DES REPÈRES THÉORIQUES AU SERVICE DU CHANGEMENT
Chaque approche thérapeutique repose sur une certaine conception de l'être humain, de la souffrance psychique et des conditions du changement. Ma pratique s'inscrit dans une vision intégrative, nourrie par les apports de la psychologie clinique, de la théorie de l'attachement, de la psychotraumatologie, des neurosciences affectives et des thérapies expérientielles. Les principes présentés dans cette rubrique constituent les fondements de mon travail clinique. Ils permettent de comprendre comment se construisent les difficultés psychologiques, mais aussi comment il est possible de les dépasser grâce à une relation thérapeutique sécurisante, à une meilleure compréhension de son fonctionnement et à la création de nouvelles expériences émotionnelles transformatrices.
Grandir à travers ses expériences
L'objectif est de travailler sur soi de manière à accéder à la singularité de son monde relationnel pour :
• Apprendre
à exprimer de façon positive sa colère, sa peine, sa joie ou
sa peur ;
• Mieux se
connaître et se faire plaisir sans chercher la perfection tout en apprenant à identifier ses
points forts et ses points faibles, à établir ses limites et à avoir des attentes
réalistes envers soi-même ;
• Identifier ce qui nous rend heureux, trouver un équilibre entre ce que l'on peut et ce que l'on ne peut pas changer en soi.
Quand la solution crée le problème et que le problème contient la solution !
Paul Watzlawick, membre phare du groupe de recherche de Palo Alto, voit dans l'Approche Systémique et Stratégique dont je m'inspire, une école de pensée qui étudie comment l'individu se rapporte à la réalité, ou comment il entre en relation avec lui-même, avec les autres et avec le monde. Cette approche repose sur l'idée que chacun construit « sa réalité » et réagit en fonction de cette lecture personnelle. Elle met ainsi en avant la difficulté qu'il y a à supporter le fait de ne pas pouvoir résoudre son problème à l'instant présent. De fait, ce n'est donc pas le passé qui fait le plus souffrir. C'est pourquoi il est nécessaire d'analyser les interactions dans le moment présent et de considérer que si la difficulté de la personne perdure, cela signifie que les tentatives de solutions qu'elle met en place ne fonctionnent pas.
Cette approche se définit comme non normative et « non pathologisante » : elle propose des procédures de communication orientées vers la résolution des problèmes présentés par les patients.
L'hypnose : un processus activateur de ressources
Un outil de communication entre conscient et inconscient qui réveille l'intuition.
L'hypnothérapie permet d'agir à plusieurs niveaux :
- au niveau sensoriel
(vision, odorat, goût, ouïe, toucher, système vestibulaire et le système proprioceptif) ;
- au niveau cognitif (pensées négatives, croyances) ;
- au niveau émotionnel (prise de conscience, énonciation et contrôle des émotions) ;
- au niveau motivationnel
(intentions, projets, autonomie).
Le praticien favorise l'exploration de soi et l'expérimentation de nouvelles façons d'être ou d'agir.

Trois postulats caractérisent cette approche :
Le changement est continuel. Il vous expose à des difficultés passagères, habituellement résolutives. En cas d'absence de résolution de ces difficultés, c'est la répétition d'une même tentative de solution qui crée le problème ;
Une fois créé, le problème persiste sous l'influence de votre comportement et de vos interactions avec votre entourage ;
En éliminant le comportement qui alimente le problème, ce dernier se modifie et devient une difficulté résolutive, ou mieux encore, il disparaît.
L'important n'est pas ce qui arrive mais ma relation à ce qui arrive.
- Ludovic LEROUX -
Le travail thérapeutique consiste alors moins à rechercher indéfiniment les causes qu'à identifier ces cercles vicieux interactionnels afin de favoriser l'émergence de nouvelles réponses plus adaptées. Il s'agit de comprendre comment la personne vit son expérience, comment elle interprète les événements, les émotions qu'elle ressent et les stratégies qu'elle met en œuvre pour y faire face. En effet, ce ne sont pas uniquement les situations qui génèrent la souffrance, mais également le sens que leur attribue le sujet et les réponses qu'il mobilise pour tenter de retrouver un équilibre.
Donner du sens à l'expérience
Le processus de mouvement en lien avec le temps qui passe donne forme à l'expérience de chacun tout au long de sa vie. Le sens qu'une personne attribue à son expérience est empreinte de subjectivité de par les perceptions positives ou négatives qu'elle en a. Le passé y tient une place prépondérante. Il est nécessaire de lui donner du sens. Bien souvent, le passé est considéré comme lourd. Dans ce cadre, la notion d'expérience a alors vocation à se traduire par une réalité vécue de façon plutôt négative dans laquelle le passé ne peut ni être modifié, ni être effacé. De plus, ce passé ainsi que la perception de ce qu'il a été, donne lieu à des croyances souvent très profondes et bien ancrées. Il paraît ainsi impossible de vouloir faire disparaître ces croyances. Toutefois, il est toujours possible de cultiver l'intention de les contenir avec conscience et compassion pour leur donner du sens.
Dès lors, un travail sur soi peut modifier le regard qui est posé sur le passé. Un changement de prisme devient désormais plus facile à partir du moment où ces croyances sont devenues conscientes et qu'elles font l'objet d'acceptation et d'auto-compassion. Le fait de ne plus les entretenir et de s'identifier à elles peut avoir un véritable impact sur le présent. Ce mécanisme offre une perspective de changement car il permet de préparer un avenir plus ouvert et de donner lieu à un nouveau souffle. On parle même parfois d'élan vital.
En reconnaissant que les croyances ont vocation à se construire pour faire face au aléas de la vie et non pas à représenter la personne dans sa quête d'identité, il devient possible de se sentir pleinement vivant de par l'espoir qui est généré.
Ne pas nous sentir totalement
vivants dans le présent nous maintient plus fermement emprisonnés dans le passé.
- Bessel Van der Kolk -

• Le passé sert à se renseigner, se rappeler, à fournir des références permettant d'éclairer le présent ;
• Le présent a pour fonction de représenter l'environnement, d'interagir avec celui-ci, de se mettre en action, de réaliser les objectifs ;
• Le futur est ce qui permet de créer des options, en quelque sorte de « rêver », il donne envie et fournit la motivation pour agir au présent.
Tant que vous n'aurez pas rendu l'inconscient conscient, il dirigera votre vie et vous
appellerez cela le destin.
- Carl Gustav Jung -

Donner du sens sert à passer de la survie
à la liberté, de la honte à la dignité et du chaos à une identité plus cohérente.
l
Définir et comprendre le fonctionnement singulier d'une personne
Trois grandes approches
Dans ma pratique, j'adopte une démarche qui s'appuie sur trois grandes approches complémentaires du psychisme :
- L'approche clinique qui consiste à observer et décrire finement les comportements, symptômes et traits de personnalité, afin de dresser des tableaux précis de la vie psychique ;
- L'approche structurale qui permet de comprendre le psychisme comme un ensemble cohérent d'instances et de mécanismes, en analysant leurs interactions et leur organisation interne ;
- L'approche développementale qui étudie l'évolution du psychisme à travers les grandes phases de la vie, permettant d'identifier comment des réussites ou des échecs dans le parcours développemental influencent les expériences actuelles.

Cette démarche me permet d'appréhender chaque personne dans sa singularité, en combinant observation fine, compréhension structurelle et perspective développementale, pour un accompagnement adapté et respectueux de chaque trajectoire de vie.
L'objectif, au delà de chercher la source d'un problème, est d'explorer la façon dont ce problème se manifeste. De fait, il ne s'agit pas seulement de savoir "pourquoi" mais aussi de comprendre "comment" s'organisent les façons de penser, de faire et d'être de la personne accompagnée.
La notion de personnalité
La personnalité peut se définir par toutes les caractéristiques et fonctions de la partie « Esprit » de l'appareil psychique. Ainsi, la personnalité comprend donc les aspects conscients et inconscients de l'esprit. L'étendue d'une personnalité se délimite par son historique et dans ses écosystèmes, ce qui nous permet de distinguer une personne donnée d'une autre.
D'un point de vue fonctionnel, la personnalité peut être comprise comme un système qui organise en permanence les échanges entre l'individu et son environnement. Elle reçoit des informations qu'elle interprète à partir de références internes construites par l'histoire personnelle, ce qui constitue les afférences. Sur cette base, elle produit des réponses émotionnelles, cognitives et comportementales, appelées efférences, qui visent à s'adapter à la situation.
L'ensemble de ce processus tend à optimiser l'accès aux ressources affectives, identitaires et sociales, tout en maintenant une certaine cohérence interne. Ainsi, la personnalité fonctionne comme une dynamique d'ajustement continu entre perception du monde et stratégies de réponse.
Trois fonctions psychologiques prédominent en psychologie analytique :
1) Fonctions exécutives : mémoire de travail, inhibition à l'action, flexibilité cognitive ;
2) Relations d'objet : représentations mentales, affects, comportements ;
3) Schémas : configurations cognitives, affectives et comportementales.
Ces trois fonctions favorisent ou compromettent l'accès aux ressources psychiques d'une personne. Dans le cas où ces fonctions compromettent l'accès aux ressources, on peut parler de réponses dysfonctionnelles (RD).

Réponses dysfonctionnelles
Il s'agit de réponses observables et problématiques mises en œuvre par un sujet faisant face à des situations actuelles. Elles incluent ce que l'on désigne comme symptômes psychologiques et relations d'objet. Elles se produisent sous forme cognitive, affective et comportementale.
Ce sont des productions de la personnalité qui visent l'accès aux ressources psychologiques mais demeurent improductives à cet effet.
Relation d'objet
Depuis les travaux de Sigmund Freud (psychanalyste Autrichien), ce concept est largement discutés par de nombreux autres auteurs. En psychanalyse, la relation d'objet est le rapport qu'a un individu avec les objets qui constituent le monde dans lequel il vit.
Dans ma pratique, je retiens en tant que « relation d'objet » 3 phénomènes psychiques qui peuvent s'amalgamer :
1-
Toute représentation mentale faite par le sujet à propos de lui-même,
du monde et des autres ainsi que les phénomènes qui s'y trouvent et s'y
produisent ;
2- Tout affect ou événement sensori-moteur (qui relève à
la fois des fonctions sensorielles et de la motricité) se produisant au
sein du sujet et pouvant produire éventuellement des représentations
mentales et/ou des comportements ;
3- Tout comportement, réponse ou
attitude à l'égard de soi et/ou des autres et de l'environnement pouvant
devenir éventuellement une représentation mentale chez le sujet.
Remarques :
• Une relation d'objet comprend une partie consciente et une autre inconsciente. C'est d'ailleurs un des objectifs principaux d'une psychothérapie que de tenter de rendre consciente la partie inconsciente de toute relation d'objet.
• Il est nécessaire de distinguer les notions de Sujet et d'Objet. Je conçois le sujet comme une personne à l'origine de l'expérience dont il est question dans une situation donnée. Lorsque l'on peut employer le terme Sujet c'est pour désigner la personne en la considérant comme le siège d'une expérience subjective en lien avec la façon d'être, d'exister et de se sentir « soi ». Alors que l'objet désigne une entité représentée par le sujet lors de ses expériences relationnelles. L'objet peut ainsi correspondre à une représentation (attribution d'une signification spécifique) d'une autre personne mais aussi de tout élément significatif de l'environnement du sujet comme par exemple son travail, un événement, sa culture ou son histoire familiale. Il est à noter que l'objet peut également correspondre à la personne même du sujet en tant que représentation mentale de celui-ci.
Le modèle de Fairbairn
Ronald Fairbairn, psychanalyste Écossais, est l'un des principaux représentants de la psychanalyse des relations d'objet. Il s'éloigne de Freud en mettant l'accent non pas sur la recherche de plaisir mais sur la recherche de la relation à l'objet, c'est-à-dire, sur la recherche de la relation à l'autre. Une relation d'objet désigne la manière dont une personne internalise et représente les autres dans sa vie psychique ainsi que les interactions émotionnelles qui en découlent. Internaliser correspond au fait d'intégrer dans sa vie psychique les valeurs, règles, normes, attitudes ou comportements issus de l'environnement extérieur.
Pour ce psychanalyste, lorsque les expériences relationnelles deviennent trop douloureuses, l'enfant met en place un clivage de son monde interne. Il distingue notamment un objet excitant, qui nourrit l'espoir d'obtenir enfin de l'amour et un objet rejetant, qui représente les expériences de frustration ou de maltraitance. Le Moi se divise également en plusieurs parties afin de maintenir ces relations internes contradictoires.
De fait et contrairement à Freud qui voyait le Moi comme médiateur des pulsions, Fairbairn considère le Moi comme un modèle structuré de la personnalité à travers ce qu'il appelle les positions de l'ego. Selon lui, l'enfant cherche dès son plus jeune âge à établir une relation stable et sécurisante avec ses parents. Si l'enfant bénéficie de relations stables, affectueuses et cohérentes, il peut se forger un ego (une personnalité) intégré. Toutefois, si les figures d'attachement (parents) sont partiellement disponibles ou rejetantes, des mécanismes de défense apparaissent. En effet, les expériences précoces se transforment en relations d'objet intériorisées : des représentations internes d'un « self » (notre sentiment de soi), d'un « objet » (la personne significative) et des affects associés (amour, colère, peur, tristesse).
Ces relations d'objet peuvent être intégrées ou clivées :
-
Intégrées : le self et l'objet sont vécus comme entiers et nuancés, et les émotions sont équilibrées.
Clivées : le self et/ou l'objet sont fragmentés, et les émotions sont extrêmes — par exemple, idéalisation vs dévalorisation, ou sentiments contradictoires difficiles à relier.

