traumatisantes comme des éventuelles douleurs qui peuvent leur donner forme
sur le plan somatique.
Par le biais de la transe hypnotique et de la métaphore, la personne va pouvoir ré-associer ses sensations corporelles, ses émotions et ses croyances en lien avec ses souvenirs.
Il est à noter que le stress peut se manifester de plusieurs manières :
- Par des signes physiques : douleurs physiques, insomnie, fatigue, manque d'appétit ;
- Par des signes émotionnels : anxiété, angoisse, irritabilité, colère ;
- Par des signes comportementaux : agressivité, isolement, addictions.
Le travail hypnotique va donc devoir intégrer les notions relatives à l'approche polyvagale dans la mise en œuvre d'un processus de remobilisation du système d'engagement social.
Le but est d'offrir la possibilité aux personnes enfermées dans des schémas de tristesse ou de colère, de pouvoir (ré)investir le champ de la socialisation. Dans un tel contexte, l'hypnose va se donner comme intention de stimuler la mémoire afin de provoquer une contre-réaction du cerveau et déconditionner le négatif. Cela consiste à utiliser l'émotion liée au problème comme un fil conducteur pour retrouver l'évènement la première fois où le sujet a ressenti ce type d'émotion et rendre possible la régulation des facteurs de stress. On parle également de régression.
Il faudra ainsi provoquer la connexion de deux types de mémoire :
-
La mémoire dite implicite (attachée à l'amygdale cérébrale) qui enregistre les émotions vécues par le corps et les stimuli sensoriels les ayant déclenchées de manière totalement inconsciente ;
et
-
La mémoire explicite (attachée à l'hippocampe et au néocortex) qui enregistre les représentations capables d'être décrites verbalement et pouvant donc faire l'objet d'une symbolisation conscientisées.
Ces deux mémoires devront être réactivées de manière concomitante dans le travail hypnotique afin que puisse avoir lieu l'abréaction (quand l'affect et la verbalisation du souvenir font irruption en même temps dans le champ de la conscience) et le début d'un processus de sécurisation. On parle aussi de libération émotionnelle. Suite à ce processus, les évènements auront dès lors la possibilité d'être (ré)interprétés tant sur le plan de leur représentation (cognitif) que sur celui des émotions et des sensations corporelles. Cette étape dans ce processus de régulation du stress, consiste à aider le sujet à modifier la symbolisation de l'évènement vécu afin qu'il ne se sente plus limité dans son évolution. On peut alors parler réapprentissage.
Evelyne Josse (Psychologue clinicienne et psychotraumatologue, chargée de cours à l'Université de Lorraine) parle de scénarios réparateurs par lesquels le patient revisite son passé douloureux tout en utilisant activement ses ressources actuelles et adaptatives ainsi que son imagination. Ce procédé favorise la connexion entre le réseau de mémoire dysfonctionnel qui contient l'événement traumatique et les informations adaptatives stockées dans d'autres réseaux de mémoire : ce que l'on appelle les ressources en hypnose. Il faut savoir que les circuits de la mémoire sont extrêmement plastiques. En effet, des expériences imaginaires peuvent créer de nouveaux circuits neuronaux et de nouvelles réponses car les centres émotionnels du sous-cortex ne font pas la différence entre les perceptions internes et externes (Ecker et al., 2012).
Le lien au réel et le processus de symbolisation
Le lien au réel est une représentation de ce qui se passe à l'intérieur de nous et des effets observés à l'extérieur de nous. Il s'agit d'une expérience subjective ce ce qui est perçu. Ce lien au réel peut être rattaché à l'image d'un arbre, composé de ses racines, de son tronc et de ses fruits.

Nos pensées et nos émotions, correspondent aux racines.
Nos actions correspondent au tronc. La densité de nos actions est proportionnelle au diamètre du tronc.
Nos résultats, c'est-à-dire ce que nous obtenons, correspondent aux fruits. La quantité de fruits symbolise celle des résultats.
Dans la subjectivité de l'expérience, les pensées alimentées par nos croyances font vivre nos émotions qui alimentent nos actions produisant elles-mêmes nos résultats. Ces résultats ont eux aussi une répercussion sur les pensées et les émotions et donc sur nos actions et ainsi de suite. C'est pourquoi, la nature de nos émotions et de nos pensées va déterminer celle de notre vie et de la représentation que l'on en a. La subjectivité de l'expérience perçue peut ensuite s'exprimer à travers le langage (expression de la pensée) et servir en quelque sorte de caisse de résonance à l'imaginaire qui les valide et les confirme.