Conséquences sur l'affect

Il explique ainsi que l'enfant devant faire face aux réalités quotidiennes, ne va pas pouvoir se forger un ego unifié car son modèle part du postulat que toute figure d'attachement (les parents principalement) est à la fois gratifiante, frustrante et parfois rejetante. De fait, ne pouvant pas intégrer qu'un même objet (un parent) puisse à la fois être à la fois bon (figure d'attachement gratifiante) et mauvais (figure d'attachement frustrante et parfois rejetante), l'enfant va se construire une personnalité éclatée en plusieurs sous-systèmes. Pour supporter cette contradiction, l'enfant clive alors son expérience psychique en plusieurs représentations séparées.
A partir de ce constat, Fairbairn décrit trois types d'objet interne (représentations intrapsychiques).
Ces pôles coexistent dans la personnalité :
Objet idéalisé → La partie " toute bonne " du parent
= l'enfant s'y attache pour se sentir en sécurité
Objet excitant → La partie " désirable mais frustrante "
= le parent est une source d'amour mais pas toujours accessible
Objet rejetant → La partie " mauvaise " du parent
= celle qui refuse, rejette, punit
Toutefois, la coexistence de ces trois pôles amène à des conflits internes qui proviennent des tensions entre le désir (être une source d'amour), le rejet (faire face à des contraintes, à des punitions, à un manque de reconnaissance) et la recherche d'unité (se sentir aimé et sécurisé).
Dès lors, le modèle distingue 6 positions de l'ego liées à la manière dont l'enfant va internaliser ses relations précoces avec les figures parentales organisées autour de la relation aux objets internes et aux adaptations défensives mises en place pour gérer les conflits internes qui en découlent. Il s'agit d'un mécanisme d'apprentissage psychique où ce qui était externe devient interne, structurant l'identité, le surmoi ainsi que les façons de penser et d'agir.
On retrouve ainsi 3 positions centrales qui correspondent à l'internalisation des réponses directes obtenues par l'enfant face aux situations vécues (expériences brutes de la relation sécurité/désir et frustration/rejet et colère) et 3 positions secondaires qui s'installent avec le temps et correspondant à des solutions défensives créées pour maintenir coûte que coûte le lien malgré les difficultés rencontrées (idéalisation/dépendance/culpabilité = surmoi punitif).

Ce schéma montre comment les expériences vécues avec les figures d'attachement sont progressivement intériorisées et deviennent des représentations internes qui organiseront durablement la personnalité, les relations et l'image de soi.
Au sommet du schéma apparaît le parent ou objet d'attachement. L'enfant dépend totalement de cette relation pour sa survie physique et psychologique. Cette dépendance est telle qu'il cherchera toujours à préserver le lien, même lorsque celui-ci est douloureux ou maltraitant. C'est l'une des idées majeures de Fairbairn : l'enfant préfère croire qu'il est mauvais plutôt que de reconnaître que son parent est mauvais, car perdre confiance en son parent représenterait une menace encore plus grande.
La première colonne représente l'objet idéalisé. Lorsque le parent est suffisamment disponible, protecteur et sensible aux besoins de l'enfant, celui-ci développe une représentation sécurisante de la relation. L'ego central construit alors un sentiment fondamental de sécurité résumé ici par la croyance : « Tu m'aimes ». Cette expérience nourrit la confiance en soi, la sécurité intérieure et la capacité à explorer le monde. L'ego secondaire, présenté comme un mécanisme d'idéalisation, traduit le fait que tout enfant tend naturellement à voir ses parents comme bons, en minimisant leurs imperfections. Cette idéalisation est normale et participe à la construction d'un attachement sécurisé. Elle rejoint les travaux de Bowlby sur l'idée selon laquelle l'enfant développe une représentation de lui-même comme digne d'amour et des autres comme fiables.
La deuxième colonne illustre l'objet excitant, concept central chez Fairbairn. Il s'agit d'un parent qui offre parfois de l'amour, mais de façon imprévisible ou conditionnelle. L'enfant reçoit suffisamment d'affection pour conserver l'espoir d'être aimé, mais jamais de manière stable. Il reste donc constamment dans l'attente d'une reconnaissance qui ne vient jamais complètement. L'ego central exprime alors un désir frustré, résumé par la phrase : « Je veux ton amour ». Cette dynamique conduit progressivement à une forte dépendance affective. L'ego secondaire développe la conviction qu'il doit faire davantage d'efforts pour mériter l'amour du parent : « Je fais tout pour être aimé ». Cette organisation psychique évoque ce que la théorie de l'attachement décrit comme un attachement anxieux ou ambivalent. Dans le Dynamic-Maturational Model de Patricia Crittenden, elle correspond assez bien aux stratégies de type C, où l'enfant amplifie ses émotions et multiplie les comportements destinés à maintenir la proximité de la figure d'attachement.
La troisième colonne présente l'objet rejetant. Ici, le parent est vécu comme critique, froid, humiliant, violent ou émotionnellement indisponible. Pourtant, l'enfant ne peut pas renoncer à ce lien indispensable. Pour préserver l'image du parent, il retourne alors l'agressivité contre lui-même. Plutôt que de penser « mon parent est mauvais », il conclut : « je suis mauvais ». Cette croyance constitue l'un des mécanismes les plus importants décrits par Fairbairn. L'ego secondaire prend alors la forme d'un surmoi punitif qui entretient des pensées telles que : « Si tu es dur avec moi, c'est que je le mérite ». Ce fonctionnement favorise la culpabilité, la honte, la faible estime de soi et l'autocritique chronique. Dans la théorie de l'attachement, cette organisation se rapproche des stratégies évitantes, où l'enfant apprend à inhiber ses besoins affectifs et à masquer sa souffrance. Dans les formes les plus sévères, elle peut également contribuer aux organisations complexes décrites par le DMM.
A retenir :
Ce schéma met ainsi en évidence un processus essentiel : ce ne sont pas seulement les comportements des parents qui marquent durablement l'enfant, mais la manière dont celui-ci les intériorise. Fairbairn montre que les relations précoces deviennent progressivement des objets internes, c'est-à-dire des représentations psychiques qui continueront à influencer les relations futures. Bowlby développera une idée très proche avec le concept de modèles internes opérants. Dans les deux approches, les expériences répétées avec les figures d'attachement façonnent les attentes relationnelles, la perception de soi et les stratégies d'adaptation.
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Le modèle de Sidney Blatt
Sidney Blatt (psychologue et psychanalyste américain) propose un modèle développemental selon lequel la croissance psychologique repose sur un équilibre entre deux besoins fondamentaux.
Le premier est le besoin de relation, c'est-à-dire le besoin d'être aimé, protégé, reconnu et appartenir à des liens significatifs. Blatt parle de la dimension anaclitique, terme emprunté à Freud mais profondément réinterprété. Cette dimension concerne la capacité à établir des relations de confiance et d'intimité.
Le second est le besoin d'autodéfinition, appelé dimension introjective. Il renvoie au développement d'une identité stable, d'une estime de soi, d'un sentiment de compétence et d'autonomie.
Dans ce modèle, la santé psychologique repose sur un développement harmonieux de ces deux dimensions. Lorsqu'une personne investit excessivement l'une au détriment de l'autre, une vulnérabilité psychopathologique apparaît.
Le modèle de Sidney Blatt propose ainsi une lecture développementale structurée autour de deux grands pôles : l'anaclitisme et l'introjection.
Ce modèle postule que le développement d'un enfant passe par un équilibre progressif entre :
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le besoin de relation, d'attachement (dimension anaclitique) ;
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le besoin de différenciation, de valeur propre (dimension introjective).
Tout au long de la vie, ces deux pôles doivent s'articuler harmonieusement. Des perturbations dans l'enfance ou l'adolescence peuvent figer le développement autour d'un pôle, rendant alors la personne à l'âge adulte plus vulnérable.
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Le terme anaclitique désigne des personnes dont l'organisation psychique est caractérisée par une dépendance affective marquée à l'égard des objets (généralement humains), en particulier des figures d'attachement précoces. Une personne anaclitique s'appuie psychiquement sur autrui pour maintenir son équilibre émotionnel, son identité ou son estime de soi. Cette dimension est marquée par une peur profonde d'être abandonné ou de se retrouver seul.
- Centré sur le besoin de lien, de soutien, de dépendance affective ;
- Quand dysfonctionnel → dépression anaclitique : peur de l'abandon, dépendance, sentiment de vide.
Exemples de croyances :
1. Croyances sur le besoin de l'autre
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« Je ne peux pas vivre seul(e) »
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« J'ai besoin que quelqu'un prenne soin de moi pour exister »
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« Si personne ne m'aime, je ne suis rien »
2. Croyances sur l'abandon
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« Je serai forcément abandonné(e) »
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« Si je ne fais pas plaisir, on va me quitter »
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« Je dois toujours être proche, sinon je vais être oublié(e) »
3. Croyances sur la dépendance affective
« Je ne peux pas prendre de décisions sans l'avis de quelqu'un »
- « Être seul(e) est insupportable »
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« Si je ne suis pas avec quelqu'un, je me sens vide »
4. Croyances sur la valeur conditionnée par le lien
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« Je ne vaux quelque chose que si on m'aime »
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« Si je ne suis pas utile à l'autre, je vais être rejeté(e) »
« Exister = être indispensable pour quelqu'un »
L'introjection est un concept qui désigne un mécanisme psychique par lequel un individu incorpore, de façon plus ou moins inconsciente, des éléments extérieurs (notamment des pensées, des normes, des valeurs, des jugements, des attitudes ou des figures parentales) comme s'ils faisaient partie de lui-même. La dimension introjective consiste à absorber les attentes, croyances ou règles de l'environnement extérieur (souvent parental ou culturel) sans les remettre en question, les faisant siennes de manière automatique, comme si elles émanaient de sa propre subjectivité.
- Centré sur l'estime de soi, la valeur personnelle, la culpabilité, l'idéal du moi ;
- Quand dysfonctionnel → dépression introjective : auto-critique, auto-dévaluation, culpabilité, perfectionnisme, tendance à l'auto-sabotage.
Exemples de croyances :
1. Croyances centrées sur la valeur personnelle
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« Je ne suis jamais assez bien »
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« Je ne vaux quelque chose que si je réussis »
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« Si j'échoue, je suis nul »
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« Je ne mérite pas d'être heureux(se) »
2. Croyances centrées sur la culpabilité
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« Si l'autre est malheureux, c'est de ma faute »
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« Je dois réparer les autres, sinon je suis mauvais(e) »
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« Je ne dois pas déranger, sinon je cause des problèmes »
3. Croyances centrées sur la honte
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« Je suis un fardeau »
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« Je suis fondamentalement défectueux(se) »
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« Si les autres voient qui je suis vraiment, ils me rejetteront »
4. Croyances perfectionnistes / idéaux du moi
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« Je dois toujours être irréprochable »
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« Faire une erreur = être un raté »
« Je n'ai pas le droit de faillir »
« Je ne dois pas exprimer mes émotions »
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Selon ce modèle et en cas de déséquilibre, le pôle anaclitique correspond plutôt à une souffrance centrée sur la perte, la séparation et le besoin d'attachement. Le pôle introjectif quant à lui, met davantage en lumière une souffrance centrée sur la culpabilité, l'estime de soi et l'idéal du moi.
Le lien d'attachement
Les modèles de Fairbairn et de Blatt montrent que le développement psychique de l'enfant repose avant tout sur la qualité de ses premières relations. Fairbairn explique comment les expériences avec les figures parentales sont intériorisées sous forme d'objets internes tandis que Blatt, souligne que la personnalité se construit autour d'un équilibre entre le besoin d'être en relation et celui de développer une identité autonome. Ces deux approches convergent vers une idée fondamentale qui sera au cœur de la théorie de John Bowlby (médecin et psychiatre britannique) : le besoin de créer un lien d'attachement constitue une motivation primaire de l'être humain. L'attachement devient ainsi le cadre théorique permettant de comprendre comment les premières expériences relationnelles façonnent durablement la sécurité intérieure, la régulation émotionnelle et les relations tout au long de la vie.
Le lien d'attachement, c'est le système qui organise notre comportement lorsque nous sommes en détresse et avons besoin d'aide. Il est au cœur de la relation de soin et de l'alliance de travail nécessaire à l'efficacité de toute prise en charge. D'après les recherches de John Bowlby approfondies par Mary Ainsworth (psychologue du développement américaine) sur lesquelles repose la Théorie de l'attachement, l'attachement est un processus instinctif destiné à assurer la survie de l'espèce. Le lien d'attachement désigne le lien affectif durable qui se tisse entre un enfant et ses figures d'attachement (généralement les parents ou les personnes qui s'occupent de lui de manière régulière et sensible). C'est un lien fondé sur la recherche de protection (surtout en situation de stress ou de danger) et qui est dit asymétrique : c'est l'enfant qui s'attache à l'adulte et pas l'inverse. L'adulte a ainsi un rôle de protecteur.
Ce lien est fondamental pour le développement psychologique, affectif et social de l'enfant. La base de sécurité qu'il procure permet à l'enfant d'explorer le monde. Il permet aussi la régulation des émotions de l'enfant qui apprend à gérer ses émotions grâce aux réponses empathiques de l'adulte. C'est une source de développement de la confiance en soi et de la confiance en l'autre.
Les « 3 R » de l'attachement : Relation, Régulation des affects et Résilience
La relation est le premier besoin fondamental de l'enfant. Grâce à une figure d'attachement disponible et sécurisante, il développe un sentiment de sécurité qui lui permet d'explorer son environnement tout en sachant qu'il peut revenir vers un adulte protecteur en cas de difficulté. Ces premières expériences construisent les modèles internes qui influenceront durablement sa manière de percevoir les autres, le monde et lui-même.
La régulation des affects se développe ensuite au sein de cette relation sécurisante. Le jeune enfant ne peut pas gérer seul ses émotions. En répondant avec sensibilité à ses besoins, l'adulte l'aide à apaiser son stress et ses émotions. Cette co-régulation devient progressivement une capacité d'autorégulation, essentielle à l'équilibre psychique et aux relations sociales.
Enfin, la résilience correspond à la capacité de surmonter les épreuves et de poursuivre son développement malgré les difficultés. Les recherches montrent que cette capacité repose avant tout sur la qualité des liens humains. Une relation sécurisante, qu'elle soit familiale, éducative ou thérapeutique, peut devenir un puissant facteur de protection et permettre de réparer les effets d'expériences précoces douloureuses.
Les « 3 R » rappellent ainsi une idée essentielle : c'est dans la qualité de la relation que naissent la capacité à réguler ses émotions et la force de faire face aux épreuves de la vie.
Le Modèle interne opérant
À partir de ses expériences répétées, l'enfant développe ce que John Bowlby nomme les Modèles Internes Opérants (MIO). Il s'agit de représentations mentales durables conscientes ou inconscientes.
Le MIO repose sur trois représentations fondamentales construites au cours des premières expériences d'attachement. La première correspond au modèle de soi et répond à la question : « Suis-je digne d'être aimé et de recevoir de l'aide ? ». La seconde concerne le modèle des autres et répond à la question : « Les autres sont-ils disponibles, fiables et bienveillants ? ». La troisième s'intéresse au modèle des relations (du monde) et répond à la questions : « Le monde est-il prévisible ou menaçant ? ».

Ces modèles sont façonnés par l'interaction avec les figures d'attachement et influencent la manière dont l'individu percevra ses relations tout au long de la vie. Même s'ils tendent à se stabiliser vers l'âge de 5-6 ans, ils peuvent évoluer grâce à des événements significatifs : rencontres bienveillantes, thérapie, changements de contexte, etc.
Le système d'attachement
Le système d'attachement regroupe ainsi les
stratégies que nous avons développées avec les personnes significatives
nous ayant donné des soins ou de l'aide dans l'enfance puis tout au long
de la vie.
Au delà de l'attachement dit sécure, il existe trois autres styles d'attachement qui sont qualifiés d'insécure :

À la suite des travaux de John Bowlby, Mary Ainsworth a mis en évidence ces différents styles d'attachement grâce à une procédure expérimentale appelée la Situation étrange (Strange Situation Procedure).
Cette méthode consistait à observer les réactions d'un jeune enfant lors de séparations et de retrouvailles avec sa figure d'attachement. Les comportements observés ont permis d'identifier la manière dont l'enfant recherche la sécurité et régule ses émotions face au stress :
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Sécure : l'enfant pleure au départ du parent, se console ensuite à son retour. Il explore librement en sa présence ;
Insécure-ambivalent (ou anxieux-résistant) : l'enfant est très perturbé par le départ du parent et difficile à consoler à son retour ;
Insécure-évitant : l'enfant semble indifférent au départ ou au retour du parent. Il évite le contact ;
Quelques années plus tard, Mary Main et Judith Solomon, toutes deux psychologue Américaine, ont identifié en 1986 un quatrième style : l'Attachement désorganisé : comportements contradictoires ou figés ; souvent associé à des contextes de maltraitance.
Le processus
Au cours des 18 premiers mois de vie, le système limbique est la région du cerveau qui présente la plus forte croissance. C'est aussi la partie du cerveau qui régit la connectivité sociale. Quand un jeune enfant a des expériences d'attachement désorganisé avec la ou les personne(s) qui s'occupe(nt) de lui, celles-ci sont incorporées dans le système limbique croissant et façonnent le fonctionnement ultérieur du cerveau de cette personne à l'âge adulte.
L'insécurité relationnelle se traduit ainsi par une hyperactivation ou une hypoactivation du système d'attachement.
Deux types de comportements du caregiver (donneur de soins) favorisent la formation d'un attachement insécure :
le parent est anxieux et trop intrusif et son comportement va « hyperactiver » le système d'attachement du bébé : celui-ci développe de l'anxiété, des doutes, se sent régulièrement débordé par ses émotions ;
le parent est physiquement et/ou émotionnellement absent, néglige voire abuse l'enfant, cette situation va « hypoactiver » le système d'attachement du bébé : dans ce cas, face à la maltraitance répétée ou à une sorte de désert émotionnel, l'enfant se met « en veille » et ne ressent plus rien.
Le premier cas favorise la mise en place d'un attachement ambivalent et le second d'un attachement évitant. Nous l'avons vu, on parle d'attachement désorganisé lorsque l'enfant n'a pas de stratégie relationnelle stable et passe d'un type insécure à l'autre.
Du Trouble de l'attachement au Trauma complexe
Ces dernières années, des chercheurs en neurosciences ont montré l'impact des négligences et des abus sur les enfants et en particulier les conséquences de l'exposition au stress chronique. Dans la deuxième année de vie du bébé, le cerveau atteint sa première étape de maturation : toutes les expériences d'attachement sont alors enregistrées dans l'hémisphère droit, dans la mémoire implicite. Cet hémisphère droit a davantage de relations avec le corps, avec le Système Nerveux Autonome (SNA) et avec l'hypothalamus qui commande le système de stress dans le corps. Son développement dépend essentiellement de la capacité du caregiver à réguler les affects négatifs du bébé et encourager les affects positifs (A. Schore, 2016). Ainsi, lorsque l'attachement est insécure, l'hémisphère droit manque de maturation et n'atteint pas le niveau de complexité dont on a besoin pour évoluer en société de façon optimale. Par conséquent, ce bébé devenu adulte va réagir au stress, mener ses interactions sociales et supporter ses émotions d'une façon largement influencée par les expériences précoces.
Un enfant qui subit de la négligence ou des abus développe très tôt un mode de fonctionnement dirigé par la menace, la peur et la survie. Cette insécurité amène à de la confusion et à un besoin vital (et physiologique) de scanner l'environnement en permanence face à d'éventuelles menaces. Faisant face à ce stress insoutenable, une division en compartiments s'opère entre les parties du Moi qui fonctionnent correctement dans la vie quotidienne et d'autres parties qui continuent de porter la peur, la colère, la honte : c'est ce qu'on appelle la dissociation. La dissociation et un mécanisme de défense par le quel le sujet idéalise son passé et/ ou minimise ou justifie les sévices, la froideur, les négligences subies. Les comportements addictifs sont aussi des stratégies qui visent à ne pas ressentir la peine et la souffrance.
Pour autant, de la petite enfance jusqu'à la fin de la vie, il est possible de construire ou de reconstruire des liens, de guérir des blessures émotionnelles et de transformer les croyances qui nous animent. En effet, le cerveau est doté d'une plasticité cérébrale qui permet de modifier les choses à tout moment.
Ainsi, rien n'est jamais figé !
La théorie de l'attachement est devenue une approche incontournable. Elle permet d'enrichir le regard du praticien et d'éclairer certains aspects cruciaux à la réussite d'un accompagnement.
Cette théorie a été complété par les travaux de Gordon Neufeld (psychologue canadien spécialisé dans l'attachement). Ce dernier a développé une modélisation en six niveaux (ou racines de l'attachement) qui permet de comprendre comment se développe le lien d'attachement chez l'enfant, de la dépendance physique jusqu'à l'attachement affectif profond.
Les apports de Gabor Maté
Par ailleurs, selon Gabor Maté, l'humain et particulièrement l'enfant, doit faire face à deux besoins de survie. L'un correspond au lien d'attachement et l'autre, à l'authenticité. Dans un cadre sécure, il est possible de répondre aux exigences du lien d'attachement tout en faisant vivre son besoin d'authenticité. Toutefois, s'il y a un conflit entre les deux et que la recherche d'authenticité menace la relation d'attachement, l'attachement sera systématiquement (de manière inconsciente) privilégié au détriment de l'authenticité. Au lieu d'exprimer ses émotions et ses besoins, l'enfant, se conforme alors à ce que la figure d'attachement (le parent en général) attend de lui ou à ce qu'elle veut qu'il soit. Lorsque qu'un enfant agit ainsi, il apprend peu à peu à ne pas exprimer sa colère, à ne pas demander de l'aide et à ne pas exprimer sa peur et donc, à ne pas être véritablement lui-même. Ces décisions sont pertinentes sur le moment car elle aident à survie. Elles sont en effet liées à la nécessité d'être et de rester connectés à ses parents. Mais lorsque ces mécanismes persistent à l'âge adulte, cela devient problématique. A long terme, la personne va se sentir seule, isolée et déconnectée. Ce type d'adaptation ne correspond pas à un choix conscient. Il est donc difficile de s'en défaire de façon consciente.
La notion de faille narcissique
La faille narcissique désigne une atteinte précoce du sentiment de valeur personnelle. Elle désigne une fragilité profonde de l'estime de soi résultant le plus souvent de perturbations précoces dans les relations avec les figures d'attachement. Il ne s'agit pas simplement d'un manque de confiance en soi, mais d'une atteinte plus fondamentale du sentiment d'exister, d'avoir de la valeur et d'être digne d'amour. Bien qu'elle soit largement utilisée en clinique, cette notion n'est pas un concept unifié : elle est abordée sous des angles différents selon les auteurs psychanalytiques, développementaux et les théoriciens de l'attachement.
Elle émerge lorsque :
-
l'attachement est insécure (figures parentales imprévisibles, rejetantes ou envahissantes) ;
-
l'enfant ne se sent pas reconnu dans ses besoins, ses émotions ou sa singularité.
La faille narcissique : quand le miroir de l'attachement est défaillant.
Conséquence : l'enfant n'intègre pas un regard valorisant et stable sur lui-même.
→ Il doit alors chercher à l'extérieur (dans la réussite, le contrôle, la séduction, la soumission…) la confirmation de sa valeur.
Le concept d'énactement
L'énactement est un concept issu des approches psychodynamiques et relationnelles qui désigne la manière dont certaines expériences émotionnelles et relationnelles anciennes se rejouent dans le présent, souvent de façon inconsciente. Plutôt que d'être uniquement racontés, les conflits, les blessures d'attachement ou les schémas acquis au cours de l'histoire de vie s'expriment à travers les interactions, les émotions et les comportements.
Ainsi, chez l'adulte, la Théorie de l'attachement ne décrit plus uniquement la relation entre un enfant et ses parents mais permet de comprendre la manière dont chacun établit, maintient et régule ses relations affectives tout au long de la vie. En effet, selon John Bowlby, le système d'attachement reste actif même à l'âge adulte. Kim Bartholomew (psychologue Canadienne et Leonard M. Horowitz (psychologue Américain) ont joué un rôle majeur dans l'extension de la théorie de l'attachement à l'âge adulte. L'apport essentiel de leur travaux est d'avoir proposé que les styles d'attachement adulte puissent être compris à partir de deux dimensions fondamentales héritées de Bowlby :
- le modèle de soi (positif ou négatif) ;
- le modèle des autres (positif ou négatif).
Cette conceptualisation qui conduit à quatre styles d'attachement (sécure, préoccupé, distant et craintif) permet de comprendre comment s'orientent la manière de demander de l'aide, de gérer la proximité, de faire confiance, de vivre les séparations ou encore de réguler les émotions.
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En psychothérapie, ces répétitions peuvent apparaître au sein même de la relation thérapeutique. Loin d'être considérées comme des obstacles, elles constituent de précieuses indications sur les modèles relationnels profondément inscrits dans la mémoire implicite. Elles permettent d'accéder à ce qui ne peut pas toujours être exprimé par les mots.
Lorsque ces dynamiques sont reconnues et comprises dans un cadre sécurisant, elles ouvrent la possibilité de vivre une expérience relationnelle nouvelle et réparatrice. L'énactement devient alors un puissant levier de changement, particulièrement dans le travail sur les traumatismes et les blessures d'attachement.
Cette perspective rappelle qu'en psychothérapie, le changement ne repose pas uniquement sur la compréhension intellectuelle, mais également sur l'expérience vécue dans la relation. C'est souvent à travers une nouvelle manière d'être en lien que les schémas anciens peuvent progressivement se transformer.
La réparabilité de l'attachement : un processus de résilience
Nous l'avons vu, les modèles d'attachement ne sont pas figés. Même après une enfance marquée par l'insécurité ou le trauma, il est possible de se reconstruire une base de sécurité interne.
Ce processus passe par :
- des expériences relationnelles correctrices : amitiés stables, relations amoureuses sécures, rencontres bienveillantes ;
- des figures de soutien ou « tuteurs de résilience » (terme de Cyrulnik) qui permettent de réorganiser sa perception de soi et des autres ;
- un travail thérapeutique, individuel ou en couple, permettant d'identifier ses schémas, de les comprendre et d'en sortir.
C'est en développant cette base interne qu'un individu apprend à devenir son propre caregiver : à se parler avec douceur, à se réguler émotionnellement, à choisir des liens nourrissants.
Quelques clés pour développer un attachement sécure
- Reconnaître ses schémas d'attachement sans se juger ;
- Apprendre à répondre à ses besoins émotionnels ;
- S'entourer de relations sécurisantes et bienveillantes ;
- Pratiquer la régulation émotionnelle au quotidien (respiration, ancrage, auto-compassion) ;
- Faire un travail thérapeutique pour reprogrammer les réactions automatiques ;
- Cultiver la présence et l'amour inconditionnel envers soi-même.
Cet alignement émotionnel n'est pas une destination, mais un chemin de conscience. Il permet de créer des relations saines, authentiques et durables avec soi comme avec les autres.
Le Dynamic-Maturational Model of Attachment and Adaptation (DMM) : modèle dynamique-maturationnel de l'attachement et de l'adaptation
Ce modèle, développé par la psychologue Américaine Patricia McKinsey Crittenden, correspond à une évolution de la Théorie de l'attachement de John Bowlby. Il propose une vision plus dynamique du développement en considérant que les comportements d'attachement ne sont pas des troubles, mais des stratégies adaptatives que l'enfant met en place pour assurer sa sécurité dans son environnement.
Contrairement aux classifications traditionnelles qui distinguent les attachements sécurisés, évitants, ambivalents et désorganisés, le DMM considère que les stratégies d'attachement évoluent tout au long de la vie en fonction des expériences vécues, de la maturation cérébrale et des dangers rencontrés. Chaque stratégie représente une tentative d'adaptation à un contexte particulier et répond avant tout à un objectif de survie.
Le modèle repose sur une idée essentielle : l'enfant traite les informations provenant de son environnement selon deux grandes modalités. Les informations cognitives concernent les faits, la logique et le raisonnement, tandis que les informations affectives regroupent les émotions, les sensations corporelles et les signaux relationnels. Lorsque le développement est harmonieux, ces deux types d'informations sont intégrés de manière équilibrée, permettant une bonne régulation émotionnelle et des relations sécurisantes.