De fait, le lien au réel s'effectue donc à la fois par la représentation que l'on se fait de l'inscription d'une expérience dans l'inconscient, mais aussi par l'intermédiaire de mots exprimés trouvant leur place dans le champ de la conscience. Toutefois, il est nécessaire que cette représentation puisse faire lien avec son intériorité, avec les autres ainsi qu'avec le monde afin de donner sens à un évènement. Effectivement, même s'il existe une part de subjectivité dans la mise en œuvre de cette représentation, il est indispensable de pouvoir aboutir à un espace commun, à un espace partagé par les autres et le monde environnant. C'est ce que l'on appelle le processus de symbolisation.
Toutefois, le processus de symbolisation peut se désorganiser, être mis à mal face à des situations de vie difficiles. De fait, des objets non-symbolisés demeurent ainsi coupés de leur sens. Il y a alors distorsion entre la ressenti qu'a la personne d'une évènement et la réalité vécue par les autres et le monde. La personne va donc inclure l'expérience non-symbolisable et la maintenir plus ou moins verrouillée dans son inconscient. Le contenu de cette expérience cherchera toutefois à être symbolisé mais faute de pouvoir revenir à la conscience sous forme de souvenirs, c'est le corps qui deviendra porteur de cette expérience. Cela prendra alors le chenin de l'agir voire de la somatisation pour tenter d'apparaitre à la conscience. Comme nous l'avons vu quand l'émotion devient structurelle, il y a là une limite importante dans l'intention d'une (re)mise en mouvement, source possible de changement.
Dans ce cadre, l’enjeu d'une prise en charge portera sur l'attention particulière à donner à la dimension émotionnelle et corporelle du vécu afin de faire évoluer les représentations et quitter ainsi une posture figée vis à vis de soi, des autres et du monde.
La dissociation de l'intimité considérée comme un dysfonctionnement du processus de symbolisation
Cet état chronique de menace, souvent en lien avec un attachement insécure voire un psychotraumatisme, inhibe la capacité d'être avec soi-même (autorégulation) et la capacité de se réguler mutuellement dans l'engagement social (corégulation) tout en favorisant un malaise par rapport au fait de développer une intimité. Vincenzo Carretti (Psychologue clinicien) parle alors de "Dissociation de l'intimité".
La Dissociation de l'intimité consiste à désactiver le système d'attachement social et à dissocier le plaisir de se sentir en sécurité avec les autres et dans les relations intimes, puisque tout cela est ressenti comme une source de menace.
La tentative d'évitement des émotions
L'évitement des émotions, dans un but de protection de soi, est la
caractéristique principale de ceux qui ont notamment survécu à la
maltraitance et à la négligence dans le cadre d'un trauma de développement. Lorsque les émotions deviennent trop intenses, les personnes s'empêchent alors de ressentir à
nouveau des émotions pénibles en tentant de les éviter par différents
moyens :
- L'amnésie ;
- La dissociation ;
- Les compulsions ;
- La consommation ;
- L'automutilation.
Or, les recherches, de même que l'expérience clinique, démontrent très clairement qu'essayer d'éviter les émotions produit l'effet contraire parce que la suppression accroit les affects négatifs et augmente l'activation physiologique. Supprimer ou éviter les pensées, sentiments ou comportements a pour effet que ce qui est supprimé devient intrusif et prend une valence négative. En fait, plus on essaie de fuir ou de supprimer ses émotions, plus elles s'amplifient.
Il est donc nécessaire de pouvoir les affronter.
Par ailleurs, les adultes qui ont survécu à la maltraitance et à la négligence
réagissent souvent mal à la neutralité dans leurs relations interpersonnelles quand elles sont en attente d'une prise de position de la part de leur environnement. Cette absence de réaction chez l'autre, en
recréant les conditions invalidantes de leur enfance, peut alors favoriser une perception négative quant aux intentions de leur(s) interlocuteur(s) et interpréter cette neutralité comme un déni, une condamnation ou un rejet de ce qui est éprouvé.