En revanche, lorsque l'environnement est marqué par la négligence, le rejet, l'imprévisibilité ou la maltraitance, l'enfant apprend à privilégier l'une de ces sources d'information.
- Les stratégies de type A s'appuient principalement sur la cognition. L'enfant inhibe progressivement ses émotions, devient très autonome, conforme ou perfectionniste, car il comprend que l'expression de ses besoins émotionnels n'est ni accueillie ni valorisée.
- À l'inverse, les stratégies de type C reposent principalement sur les affects. L'enfant amplifie ses émotions pour attirer l'attention et maintenir la proximité avec une figure d'attachement imprévisible. Ces comportements peuvent se traduire par une forte réactivité émotionnelle, une anxiété importante ou des tentatives de contrôle des relations.
L'une des contributions majeures du DMM est la notion de transformation de l'information. Selon Crittenden, les individus ne se contentent pas d'ignorer certaines informations ; ils les modifient inconsciemment afin de préserver leur sentiment de sécurité. Ainsi, un enfant peut apprendre à minimiser sa peur, à nier sa souffrance ou, au contraire, à percevoir des menaces là où elles n'existent pas, parce que ces stratégies ont autrefois favorisé sa survie.
Le DMM offre ainsi une lecture profondément humaniste de l'attachement. Il invite les professionnels à ne plus considérer les comportements comme des symptômes à éliminer, mais comme des adaptations intelligentes à des environnements parfois très difficiles. En psychothérapie, l'objectif n'est donc pas de supprimer ces stratégies, mais de comprendre leur fonction protectrice afin d'aider progressivement la personne à développer des modes de fonctionnement plus souples, intégrant à la fois les émotions et la réflexion.
Classification liens d'attachement vs DMM
La catégorie B correspond à l'attachement sécure. L'enfant utilise de manière équilibrée les informations cognitives et émotionnelles, ce qui favorise une bonne régulation des affects et une adaptation souple aux situations de la vie.
La catégorie A correspond globalement à l'attachement insécure évitant. L'enfant apprend à inhiber ses émotions et à privilégier les informations cognitives lorsque l'expression de ses besoins affectifs est peu accueillie ou rejetée. Le DMM décrit plusieurs niveaux de complexité de cette stratégie, allant de l'enfant simplement réservé jusqu'à des formes plus élaborées de contrôle, de conformité ou d'autosuffisance.
La catégorie C correspond à l'attachement insécure anxieux-ambivalent (ou résistant). L'enfant privilégie les informations affectives et amplifie l'expression de ses émotions afin d'obtenir une réponse de figures parentales imprévisibles. Là encore, le DMM décrit une gradation de stratégies, depuis une simple réactivité émotionnelle jusqu'à des modes de fonctionnement beaucoup plus complexes.
La principale différence concerne l'attachement désorganisé (D). Dans la classification classique, il constitue une quatrième catégorie distincte. Patricia Crittenden considère au contraire que les comportements dits désorganisés sont souvent des stratégies extrêmement complexes mais organisées, développées dans des environnements très dangereux. Le DMM remplace ainsi la catégorie D par des stratégies complexes A, C ou mixtes A/C, qui permettent de mieux comprendre les adaptations observées chez les enfants victimes de traumatismes, de maltraitance ou de violences intrafamiliales.
La mentalisation comme un continuum du lien d'attachement
« La mentalisation, ou la capacité réflexive, peut être définie comme l'habileté des individus à se comprendre eux-mêmes et à comprendre les relations avec les autres en termes d'états mentaux. » (Fonagy et al., 2012; Berthelot et al., 2013). En d'autres mots, elle consiste en la capacité d'une personne à comprendre ses pensées, ses sentiments, ses intentions, ses valeurs et ceux d'autrui.
Une bonne mentalisation est caractérisée par la flexibilité, la curiosité, l'équilibre entre affect et cognition, la capacité à tolérer l'incertitude, à équilibrer réflexion et intuition. Un attachement sécure est donc indispensable à la mise en place de la mentalisation et à la construction d'un sentiment de soi solide. En reflétant les états internes de l'enfant, la figure d'attachement aide celui-ci à consolider la compréhension d'une expérience interne.
Toutefois, les capacités de mentalisation peuvent être affectées par un état d'activation émotionnelle trop important. C'est notamment le cas pour celles et ceux qui ont vécu un lien d'attachement insécure et/ou un traumatisme à l'enfance. Ces personnes peuvent alors éprouver plus que d'autres, une réelle difficulté à distinguer leur réalité de celle des autres. Cela s'explique par le fait qu'elles ont tendance à utiliser des modes de pensée en lien avec ce que l'on appelle la « pré-mentalisation. » Ainsi, il peut paraître plus difficile pour elles de reconnaître et d'interpréter leurs états internes et ceux des autres, ce qui limite leur régulation émotionnelle et les rend plus susceptible d'être envahis par la détresse.
Il existe 4 types de modes de mentalisation dont les trois premiers font partie du concept de pré-mentalisation :
LE MODE TÉLÉOLOGIQUE : Il faut le voir pour le croire !
- Le monde physique détermine le monde mental ;
- Les motivations des autres sont déduites à partir de résultats concrets; seules les actions peuvent changer les processus mentaux ;
- Les états mentaux ne sont réels ou significatifs que s'ils sont exprimés en termes d'action ;
- Les mots ne sont pas crédibles ;
- Attente que les choses soient « résolues ».
LE MODE ÉQUIVALENCE PSYCHIQUE : C'est comme cela parce que je le sais/crois/sens !
- Certitude/suspension du doute ;
- Caractère absolu de ce qui est pensé ;
- Réalité définie à partir de sa propre expérience ;
- Finalité – « C'est comme ça. », ne remet pas en cause même si évidence contraire ;
- Interne (mon esprit) = externe (le monde)
L'équivalence psychique implique souvent mode téléologique.
LE MODE SEMBLANT : Parle beaucoup mais rien ne change !
- Dans le sens de détachement émotionnel ;
- Manque d'affect et absence de plaisir ;
- Événements mentaux/discours déconnectés de la réalité externe ;
- Paroles qui « sonnent faux » ;
- Rationalisation, intellectualisation ;
- Circularité sans conclusion – tourne en rond (hyper-mentalisation) ;
- Dissociation – automutilation pour éviter effondrement subjectif ;
- Déconnexion des pensées et du discours de l'expérience ressentie ou de la réalité extérieure.
Ni le mode semblant, ni l'équivalence psychique ne peuvent créer des expériences subjectives de qualité. C'est l'intégration des deux modes qui permettra de mentaliser de façon réflexive car l'équivalence psychique est trop réelle en termes d'intériorité alors que le mode semblant est trop irréel par rapport à vie extérieure. Dans la mentalisation, pensées et sentiments doivent donc faire l'objet d'une véritable expérimentation pour devenir représentations. La réalité interne et la réalité externe pourront alors être distinguées mais tout en restant liées.
LE MODE RÉFLEXIF : Recul et curiosité !
- Sentiment de prévisibilité réaliste et de contrôlabilité ;
- Aptitude à réguler la détresse en relation à autrui ;
- Possibilité d'être détendu et flexible, donc pas figé dans un point de vue ;
- Intégration des éléments cognitifs et affectifs de soi et autre ;
- Peut être ludique, faire preuve d'humour et peut établir des liens sans blesser ou créer une distance ;
- Capacité à résoudre un problème en négociant entre sa propre perspective et celle d'autrui ;
- Décrit sa propre expérience plutôt que définir l'expérience d'autrui ;
- S'approprie sa propre expérience plutôt que de se vivre en victime passive de ce qui lui arrive
- Ouvert et curieux à propos de la perspective d'autrui et s'attend à ce que le point de vue d'autrui enrichisse le sien.
Le rôle de l'attachement dans le développement de la mentalisation
La mentalisation se construit dans la relation d'attachement dès la petite enfance. Quand le parent reconnaît et reflète les émotions de l'enfant, ce dernier apprend à nommer et réguler ce qu'il ressent. Cet effet miroir empathique pose les bases d'un attachement sécure dans lequel l'enfant comprend que ses émotions ont du sens et peuvent être contenues.
En revanche, si le parent est indisponible, incohérent, intrusif ou maltraitant, la capacité de mentalisation se développe de manière fragile. L'enfant peut alors construire un attachement insécure (ambivalent, évitant ou désorganisé) :
-
l'attachement ambivalent accentue l'instabilité (l'enfant reçoit de l'attention mais doit faire face à des moments d'indifférence) ;
l'attachement évitant freine l'expression des émotions (le parent rejette ou minimise les affects de l'enfant) ;
-
l'attachement désorganisé brouille complètement la lecture des états internes de l'enfant car le parent est à la fois source de peur et de réconfort.
La capacité à mentaliser émerge ainsi à travers les interactions mise en œuvre
avec la figure d'attachement dès le plus jeune âge. La qualité du lien
d'attachement est donc un facteur important dans le processus de
mentalisation.

Quand la mentalisation fait défaut
Fonagy et Bateman ont montré que la mentalisation est fragile chez certaines personnes et notamment chez celles qui ont vécu des relations d'attachement précoces insécurisantes ou traumatisantes. Il peut alors exister un déficit de mentalisation. Cela ne veut pas dire que la personne est incapable de réfléchir sur ses états mentaux comme à ceux des autres. Cela signifie simplement qu'il est plus facile pour elle d'y parvenir dans un climat calme plutôt que dans une situation de stress émotionnel et/ou relationnel où tout devient plus compliqué.
Dans ces moments-là, l'individu revient à des modes de pensée plus primitifs que sont le mode téléologique où seuls les faits visibles comptent, le mode équivalence psychique où les pensées et les émotions vécues traduisent forcément la réalité de l'autre ou le mode semblant qui met en scène un discours intellectuel sur les émotions ressenties mais sans lien réel avec l'expérience intérieure.
Un déficit de mentalisation peut de fait entraîner :
-
une instabilité émotionnelle (colères, angoisses, passages à l'acte) ;
-
des malentendus relationnels (attribuer de mauvaises intentions à l'autre) ;
-
un sentiment de vide ou d'incohérence identitaire.
Modèle général du déficit de mentalisation
Lorsqu'une personne ressent une excitation interne (émotion, tension, stress, peur, colère), cela crée une augmentation de tension dans le corps et dans le psychisme. Cette tension est vécue comme désagréable. Le système psychique cherche alors naturellement à revenir à un état d'apaisement et d'équilibre (Freud parlait du retour à la réduction de tension).
Quand cette émotion peut être pensée, mise en mots et comprise, elle est transformée : elle devient une expérience psychique tolérable.
Mais lorsque cela n'est pas possible parce que l'émotion est trop intense, confuse ou non reconnue, elle ne peut pas être mentalisée. Elle cherche alors une voie de sortie directe, sans passer par la pensée.
Les principales formes de décharge
1. Les comportements moteurs (agir plutôt que penser)
L'émotion est évacuée dans l'action.
- Exemples : claquer une porte, fuir une situation, crier, frapper un objet, se ronger les ongles, bouger sans cesse, automutilation, violence sur les autres.
- Logique : « Je ne peux pas penser ce que je ressens, donc je le fais sortir par le corps ou le geste. »
-> Ici, l'action remplace la pensée.
2. Les somatisations (le corps parle à la place du psychisme)
L'émotion non pensée s'inscrit dans le corps.
Exemples : maux de ventre, migraines répétées en période de stress, tensions musculaires, eczéma ou troubles fonctionnels sans cause organique suffisante.
Logique : « Je ne peux pas dire ni penser ce que je ressens, alors mon corps le manifeste. »
-> Ici, le corps devient le lieu d'expression de l'affect.
3. La suppression ou le blocage (ne rien sentir / ne rien dire)
L'émotion est coupée de la conscience.
- Exemples : impression de vide, anesthésie émotionnelle, évitement de penser à certaines situations, comportements de dépendance, addictions, dissociation.
- Logique : « C'est trop douloureux, donc je coupe l'accès à l'émotion. »
-> Ici, la solution est le retrait de l'expérience émotionnelle.
4. Les symptômes psychiques (organisations défensives durables)
L'émotion se transforme en symptômes plus structurés.
- Exemples : anxiété chronique, attaques de panique, comportements obsessionnels, phobies, répétitions relationnelles douloureuses.
- Logique : « Je ne peux pas traiter directement l'émotion, alors elle revient sous forme de symptômes organisés. »
-> Ici, la tension est transformée mais fixée dans une forme stable.
Fonction de ces décharges
Toutes ces modalités ont un point commun :
Elles apparaissent quand un affect devient trop intense et/ou non pensable (on parle expérience brute) ;
Elles permettent une diminution rapide de la tension ;
Elles jouent donc un rôle de solution à court terme.
Toutefois, ces solutions peuvent devenir problématiques car :
- Elles remplacent la pensée au lieu de la rendre possible ;
- Elles se répètent automatiquement ;
- Elles rigidifient les modes de régulation ;
- Elles créent parfois de nouveaux problèmes (symptômes, conflits, souffrance chronique).
Ralentir l'agir
Les patients avec déficit de mentalisation passent souvent directement de l'émotion à l'action.
L'objectif est de pouvoir introduire un temps intermédiaire :
affect → pensée → réponse
Le travail de mentalisation consiste moins à « expliquer » qu'à aider le patient à :
- Ressentir sans être débordé ;
- Penser sans agir immédiatement ;
- Relier émotion, corps, pensée et relation ;
- Transformer l'expérience brute en expérience psychique intégrée.
Le monde relationnel
Cette notion, issue de la TLMR (Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels) repose sur l'idée que nos relations, notamment les liens d'attachement précoces, jouent un rôle crucial dans la construction de notre monde relationnel caractérisé par un système d'interactions influencé par l'affectivité, les perceptions et les processus attentionnels.
Le monde relationnel se constitue dès la naissance à travers des interactions implicites (liens) et explicites (relations) qui forment un ensemble dynamique influencé par plusieurs niveaux : la singularité de l'individu, le collectif intime (famille et proches), le collectif sociétal (culture, langue, structure sociale), et l'universel (aspects spirituels et symboliques). Ainsi, chaque personne développe une manière d'appréhender le monde en fonction de son histoire de vie, influencée par son environnement et les figures d'attachement.
Mais lorsque cette dynamique est perturbée par des traumatismes, tels que la violence, la maltraitance, l'abus ou la négligence, le monde relationnel peut se former sur des bases dysfonctionnelles.
Les traumatismes psychiques
Le lien d'attachement est une structure fondatrice. Lorsqu'il est stable, il est un sol. Lorsqu'il est défaillant ou blessé, il peut devenir un vide, un abîme ou une faille. Dans ce contexte, le psycho-trauma peut alors apparaître comme une rupture de lien. Ainsi, il ne peut pas être réduit à un simple événement du passé car il façonne les mondes relationnels dans lesquels évoluent les individus, influençant leur manière d'être en lien avec eux-mêmes et avec autrui.
De manière générale, un traumatisme psychique, ou psycho-trauma, correspond une réaction émotive persistante qui peut, au-delà d'une rupture de lien, faire suite à un évènement extrêmement éprouvant de la vie appelé évènement traumatique.
Un événement traumatique est caractérisé par :
- La menace de l'intégrité physique (et de la vie) et/ou de l'intégrité psychique de la personne elle-même ou celle d'autres personnes présentes ;
- La peur intense, le sentiment d'impuissance ou d'horreur qu'il provoque ayant pour conséquences un débordement des défenses de la personne ;
- Le fait qu'il ne peut être assimilé par la personne.
De fait, vivre un évènement dit traumatique peut compromettre les sentiments de sécurité et d'identité comme la capacité à réguler les émotions ainsi qu'à s'orienter dans ses rapports avec les autres. Tout dépend du contexte, c'est à dire des conditions internes et externes qui se sont imposées à la personne lors du vécu traumatique. On constate qu'une exposition à un évènement potentiellement traumatique associée à un contexte défavorable fait qu'une personne peut encore ressentir longtemps après son expérience douloureuse, une peur intense (ou plus diffuse) accompagnée d'un sentiment d'impuissance voire de honte. Elle peut aussi éprouver des symptômes dissociatifs dans un seul ou plusieurs registres (cognitif, affectif, somatique et comportemental).
Un travail doit alors être effectué pour la libérer des conséquences en lien avec les fragments émotionnels et sensoriels qu'elle subit toujours dans le présent.
Le traumatisme peut avoir de nombreux impacts à prendre en compte dans l'accompagnement.
- Le système de croyances/valeurs de la personne qu'elle en ait
conscience ou non :
Désespoir ;
Hypervigilance/méfiance ;
Culpabilité ;
Injustice.
- Les émotions et par conséquent, le monde émotionnel de la personne :
Peur/anxiété quasi-constante
et/ou crises d'angoisse ;
Honte ;
Vide intérieur ;
Dégoût de soi ;
Colère ;
Tristesse.
Relation à soi (estime, image, confiance) : autodépréciation ;
Relation aux autres : méfiance, état d'alerte, danger.Évènements traumatisants et mémoire

Il existe deux circuits qui entrent en jeu suite à la transmission d'informations sensorielles :
- un circuit court : le circuit thalamo-amygdalien
- un circuit long : le circuit thalamo-cortico-amygdalien
La structure principale qui contrôle l'expression des réponses émotionnelles (réponse de défense de l'organisme, changements physiologiques, réactions comportementales) est l'amygdale. Il s'agit d'une petite structure cérébrale sous-corticale qui correspond au siège de la mémoire émotionnelle dite implicite (c'est à dire non consciente).
En cas de danger avéré ou
potentiel, le circuit court (thalamo-amygdalien) est instantanément activé avant même que le danger soit analysé
et
génère immédiatement l'activation de l'amygdale. Dès lors, le corps réagit par réflexe avec
une levée de stress qui active les mécanismes de protection.
S'il n'y a plus de danger, la voie longue (thalamo-cortico-amygdalienne) corrige et module l'activation de l'amygdale, ralentit les processus physiologique et émotionnels activés par l'événement stressant. Cette voie va permettre une analyse de la situation :
1. en traitant les informations sensorielles, en les intégrant et en les transformant en représentations et en concepts grâce au cortex associatif (siège de la mémoire de travail, avec son contenu de pensées immédiates) ;
2. en comparant la situation à "une banque de données » de souvenirs issus d'expériences affectives et d'apprentissages grâce à l'hippocampe ( petite structure cérébrale, siège de la mémoire déclarative, explicite, partie consciente de la mémoire et de l'analyse du contexte et de l'espace).
L'état du corps peut alors revinir à la normale. Le souvenir peut ainsi être intégré par le siège de la mémoire explicite (c'est à dire consciente).
Par contre, en cas de traumatisme psychiques, autrement dit si la voie longue ne peut se mettre en place suite à un danger ressenti comme extrême (on parle d'effraction psychique), on retrouve alors le souvenir de l'évènement bloqué au niveau de l'amygdale. En effet, l'hippocampe n'ayant aucune information référencée (aucune expérience connue) en mémoire qui permettrait une mise en lien avec l'évènement, il n'est donc pas possible pour lui de traiter ce signal d'alerte qui n'a aucun sens. De par certaines situations douloureuses ou de peurs non comprises et dénuées de sens (sentiment d'insécurité dans l'enfance, maltraitances, agressions, accidents ou catastrophes naturelles par exemple), la mémoire émotionnelle se retrouve alors de fait comme piégée. Elle active ainsi un circuit de peur conditionnée et permanent.
Dans un tel contexte, le cortex et l'hippocampe ne peuvent plus jouer leur rôle de modulateur. Cette situation qui correspond au circuit du souvenir traumatisant modifié (voir schéma ci-dessous), est donc à l'origine de ce que l'on appelle la mémoire traumatique.
Le circuit du souvenir

La mémoire traumatique est une mémoire émotionnelle implicite, non consciente du traumatisme qui n'est pas verbalisable (Janet, 1928). Elle se différencie ainsi de la mémoire autobiographique, explicite, consciente et déclarative (Van der Kolk et Van der Hart, 1991).

Le psycho-trauma : la mise en échec de la symbolisation
La symbolisation est la capacité du psychisme à transformer une expérience brute (émotion, sensation, image, événement) en quelque chose qui peut être pensé, représenté, mis en mots, partagé, élaboré. Il s'agit ainsi d'un processus par lequel l'expérience devient psychique.
Autrement dit, symboliser correspond au fait de donner une forme psychique à ce qui, sinon, resterait vécu seulement dans le corps, dans l'émotion ou dans l'agir.
La symbolisation est essentielle car elle permet de :
-
transformer l'expérience en représentation ;
-
donner du sens ;
-
rendre l'émotion comme étant pensée et tolérable ;
-
l'intégrer dans l'histoire du sujet ;
-
créer une distance permettant de ne plus être submergé.
Sans symbolisation, l'expérience reste à l'état brut → sensations, images intrusives, angoisses, comportements répétitifs = c'est le cas dans un psycho-trauma.
L'altération de la relation à soi, à l'autre, au monde
Dès lors, en cas d'échec du processus de symbolisation, la sensation de ne pas maitriser ses états émotionnels et certains comportements conduit les victimes de traumatismes dits "complexes" à régulièrement éprouver une impression de dommages irréparables, à vivre un sentiment d'inutilité, d'infériorité, d'inefficacité voire de dégout d'elles-même.
Comprendre les mondes traumatiques
Un monde traumatique est un espace intérieur marqué par la dissociation et la méfiance. La personne ne vit plus pleinement son présent, mais oscille entre le figement, l'hypervigilance ou l'évitement.
Lorsqu'une personne a été blessée dans ses relations primordiales, elle construit inconsciemment des stratégies de protection qui peuvent entraver sa capacité à tisser des liens sécurisants. Comprendre cela permet d'éviter de pathologiser des comportements qui sont, avant tout, des tentatives de survie.
La reconstruction passe par la possibilité de rétablir un lien sécurisant et vivant. Cela ne signifie pas seulement "parler du trauma", mais permettre à la personne de ressentir et d'expérimenter une autre qualité de présence et d'interaction.
Ainsi, devant certains problèmes de santé mentale pouvant se manifester au cours de la vie, il est utile de s'interroger sur la possibilité d'être concernés par un trouble de stress post-traumatique.
La Haute autorité de santé (HAS) cite notamment :
- des troubles anxieux, de l'humeur, du comportement ;
- des troubles des conduites alimentaires ;
- des addictions ;
- des troubles psychosomatiques avec des symptômes physiques persistants comme la douleur, les maux de tête ou la fatigue ;
- des pensées suicidaires ;
- des troubles du sommeil ;
- une "phobie scolaire" ou refus scolaire anxieux ;
- un burn-out.
La charge allostatique
La charge allostatique correspond à l'usure physique et psychique provoquée par une activation répétée ou prolongée des systèmes de réponse au stress. Normalement, le corps mobilise des ressources (adrénaline, cortisol, système immunitaire) pour faire face à un danger puis retrouve son équilibre. Lorsqu'un stress est chronique ou traumatique, ces mécanismes restent activés trop longtemps.
Cette surcharge peut affecter plusieurs systèmes : le cerveau (hypervigilance, troubles de la mémoire et des émotions), le système cardiovasculaire (hypertension), le système immunitaire (inflammation chronique), le système digestif (troubles intestinaux), le métabolisme (fatigue, diabète) et le système musculo-squelettique (douleurs chroniques).
Les blessures émotionnelles
L'enfance est une période cruciale de la construction de soi, modelée par l'éducation parentale et les premières expériences de vie. Ce berceau des souvenirs, centre névralgique des émotions, est piloté par celui que l'on appelle l'enfant intérieur. Rejet, abandon, humiliation, trahison et injustice sont toutes des formes de blessure émotionnelle qui se manifestent pendant l'enfance et qui peuvent avoir des séquelles, encore aujourd'hui, sur votre vie d'adulte. Ces « cinq blessures émotionnelles », popularisées par Lise Bourbeau, ne relèvent pas d'une classification scientifique officielle. Toutefois, elles offrent une grille de lecture simple et parlante pour explorer les réactions émotionnelles et relationnelles profondes. Rejet, abandon, humiliation, trahison et injustice : ces blessures, souvent enracinées dans l'enfance, façonnent les croyances, les comportements défensifs et la manière de nous relier aux autres. Utilisées avec discernement, elles peuvent devenir un outil précieux pour amorcer une réflexion personnelle ou un travail thérapeutique, notamment lorsqu'elles sont mises en lien avec des approches validées comme la théorie de l'attachement ou le travail sur le psycho-traumatisme par exemple.
Le rejet pousse à fuir par peur de ne pas être accepté ;
L'abandon rend dépendant de la présence et de l'attention des autres ;
L'humiliation enferme dans la honte et le sentiment de ne pas être digne ;
La trahison fait craindre la déception et engendre la perte confiance ;
L'injustice pousse à la rigidité et à la quête incessante de perfection.
Au delà de ces cinq blessures de l'enfance, on peut retrouver également les deux blessures centrales que l'on retrouve dans la clinique du psycho-trauma : la maltraitance et la non-reconnaissance. La maltraitance survient quand l'adulte censé protéger devient une source de danger, de chaos ou d'imprévisibilité pour l'enfant. La non-reconnaissance est plus silencieuse mais tout aussi profonde. Elle survient quand l'enfant n'est pas vu, pas entendu, pas compris, ou pas validé dans son vécu. Il s'agit de négligence affective.

Finalement, nous pouvons dire que les blessures émotionnelles correspondent à une autre façon de parler d'un traumatisme vécu dans l'enfance. C'est une plaie qui n'est pas cicatrisée même si il n'y a pas forcément de souvenirs ou si l'impact qu'a eu les comportements inadéquats sur la personne enfant peut être minimisé à l'âge adulte.
L'amnésie et/ou le déni masquent ainsi les blessures du passé un certain temps mais l'inconscient trouve toujours le moyen d'exprimer ce qui n'est pas digéré dans les réactions, dans les comportements voire par les signes que peut manifester le corps par le biais de la somatisation.
Une hypersensibilité est souvent le signe de blessures émotionnelles. Un état dépressif, un mal être existentiel, une anxiété généralisée mais aussi des comportements compensatoires, des schémas répétitifs dans les relations toxiques ou de l'auto dépréciation voire de l'auto sabotage sont également des symptômes à prendre en compte.
Dans ce cadre, il est crucial de faire la paix avec son enfant intérieur. L'hypnose peut être un outils qui permet d'entrer en contact avec cet enfant et de dialoguer avec lui. Cette approche permet de consoler le "moi" du passé et d'intégrer les parties abandonnées ou rejetées.
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ll
Dépasser le processus d'auto-victimisation
En
effet, face aux difficultés rencontrées, un processus
d'auto-victimisation peut ainsi apparaître efficace en tant que
mécanisme de défense. De fait, l'objectif est alors pour ces personnes
de se protéger des évènements de leur vie et de la perception qu'elles
en ont. Il s'agit là d'un processus psychique inconscient qui positionne
et enferme peu à peu le sujet dans une stratégie qui peut alors
s'apparenter à un mécanisme addictif et engendrer un sentiment de dépendance.
En
effet, si avoir conscience que l'on a été victime permet de se donner
une chance de sortir de ce statut et de l'impuissance qui en découle,
pérenniser cette situation interdit toute remise en mouvement.Ainsi, spéculer sur le futur en posant comme hypothèse que l'on va être
victime d'une personne ou d'un système et/ou expliquer toutes les conséquences
négatives d'un quotidien par des variables extérieures, s'avère à terme, être un processus
handicapant. En effet, se poser en victime continuelle induit dans notre regard sur le monde que nous sommes impuissants face à
ce qui s'y déroule.
Une remise en mouvement dans un tel contexte semble compliqué. Celle-ci devient accessible que quand il est possible pour la personne concernée de comprendre quand, où et comment elle a été victime et quand et comment elle a cessé de l'être. Toutefois, il n'est pas toujours aisé de pouvoir accepter cela pour quelqu'un qui a souffert et qui cherche, consciemment ou non, à trouver aujourd'hui les réponses à des situations passées.
« Tant que vous gardez des secrets et supprimez des
informations, vous êtes fondamentalement en guerre contre vous-même… La
question cruciale est de vous autoriser à savoir ce que vous savez. Cela
demande énormément de courage. » – Bessel A. van der Kolk –Psychiatre américain
Eric Bardot explique lui que le monde traumatique, les tentatives de résolution, la peur de l'exclusion vont amener à l'acceptation de l'inacceptable et mener à l'errance c'est à dire au fait de ne pas savoir modifier son rapport à ses croyances tout en voulant les gérer sans questionner sa position. Une position de figement dans la victimisation empêche alors toute circulation de la vie car le système de domination coupe des liens.
L'enfant intérieur
Le concept d'enfant intérieur est fréquemment mobilisé pour comprendre l'impact durable des expériences émotionnelles vécues durant l'enfance sur le fonctionnement psychique à l'âge adulte.
Deux facettes pour un même concept
- L'enfant intérieur caractérisé comme le Moi authentique :
L'enfant intérieur représente le Moi véritable et authentique, c'est-à-dire l'expérience sensitive, émotionnelle et imaginative du moi sensible et vivant dans son expression naturelle.
En psychologie analytique, l'enfant intérieur décrit par Carl Gustav Jung est associé à l'archétype de l'enfant Divin. Il s'agit là d'un élément déterminant dans la quête d'individuation, processus par lequel une personne devient elle-même. Il symbolise le potentiel de développement, de renouveau et de transformation de la psyché.
Cette facette de l'enfant intérieur a plus récemment été popularisé par Alice Miller, psychanalyste Suisse. Pour cet auteurs, l'enfant intérieur authentique symbolise les besoins fondamentaux comme les pouvoirs créatifs de l'être humain. Pour autant, Alice Miller ne développe pas explicitement une théorie d'un enfant intérieur sain, heureux ou compétent. Toutefois, elle reconnaît l'existence d'un potentiel intact qui correspond à ce qu'elle nomme le vrai self :
-
l'élan vital naturel de l'enfant ;
-
sa capacité spontanée à ressentir, à aimer, à être curieux et créatif ;
son aptitude à se développer de manière authentique.-
- L'enfant intérieur blessé :
Toutefois, l'enfant intérieur correspond également à la partie entravée du Moi. On parle alors d'enfant blessé.
La thérapie des schémas développée par Jeffrey Young, psychologue Américain, conceptualise l'enfant intérieur à travers différents modes qui correspondent aux états émotionnels ou aux « parties » d'une personne qui s'activent dans certaines situations. Parmi eux, l'enfant vulnérable, l'enfant en colère ou l'enfant heureux permettent de rendre compte des états émotionnels hérités de l'enfance. Cette approche met l'accent sur les besoins émotionnels fondamentaux non satisfaits et sur les stratégies d'adaptation développées par l'enfant. Elle offre un cadre opérant pour comprendre les liens entre expériences précoces et difficultés actuelles.
Selon Alice Miller et son travail avant tout centré sur la souffrance psychique issue du déni des besoins émotionnels fondamentaux, les souffrances de l'adulte viennent du refoulement et du déni de l'enfant intérieur dans ce qu'il a de plus beau et créatif. De fait, l'individu se construit alors une fausse personnalité pour répondre aux attentes de son environnement durant l'enfance. L'enfant qui n'est pas reconnu développe ainsi une personnalité adaptée qui correspond à un faux-self.
L'enfant intérieur blessé : un système de survie développemental
La notion d'enfant blessé a également été développée par le psychothérapeute Américain John Bradshaw à travers notamment ses travaux sur la honte, la dépendance affective et la dynamique familiale dysfonctionnelle. Pour John Bradshaw, l'enfant blessé porte en lui les douleurs voire les traumatismes de la petite enfance.
L'enfant intérieur blessé désigne ainsi un ensemble d'états du Moi infantiles marqués par des expériences précoces de détresse, de carence ou de menace qui n'ont pas pu être reconnues, régulées ou intégrées au moment où elles ont été vécues et qui demeurent actives à l'âge adulte.
Il ne s'agit pas d'un « enfant abîmé », mais d'un système de survie développemental resté figé dans le temps.
La « blessure » correspond à :
-
une rupture de sécurité affective ;
-
une atteinte du lien d'attachement ;
-
une défaillance de co-régulation ;
-
ou une exposition trop précoce à un évènement traumatique, à la peur, à la honte ou à l'impuissance.
Ces vécus peuvent être :
-
manifestes (violences, abus, abandons) ;
ou invisibles (indifférence, incohérence, parentification, absence émotionnelle, négligences).
L'enfant intérieur blessé désigne ainsi l'ensemble des états psychiques, émotionnels, corporels et relationnels constitués durant l'enfance qui demeurent actifs dans la vie psychique adulte en particulier lorsqu'ils n'ont pas été suffisamment intégrés.
Il ne s'agit ni d'un personnage, ni d'une entité autonome, mais de traces développementales vivantes inscrites dans :
-
la mémoire émotionnelle ;
-
le système nerveux autonome ;
-
les modèles d'attachement ;
-
les schémas relationnels implicites.
Toutefois, par le biais de la mentalisation (fait de pouvoir se représenter mentalement des phénomènes, des conflits psychiques), l'enfant blessé peut prendre la forme et les traits de l'enfant du passé. Cette image intériorisée permet ainsi de rentrer plus facilement en contact avec lui et de prendre conscience de l'enfant qu'il a été.
Comprendre les blessures de l'enfance
Les blessures émotionnelles de l'enfance laissent des traces durables, surtout lorsqu'elles ne sont ni reconnues ni accompagnées. Pour mieux comprendre ce qui se rejoue dans la vie adulte, il est essentiel de distinguer deux formes principales de blessures : celles liées à des événements traumatiques, et celles nées de manques affectifs fondamentaux.
- Les blessures traumatiques
Elles apparaissent lorsque les besoins de sécurité ne sont pas satisfaits, c'est-à-dire toutes les mauvaises choses qui sont arrivées — accidents, catastrophes naturelles, agressions, etc.
- Les blessures d'attachement
Elles se forment lorsque les besoins émotionnels fondamentaux ne sont pas comblés, c'est-à-dire toutes les bonnes choses qui n'ont pas eu lieu — lien affectif insuffisant, apaisement émotionnel absent, manque d'attention ou de soutien.
Des parts qui attendent d'être vues, entendues et guéries.
L'idée réside dans le fait que de nombreuses souffrances actuelles trouvent leur origine dans des besoins affectifs et développementaux insuffisamment satisfaits durant l'enfance. On considère alors que ces expériences laissent derrière elles différentes « parts » ou états du moi, certaines portant les blessures, la peur, la honte ou la solitude, tandis que d'autres assurent la protection et l'adaptation au quotidien.
Plutôt que de considérer les symptômes comme des dysfonctionnements, cette approche les comprend comme l'expression de parts blessées qui continuent de rechercher la sécurité, l'amour ou la reconnaissance qui leur ont manqué.
Ce schéma à suivre illustre les principales étapes du processus thérapeutique qui vise à reconnaître ces blessures, à accueillir les émotions qui y sont associées et à offrir symboliquement à l'enfant intérieur les expériences de protection, de compréhension et de réconfort qui lui ont manqué.

L'analyse transactionnelle : l'enfant, le parent et l'adulte
La notion d'enfant intérieur occupe une place importante dans l'analyse transactionnelle qui est une méthode psychothérapeutique développée par le psychiatre américain Eric Berne. Elle permet d'analyser la dimension intrapsychique, ce qui est vécu dans la psyché de la personne, et la dimension interpersonnelle, ce qui est vécu dans les relations avec les autres.
L'analyse transactionnelle est basée sur les trois états du Moi : l'état du Moi parent, l'état du Moi adulte et l'état du Moi enfant. Eric Berne postule que ces trois états sont présents en chacun de nous en tant qu'adulte et qu'ils interagissent constamment dans notre communication avec les autres. Par conséquent, ils influencent nos comportements.
En analyse transactionnelle, l'état du Moi enfant comprend trois dimensions. On y retrouve celle de l'enfant libre, celle de l'enfant adapté soumis et enfin, celle de l'enfant adapté rebelle. La dimension de l'enfant adapté se construit lorsque l'enfant doit ajuster ses comportements pour répondre aux attentes parentales ou éviter des sanctions. Cette description rejoint l'analyse d'Alice Miller concernant la formation du faux self et de l'enfant intérieur blessé que l'on retrouve également chez John Bradshaw.
La ligne du temps : un outil thérapeutique utilisé en Thérapie Intégration du Cycle de la Vie
Construire une ligne du temps consiste d'abord à repérer avec la personne des images qui ancrent chaque période de vie. Cette dernière est composée de souvenirs positifs, négatifs ou neutres. Il peut s'agir d'un lieu, d'un objet, d'une scène ordinaire ou d'un souvenir factuel permettant d'identifier un âge ou une étape précise. L'important est que chaque image soit claire, stable et facile à mobiliser mentalement, sans déclencher une activation émotionnelle intense.
La construction se fait ensuite dans un ordre strictement chronologique.
La ligne du temps peut alors être utilisée en hypnose thérapeutique pour faciliter une intégration temporelle et émotionnelle d'expériences passées qui continuent d'influencer le présent.
L'hypnose et la régression : un voyage aux côtés de l'enfant intérieur
La pratique de l'hypnose et de la régression offre un chemin vers la libération émotionnelle et la prise en charge de l'enfant intérieur.
Le terme de régression désigne un processus par lequel une personne accède, dans un état hypnotique, à des expériences émotionnelles associées à des périodes antérieures de sa vie. Ce processus n'implique pas un retour réel dans le passé mais correspond à l'activation dans le présent, d'états émotionnels issus de l'histoire du sujet : on ne revisite pas le passé, on le vit aujourd'hui par rapport à ce qui s'est organisé hier.
La libération émotionnelle désigne le fait par lequel une charge émotionnelle auparavant associée à une situation, à un souvenir ou à un schéma relationnel perd son caractère contraignant, envahissant ou automatique. Autrement dit, l'émotion peut toujours exister mais elle ne déborde plus, ne fige plus et ne commande plus le comportement de la personne.
Cette libération émotionnelle peut être facilité par un état hypnotique offrant la possibilité :
-
de faciliter l'accès à des états internes ressources (pouvoir créatif inné) ;
-
de moduler l'intensité émotionnelle des blessures de l'enfant intérieur (ajuster le niveau d'activation émotionnelle pour qu'il soit suffisant pour être vécu et intégré mais sans dépasser la capacité de régulation du système nerveux = théorie polyvagale) ;
-
d'augmenter la tolérance affective (ressentir des émotions intenses sans être débordée, dissociée, inhibée ou contrainte à des stratégies défensives) ;
-
de favoriser la symbolisation et la mentalisation (donner du sens à ce qui est vécu) ;
-
de permettre une expérience corrective émotionnelle (vivre une expérience émotionnelle nouvelle).
On parle alors de :
-
mobilisation de ressources internes déjà présentes ;
-
réorganisation de l'expérience subjective ;
-
augmentation de la flexibilité psychologique.
Distinction entre enfant intérieur blessé et enfant intérieur authentique : une nécessité thérapeutique
Il est important de distinguer l'enfant intérieur blessé porteur de manques, de peurs et de souffrances non reconnues, de l'enfant intérieur authentique porteur de forces, de compétences et de potentialité.
Voici différentes manifestations de l'enfant intérieur authentique pouvant être répertoriées :
- L'enfant innocent ;
- L'enfant libre ;
- L'enfant magique ;
- L'enfant joueur ;
- L'enfant du renouveau.
L'objectif n'est pas de nier les blessures, mais de rééquilibrer le regard porté sur soi, en redonnant une place centrale aux ressources internes, souvent éclipsées par l'attention portée aux difficultés.
L'enfant intérieur authentique représente la part créative, compétente et résiliente du sujet. Sa reconnaissance permet de soutenir le développement personnel, de renforcer l'estime de soi et de favoriser des trajectoires d'autonomisation.
Malgré tout, nombre de personnes accuse leur enfant intérieur en le rendant coupable de leur mal-être et/ou responsable de ce qu'il a subi. Pourtant, considérer et accepter cet enfant intérieur apparaît être une démarche primordiale à qui désire faire la paix avec soi-même afin de vivre une existence plus apaisée et donner du sens à son expérience. L'affirmation de soi à l'âge adulte peut ainsi devenir un réponse au manque de prise en compte des besoins d'expression, de limites, de sécurité et de choix exprimés et non reconnus durant l'enfance.
Quand l'adulte dit "non", il renonce à être "le bon enfant" et devient alors une personne entière.
Les bénéfices de l'affirmation de soi
Le travail sur l'enfant intérieur prépare ainsi le terrain pour une meilleure affirmation de soi une fois adulte. En effet, nous l'avons vu, les blessures émotionnelles vont généralement de paire avec les psycho-traumas vécus lorsqu'un enfant grandit dans un cadre insécure en lien avec de la négligence, de la violence, des ruptures précoces ou d'un manque d'attention. Ces expériences n'attaquent alors pas seulement la sécurité immédiate de l'enfant mais perturbent aussi les fondements mêmes de sa personnalité.
Deux grandes dimensions du développement sont alors impactées :
- Le besoin d'être relié aux autres (avoir de l'amour, du soutien, de la sécurité) ;
- Le besoin de se construire soi-même (avoir une identité, de la confiance en soi, une autonomie).
Le psychologue Sidney Blatt a montré que ces deux dimensions doivent avancer ensemble pour permettre un développement équilibré. En effet, selon lui, si l'on mise trop sur la relation, on risque de devenir dépendant des autres. A l'inverse, si l'on mise trop sur l'autonomie, on risque de s'enfermer dans l'auto-exigence et la solitude.
De plus, le modèle de Ronald Fairbairn montre l'importance déterminante qu'a l'environnement de l'enfant dans sa construction psychique.
On retrouve là les racines de ce que Blatt conceptualise :
-
La polarité anaclitique correspondant aux parts liées à l'objet excitant/frustrant → le besoin d'amour non satisfait ;
-
La polarité introjective correspondant aux parts liées à l'objet rejetant / surmoi punitif → l'intériorisation d'un parent critique qui devient auto-culpabilisation.
Par ailleurs, ces deux dimensions sont complétées par la Théorie de l'attachement qui explique que selon la qualité des premiers liens, on développe des styles relationnels différents. Pour rappel, il existe 4 styles d'attachement :
- Sécure : on peut aimer et être aimé avec confiance ;
- Anxieux : on a peur d'être abandonné et on réclame beaucoup d'attention ;
- Évitant : on cache ses besoins affectifs et on survalorise l'indépendance ;
- Désorganisé : on veut à la fois se rapprocher et fuir, ce qui crée beaucoup de confusion.
D'un point de vue clinique, cela permet de donner des piste d'intervention :
-
Avec Fairbairn → on peut travailler à repérer les parts (scissions internes) ;
-
Avec Bowlby → on peut observer les liens (styles relationnels rejoués dans la thérapie) et travailler sur la mentalisation ;
Avec Blatt → on peut situer la problématique principale du patient :
- Est-elle du côté de la relation à l'autre (anaclitique) ?
- Ou du côté de la relation à soi / surmoi (introjective) ?
- Ou bien les deux ?
Les blessures émotionnelles → correspondent à un langage plus accessible pour désigner et exprimer le vécu.
Quand le psycho-trauma s'en mêle, il peut alors agir comme une perturbation supplémentaire ayant pour conséquence de bloquer ou de déformer ces lignes de développement ainsi que d'impacter fortement le style d'attachement. De fait, un enfant négligé peut par exemple devenir adulte en recherche constante d'affection avec la peur d'être abandonné. Un enfant humilié peut lui grandir en pensant qu'il doit être parfait et ne jamais dépendre de personne. Enfin, un enfant qui a vécu des violences de la part de ceux qui devaient le protéger peut rester pris dans un paradoxe douloureux par lequel il ressent le besoin d'être en relation avec l'autre malgré le fait qu'il en a peur.
Ces manières de réagir ne sont pas des faiblesses, mais des stratégies de survie psychique mises en place face au danger au moment de l'enfance et qui perdurent à l'âge adulte.
Dans le cas de blessures émotionnelles subies pendant l'enfance ou à l'adolescence voire de psycho-traumatismes, on peut donc remarquer chez l'adulte une certaine perturbation au niveau de l'image de soi, l'estime de soi, de l'amour de soi et de la confiance en soi souvent en lien avec un sentiment de culpabilité et de honte.
Afin de retrouver un certain équilibre, il est alors nécessaire de travailler sur l'affirmation de soi.
Afin de gagner en assurance et en stabilité, il peut donc apparaître important de travailler sur ces trois paramètres :
-
L'image de soi (description de soi-même que chacun fait) ;
L'estime de soi (l'opinion que l'on a de soi) ;
L'amour de soi ( capacité à accueillir sans jugement la personne que nous sommes) ;
-
La confiance en soi (la confiance dans nos compétences) ;
L'affirmation de soi (notre rapport aux autres).

Une mauvaise estime de soi et des difficultés en termes de confiance en soi comme d'image ou d'amour de soi, naissent de l'accumulation d'émotions négatives ressenties par la personne par rapport à elle-même. Cela peut provenir d'événements survenus durant la petite enfance puis tout au long de la vie. En fonction du niveau d'estime de nous-mêmes, nous nous attribuons des étiquettes, on parle de croyances limitantes, qui se trouvent au cœur de notre système de croyances. Une croyance limitante permet de décrire des pensées auto-alimentées, réductrices et négatives. Il s'agit d'idées difficilement dépassables, ayant tendance à enfermer l'individu dans une certaine vision des choses et de lui-même.
De l'image de soi à la confiance en soi en passant par de l'estime de soi et l'amour de soi, naît l'affirmation de soi. Il s'agit ici d'être capable d'affirmer ses points de vue, ses ressentis, ses besoins et ses droits, sans tenir compte du regard d'autrui, sans lui demander la permission, ou encore attendre son approbation, mais tout en le respectant.
L'affirmation de soi se situe ainsi à un point intermédiaire, un point d'équilibre entre deux autres pôles de conduite : la passivité dans laquelle on permet aux tiers de décider pour soi ou de passer au-dessus de ses propres droits et l'agressivité, qui se présente lorsqu'on n'est pas capable d'être objectif et de respecter les idées des autres.

Nous sommes ce que nous faisons de manière répétée
Aristote
Avec le temps, les personnes victimes d'un passé douloureux peuvent chercher à éviter leurs ressentis négatifs, notamment ceux associés aux sentiments de déception, de peur, de culpabilité et de honte, en rejetant la faute sur les autres. Avec un travail sur l'affirmation de soi, peu à peu, la personne peut sortir des schémas figés par les aléas de la vie et réapprendre à la fois à compter sur les autres comme à s'appuyer sur ses propres ressources. Il s'agit ainsi de dépasser ce que l'on appelle le processus d'auto-victimisation.
L'affirmation de soi, un fil rouge du développement du self
La PGRO relie deux inspirations : la Gestalt (attention à l'expérience vécue, au corps, au contact) et la théorie des relations d'objet (comment nos liens précoces colorent nos relations actuelles). Dit plus simplement, le message est le suivant : ce qui s'est construit dans le lien se transforme aussi dans le lien.
Dans ce cadre, en Psychothérapie Gestaltiste des Relations d'Objet (PGRO), le développement du self (ensemble des représentations, perceptions et sentiments qu'un individu a de lui-même) est souvent décrit à travers trois grands chantiers : l'attachement, l'estime de soi et l'axe Éros–Éthos. Chacun de ces espaces du développement humain contribue à construire notre capacité à nous affirmer, à dire "je suis", "je peux", "je choisis".

Puis-je compter sur quelqu'un ? Puis-je me sentir valable comme je suis ? Puis-je désirer sans perdre le lien ?
Relation entre Éros et Éthos : autonomie et socialisation
La tension ou l'articulation entre les deux est très riche :
-
Éros = ce qui pousse, attire, anime : force du désir qui pousse l'être humain vers ce qui lui manque ;
- Éthos = ce qui structure, oriente, contient : qualité de présence et manière d'habiter la relation.
Autrement dit :
- Éros sans éthos peut devenir impulsivité ou fusion ;
- Éthos sans éros peut devenir rigidité ou froideur.
La PGRO souligne une idée centrale : que ce soit dans la sécurité du lien, dans la valeur personnelle ou dans l'articulation du désir et de la limite, le développement psychique repose toujours sur la qualité des expériences relationnelles précoces et sur la manière dont elles s'inscrivent en nous.
Les trois chantiers
Le chantier de l'attachement pose les fondations en termes de sécurité relationnelle : c'est là que se forme la sécurité d'exister dans le regard de l'autre. L'enfant découvre qu'il a une place, qu'il peut avoir un impact sur le monde sans que cela mette le lien en danger. L'affirmation de soi y prend racine dans la confiance : "Je peux être, et tu restes là."
Vient ensuite le chantier de l'estime de soi, où le jeune enfant apprend à se différencier, à dire "non", à explorer son autonomie. Ce deuxième chantier concerne la construction du sentiment de valeur personnelle et de continuité identitaire. L'enfant y expérimente sa valeur personnelle, indépendamment du regard des autres. Ici, l'affirmation devient un acte conscient : "Je peux être moi, même si je déplais."
Enfin, le chantier Éros–Éthos ouvre la voie à une affirmation plus mature, où désir et responsabilité s'articulent. Le troisième chantier concerne la manière d'habiter le lien relationnel. L'enfant comprend qu'il ne peut réaliser tout ce qu'il veut. C'est ainsi que s'établissent les bases d'une morale, d'une éthique. L'enfant va apprendre à négocier la tension entre le plaisir et la loi. Plus largement, le duel entre ce qu'il veut et ce qu'il peut. L'adulte y intègre sa vitalité, sa créativité, et son sens éthique. Il n'a plus besoin de s'imposer ni de se soumettre : il agit en cohérence avec ce qui l'anime profondément. "Je peux désirer, choisir et agir sans me trahir."
À
travers ces trois chantiers, l'affirmation de soi se déploie comme une
ligne de vie : de la sécurité d'exister à la liberté d'être jusqu'à la
puissance d'agir avec sens.
En PGRO, le travail thérapeutique vise souvent à restaurer cette continuité du self pour que chacun puisse dire pleinement et paisiblement :
"Je suis moi, et c'est suffisant."
Pour résumer
Chantier Question centrale
Attachement Puis-je être en lien en sécurité ?
Image et soi Ai-je le droit d'exister comme sujet ?
Éros / Éthos Comment désirer sans me perdre ?
La notion de contact
Le contact peut être défini simplement comme le processus vivant par lequel une personne entre en relation avec son environnement, les autres et elle-même. Il ne s'agit pas seulement d'un échange extérieur ou d'une interaction sociale. Le contact correspond à la manière dont nous rencontrons le monde, dont nous sommes affectés par lui et dont nous l'influençons en retour.
Dans cette perspective, l'expérience psychique ne se situe ni uniquement « à l'intérieur » de la personne, ni uniquement dans le monde extérieur. Elle se construit dans la rencontre entre les deux. Chaque relation, chaque échange, chaque émotion vécue avec l'autre transforme à la fois la personne et son environnement.
Un contact suffisamment fluide permet de sentir que nous existons pleinement dans la relation sans nous perdre ni nous couper de nous-mêmes.
Cycle du contact en Gestalt Thérapie

Quand le contact se fige, la souffrance s'installe. En effet, lorsque celui-ci est perturbé par la peur, le trauma ou les défenses relationnelles, le sujet peut alors se couper de ses émotions, éviter la proximité, se sur-adapter ou perdre le sentiment d'être pleinement vivant dans la relation. Prenons un exemple très concret. Si quelqu'un ressent de la colère dans une de ses relations, cette colère ne vient pas seulement "de lui ", ni seulement "de l'autre". Elle apparaît dans la relation, entre ce que la personne attend, ce qu'elle supporte, ce dont elle a besoin et ce que la situation impose.
En cas de figement, certains mécanismes viennent perturber la qualité du contact avec soi-même, avec les autres comme avec le monde :
- La confluence efface les différences au point de ne plus savoir ce qui appartient vraiment au sujet ;
- L'introjection consiste pour le sujet à intégrer des règles ou des croyances sans les questionner ;
- La projection attribue à l'autre ce qui se joue en soi ;
- La rétroflexion retourne contre soi des émotions ou des besoins qui ne peuvent être exprimés dans la relation ;
- La déflexion évite le contact direct lorsque celui-ci devient trop intense ou engageant.
Entre fusion et retrait : une lecture clinique en PGRO
Dans la clinique relationnelle, certaines souffrances apparaissent ainsi comme des déséquilibres profonds dans la manière d'entrer en lien avec l'autre. La Psychothérapie Gestaltiste des Relations d'Objet (PGRO) permet notamment de penser ces mouvements à travers la tension entre Éros et Éthos.
Chez certains patients, l'Éros semble prendre toute la place. Le besoin de relation devient si intense qu'il menace parfois la stabilité psychique elle-même. La personne cherche l'autre avec urgence, comme si le lien devait absolument garantir la sécurité intérieure, l'existence ou la valeur personnelle.
Cela peut se traduire par :
- une dépendance affective importante ;
- une peur constante de l'abandon ;
- une quête fusionnelle ;
- une hypersensibilité aux ruptures ou aux distances relationnelles ;
- ou encore une grande désorganisation émotionnelle lorsque le lien paraît menacé.
Dans ces situations, la relation est souvent vécue comme vitale. La solitude peut devenir insupportable, non pas simplement parce qu'elle est douloureuse, mais parce qu'elle réactive des expériences anciennes d'insécurité, de manque ou de rupture affective. Le sujet peut alors tenter de maintenir le lien à tout prix en s'oubliant lui-même, en s'adaptant excessivement,
en cherchant à être indispensable ou en vivant des montagnes russes émotionnelles au rythme des réactions de l'autre.
À l'inverse, d'autres patients développent ce que l'on pourrait appeler un Éthos défensif hypertrophié. Ici, la protection contre la souffrance relationnelle passe par le contrôle, la maîtrise et la distance émotionnelle. Ces personnes donnent parfois l'impression d'être solides, autonomes ou très rationnelles. Pourtant, derrière cette organisation se cache souvent une profonde méfiance du lien.
Cela peut prendre la forme :
- d'une intellectualisation importante ;
- d'un besoin de contrôle ;
- d'une rigidité relationnelle ;
- d'une pseudo-autonomie ;
- d'un retrait affectif marqué.
Le lien devient alors potentiellement dangereux parce qu'il expose à la dépendance, à la vulnérabilité, au rejet
ou à la perte de maîtrise de soi.
Là où certains se perdent dans la relation, d'autres se protègent en s'en éloignant.
L'Énoncé Cohérent du Dilemme de Contact (ÉcoDC) : redonner du sens à la souffrance relationnelle
Dans la Psychothérapie Gestaltiste des Relations d'Objet (PGRO), l'un des enjeux centraux du travail clinique consiste à comprendre la logique profonde qui organise la souffrance du sujet. Les symptômes ne sont pas considérés comme des manifestations absurdes ou uniquement pathologiques. Ils sont envisagés comme des tentatives d'adaptation lors de " contacts" ressentis comme douloureux permettant à la personne de préserver à la fois le lien, son identité et sa sécurité psychique.
C'est dans cette perspective qu'intervient l'Énoncé Cohérent du Dilemme de Contact, appelé ÉcoDC.
Le dilemme de contact met presque toujours en évidence une ambivalence fondamentale : ce dont le sujet a profondément besoin, ce qu'il ressent comme indispensable est aussi ce qui lui apparaît comme potentiellement dangereux, menaçant ou intolérable. A ce titre, il correspond à une organisation relationnelle profonde dans laquelle le sujet se retrouve pris entre deux nécessités contradictoires.
A partir des symptômes et des répétitions, le travail clinique consiste donc à identifier ce dont la personne a profondément besoin, ce qui devient menaçant dans ce besoin et les stratégies qu'elle développe pour survivre psychiquement dans cette contradiction.
Voici plusieurs exemples d'Énoncés Cohérents du Dilemme de Contact (ÉcoDC) dans une perspective de Psychothérapie Gestaltiste des Relations d'Objet :
1. Hyper-adaptation
« J'ai profondément besoin d'être aimé et reconnu, mais j'ai appris que mes besoins, mes émotions ou ma spontanéité risquaient de déranger ou de provoquer le rejet. Je me sur-adapte alors aux attentes des autres afin de préserver le lien, au prix d'un effacement progressif de moi-même. »
2. Hyper-autonomie
« J'ai besoin de proximité et de soutien, mais dépendre de quelqu'un active une peur profonde d'être déçu, contrôlé ou abandonné. Je développe alors une autonomie défensive et un fort contrôle de moi-même afin d'éviter la vulnérabilité relationnelle, au prix d'une grande solitude intérieure. »
3. Contrôle émotionnel
« J'ai besoin d'être en lien et accueilli émotionnellement, mais j'ai appris que l'expression de mes émotions pouvait entraîner humiliation, rejet ou débordement. Je contrôle alors fortement mes affects afin de maintenir ma sécurité psychique et relationnelle, au prix d'une perte de spontanéité et de vitalité. »
4. Colère relationnelle
« J'ai profondément besoin d'être reconnu et pris en compte, mais j'ai appris que mes besoins n'étaient entendus qu'à travers l'intensité ou le conflit. J'utilise alors la colère pour tenter d'exister dans la relation, au prix d'une insécurité relationnelle permanente et d'une peur du rejet. »
5. Évitement amoureux
« J'ai besoin d'intimité et d'attachement, mais la proximité affective active chez moi la peur d'être envahi, trahi ou abandonné. Je prends alors de la distance lorsque la relation devient importante afin de préserver mon équilibre interne, au prix d'un sentiment chronique de solitude et d'incomplétude. »
6. Perfectionnisme
« J'ai besoin d'avoir de la valeur et d'être reconnu, mais j'ai appris que l'amour et la sécurité dépendaient de ma performance et de mon adaptation. Je tente alors de maintenir ma valeur par l'exigence, le perfectionnisme et le contrôle, au prix d'une anxiété permanente et d'un épuisement psychique. »
7. Dépendance à la validation
« J'ai besoin de me sentir exister et avoir de la valeur, mais mon sentiment interne de sécurité est fragile et dépend fortement du regard de l'autre. Je recherche alors continuellement validation et reconnaissance afin de stabiliser mon identité, au prix d'une grande insécurité narcissique. »
8. Difficulté à poser des limites
« J'ai besoin de préserver mon intégrité et mes besoins personnels, mais poser des limites active la peur du conflit, du rejet ou de la rupture relationnelle. Je m'efface alors dans la relation afin de maintenir le lien, au prix d'un ressentiment croissant et d'une perte de moi-même. »
9. Isolement relationnel
« J'ai besoin de proximité et de reconnaissance, mais les expériences relationnelles passées ont associé le lien à la douleur, à la honte ou à l'insécurité. Je me retire alors émotionnellement et relationnellement afin d'éviter la souffrance, au prix d'un profond sentiment d'isolement. »
10. Hypervigilance relationnelle
« J'ai besoin de sécurité dans le lien, mais j'ai appris que les relations pouvaient devenir imprévisibles ou menaçantes. Je surveille alors constamment les réactions, les émotions et les signes de rejet chez l'autre afin d'anticiper le danger relationnel, au prix d'un épuisement émotionnel permanent. »
11. Séduction relationnelle
« J'ai besoin d'être aimé et sécurisé dans le lien, mais j'ai appris que je devais attirer, séduire ou répondre aux attentes de l'autre pour préserver la relation. Je développe alors une forte adaptation relationnelle et une recherche de séduction afin de maintenir le contact, au prix d'une difficulté à être aimé pour ce que je suis réellement. »
12. Dissociation émotionnelle
« J'ai besoin de protection et de sécurité intérieure, mais certaines expériences émotionnelles ont été vécues comme trop intenses ou désorganisatrices. Je me coupe alors partiellement de mes ressentis afin de préserver mon équilibre psychique, au prix d'une difficulté à me sentir pleinement vivant et connecté à moi-même. »
13. Besoin constant de maîtrise
« J'ai besoin de sécurité et de prévisibilité, mais l'incertitude relationnelle active chez moi une peur profonde du chaos ou de l'effondrement. Je tente alors de contrôler les situations, les émotions et parfois les relations afin de limiter l'angoisse, au prix d'une rigidité intérieure et d'une difficulté à lâcher prise. »
14. Ambivalence relationnelle
« J'ai besoin d'être proche et aimé, mais la proximité active simultanément des peurs d'abandon, d'intrusion ou de dépendance. Je me rapproche alors intensément puis prends de la distance afin de préserver ma sécurité psychique, au prix de relations instables et éprouvantes. »
15. Être irréprochable pour maintenir une relation apaisée
« J'ai besoin de sécurité, de reconnaissance et d'apaisement dans la relation, mais j'ai appris que la paix dépendait de ma capacité à être irréprochable, à bien faire et à ne pas décevoir. Je tente donc continuellement de me contrôler, de faire davantage et d'être sans faute afin de préserver la relation et maintenir un sentiment de sécurité, au prix d'un épuisement intérieur, d'une pression permanente et du sentiment douloureux de n'être jamais réellement à la hauteur. »
16. Besoin de sauver les autres
« J'ai besoin d'avoir une place et d'être reconnu dans la relation, mais j'ai appris que mes propres besoins risquaient de ne pas être entendus ou d'être vécus comme dérangeants. Je prends alors soin des autres, je répare, j'aide ou je sauve afin de maintenir le lien et de sécuriser ma place relationnelle, au prix d'un épuisement émotionnel et d'un abandon progressif de moi-même. »
17. Difficulté à recevoir
« J'ai besoin de soutien, d'amour et de reconnaissance, mais recevoir active chez moi un sentiment de dette, de vulnérabilité ou de dépendance. Je minimise alors mes besoins et refuse souvent l'aide afin de préserver mon autonomie psychique, au prix d'une profonde solitude affective. »
18. Peur du conflit
« J'ai besoin d'exister pleinement dans la relation, mais j'ai appris que le désaccord, la colère ou l'opposition menaçaient directement le lien. J'évite alors le conflit, je me tais ou je me sur-adapte afin de préserver la relation, au prix d'un effacement de mes besoins et d'une accumulation de tensions internes. »
19. Besoin d'être indispensable
« J'ai besoin de sécurité affective et de reconnaissance, mais je crains de ne pas avoir de valeur par moi-même. Je tente alors de devenir indispensable dans la relation afin de garantir ma place et éviter l'abandon, au prix d'une dépendance réciproque et d'une difficulté à exister en dehors du rôle que j'occupe pour les autres. »
20. Hyper-responsabilité
« J'ai besoin de sécurité et de stabilité relationnelle, mais j'ai appris très tôt que le chaos, les tensions ou les difficultés de l'entourage pouvaient devenir menaçants. Je prends alors excessivement en charge les responsabilités émotionnelles ou relationnelles afin de maintenir un équilibre et prévenir les ruptures, au prix d'une surcharge psychique permanente. »
21. Difficulté à faire confiance
« J'ai besoin de proximité et d'appui relationnel, mais les expériences passées m'ont appris que les autres pouvaient être imprévisibles, blessants ou absents. Je reste alors dans la méfiance et le contrôle afin de limiter le risque de déception ou de trahison, au prix d'une difficulté à me sentir réellement soutenu et sécurisé dans le lien. »
22. Besoin d'effacement
« J'ai besoin d'être accepté et de préserver le lien, mais j'ai appris que prendre trop de place pouvait provoquer rejet, conflit ou intrusion. Je me rends alors discret, je minimise mes besoins et mes émotions afin de rester acceptable dans la relation, au prix d'un sentiment d'invisibilité et d'une perte progressive de vitalité et de force intérieure. »
23. Instabilité relationnelle
« J'ai besoin d'attachement et de sécurité affective, mais la proximité active des peurs intenses d'abandon, de dépendance ou de perte de contrôle. Je passe alors de la recherche fusionnelle à la prise de distance afin de réguler mon insécurité relationnelle, au prix de relations instables et émotionnellement épuisantes. »
24. Difficulté à ressentir du plaisir
« J'ai besoin de détente, de spontanéité et de plaisir, mais j'ai appris que relâcher le contrôle pouvait exposer au danger, au jugement ou à la perte de sécurité. Je maintiens alors une forte vigilance et une maîtrise constante de moi-même afin de prévenir les risques relationnels ou émotionnels, au prix d'une difficulté à éprouver pleinement la joie et la liberté intérieure. »
25. Recherche compulsive de reconnaissance
« J'ai besoin de me sentir exister et avoir de la valeur, mais mon sentiment interne de légitimité reste fragile et dépend du regard extérieur. Je recherche alors continuellement réussite, validation ou admiration afin de stabiliser mon identité, au prix d'une insécurité narcissique chronique et d'une dépendance au regard des autres. »
26. Difficulté à dire non
« J'ai besoin de préserver mon intégrité et mes limites personnelles, mais refuser ou frustrer l'autre active chez moi la peur du rejet, du conflit ou de la culpabilité. J'accepte alors ce qui me coûte afin de maintenir le lien et préserver la relation, au prix d'un épuisement émotionnel et d'un ressentiment intérieur. »
27. Honte relationnelle
« J'ai besoin d'être vu, reconnu et accueilli, mais être exposé au regard de l'autre active chez moi un sentiment de honte et de dévalorisation. Je me protège alors par le retrait, l'effacement ou le contrôle de mon image afin d'éviter l'humiliation, au prix d'une difficulté à me sentir réellement rencontré et accepté. »
28. Besoin de maîtrise intellectuelle
« J'ai besoin de sécurité et de stabilité intérieure, mais les émotions et l'incertitude relationnelle sont vécues comme potentiellement débordantes ou désorganisatrices. Je privilégie alors l'analyse, l'intellectualisation et la compréhension cognitive afin de maintenir un sentiment de contrôle, au prix d'une coupure partielle avec mon vécu émotionnel et relationnel. »
29. Sensibilité extrême au rejet
« J'ai besoin d'être accepté et sécurisé dans le lien, mais toute distance, frustration ou modification relationnelle active immédiatement une peur ancienne du rejet ou de l'abandon. Je surveille alors intensément les signes relationnels afin d'anticiper la rupture et préserver le lien, au prix d'une hypervigilance émotionnelle permanente. »
30. Difficulté à demander de l'aide
« J'ai besoin de soutien et d'appui relationnel, mais demander de l'aide active chez moi un sentiment de faiblesse, de dépendance ou de risque d'humiliation. Je tente alors de tout gérer seul afin de préserver ma sécurité narcissique et relationnelle, au prix d'un isolement important et d'un épuisement psychique. »
31. Besoin de fusion affective
« J'ai besoin de proximité et de sécurité émotionnelle, mais je peine à maintenir un sentiment stable d'existence lorsque l'autre s'éloigne ou se différencie. Je recherche alors une forte fusion relationnelle afin d'apaiser l'angoisse de séparation, au prix d'une dépendance affective et d'une difficulté à exister pleinement comme sujet différencié. »
32. Besoin d'être parfait pour être aimé
« J'ai besoin d'amour, de reconnaissance et de sécurité dans le lien, mais j'ai appris que l'erreur, l'imperfection ou la déception risquaient de provoquer critique, rejet ou retrait affectif. Je cherche alors à être irréprochable et à contrôler fortement mon comportement afin de préserver la relation et maintenir la paix, au prix d'une pression intérieure permanente et du sentiment de n'être jamais suffisamment à la hauteur. »
33. Difficulté à exister face aux autres
« J'ai besoin d'exister pleinement et d'avoir une place dans la relation, mais prendre de la place active chez moi la peur de déranger, d'être rejeté ou de susciter des tensions. Je me retiens alors, je minimise ma présence ou mes besoins afin de préserver le lien, au prix d'un profond sentiment d'effacement comme d'invisibilité. »
34. Besoin de contrôle dans la relation
« J'ai besoin de sécurité et de stabilité dans le lien, mais l'imprévisibilité relationnelle est associée chez moi au danger, au chaos ou à la souffrance. Je tente alors de contrôler les interactions, les émotions ou les réactions de l'autre afin de prévenir l'insécurité, au prix d'une tension intérieure constante et d'une difficulté à vivre la spontanéité relationnelle. »
35. Difficulté à être vulnérable
« J'ai besoin d'être rejoint émotionnellement et soutenu dans la relation, mais montrer ma vulnérabilité active chez moi la peur d'être humilié, dominé ou rejeté. Je masque alors mes fragilités derrière le contrôle, la compétence ou la distance afin de préserver ma sécurité narcissique, au prix d'un sentiment de solitude intérieure. »
36. Auto-dévalorisation chronique
« J'ai besoin d'être reconnu et accueilli dans mon existence, mais j'ai profondément intégré l'idée que je ne suis pas suffisamment valable ou aimable. Je me critique alors continuellement et minimise mes qualités afin d'anticiper le jugement ou le rejet des autres, au prix d'une souffrance narcissique permanente et d'une difficulté à recevoir la reconnaissance. »
37. Difficulté à se reposer
« J'ai besoin de sécurité et de légitimité dans mon existence, mais l'arrêt, le repos ou l'inaction activent chez moi la peur de perdre ma valeur, ma place ou le contrôle de la situation. Je reste alors dans l'activité, l'anticipation ou l'hyper-fonctionnement afin de maintenir un sentiment de sécurité, au prix d'une fatigue chronique et d'une difficulté à habiter pleinement le présent. »
38. Crainte d'être un poids
« J'ai besoin de soutien et de présence relationnelle, mais j'ai appris que mes besoins risquaient de déranger, fatiguer ou éloigner les autres. Je limite alors mes demandes et prends excessivement sur moi afin de préserver le lien et éviter le rejet, au prix d'une profonde solitude émotionnelle. »
39. Difficulté à recevoir l'amour
« J'ai besoin d'amour et de reconnaissance, mais être aimé active chez moi méfiance, insécurité ou sentiment d'illégitimité. Je doute alors des intentions de l'autre ou je minimise ce qui m'est donné afin de me protéger d'une éventuelle déception ou blessure, au prix d'une difficulté à me sentir réellement nourri affectivement. »
40. Besoin de disparaître sous stress
« J'ai besoin de protection et de sécurité lorsque la tension relationnelle devient trop importante, mais les conflits, les critiques ou les émotions intenses activent chez moi un vécu de menace ou d'effondrement. Je me retire alors psychiquement ou relationnellement afin de limiter la souffrance et préserver mon équilibre interne, au prix d'une coupure avec moi-même et avec les autres. »
41. Difficulté à faire des choix
« J'ai besoin d'autonomie et d'affirmation personnelle, mais choisir active chez moi la peur de me tromper, de décevoir ou de perdre le lien avec les autres. Je reste alors dans l'hésitation ou je m'appuie excessivement sur les attentes extérieures afin de préserver ma sécurité relationnelle, au prix d'une difficulté à sentir clairement ce que je veux réellement. »
42. Besoin d'être constamment utile
« J'ai besoin d'avoir une place stable et sécurisée dans les relations, mais je crains profondément de ne pas être suffisamment important ou aimable pour être gardé dans le lien. Je me rends alors constamment utile afin de justifier ma présence et préserver l'attachement, au prix d'un oubli de mes propres besoins et d'un épuisement émotionnel. »
43. Difficulté à tolérer l'imprévu
« J'ai besoin de sécurité intérieure et de stabilité psychique, mais l'incertitude ou l'imprévisibilité activent chez moi un sentiment de danger ou de perte de contrôle. Je tente alors d'anticiper, de planifier ou de maîtriser mon environnement afin de limiter l'angoisse, au prix d'une rigidité croissante et d'une difficulté à vivre avec souplesse. »
44. Besoin de disparaître derrière une image forte
« J'ai besoin d'être reconnu et protégé dans la relation, mais montrer mes fragilités active chez moi la peur du jugement, du mépris ou du rejet. Je construis alors une image de force, de maîtrise ou de compétence afin de sécuriser ma place relationnelle, au prix d'une difficulté à être rencontré dans mon authenticité. »
De l'ajustement conservateur à l'ajustement créateur
Face aux situations nouvelles, les personnes ont souvent tendance à réagir à partir d'anciens modes de fonctionnement construits pour se protéger, préserver le lien ou éviter la souffrance. En Gestalt, cela correspond à l'ajustement conservateur : cet ajustement correspond au fait de répéter des réponses anciennes qui ont autrefois été utiles alors même qu'elles ne sont plus adaptées au présent.
L'ajustement créateur apparaît lorsqu'il est possible de devenir capables de quitter ces automatismes pour répondre de manière plus vivante, consciente et ajustée à ce qui se passe ici et maintenant. Ce processus mobilise le Self, c'est-à-dire cette capacité à se créer dans la rencontre entre soi et le monde au cœur de l'expérience présente.
Les enjeux
Dans cette idée, le dilemme de contact n'est pas uniquement une formulation clinique. En effet, il peut devenir un véritable outil de transformation thérapeutique car il permet :
- De comprendre les symptômes autrement en leur donnant un sens ;
- De lire les résistances avec compassion ;
- D'utiliser le transfert de manière vivante ;
- D'aider le patient à expérimenter progressivement une nouvelle manière d'être en relation.
Le changement apparaît lorsque le sujet découvre peu à peu qu'il n'est plus obligé de choisir constamment entre le lien et lui-même, entre la sécurité et l'engagement ainsi qu'entre l'attachement et la survie psychique.
Savoir modifier son rapport aux croyances limitantes
Qu'est-ce qu'une croyance limitante ?
Les expériences précoces que nous vivons avec nos figures d'attachement ne façonnent pas seulement notre manière d'entrer en relation avec les autres. Elles contribuent également à construire les croyances profondes que nous entretenons sur nous-mêmes, les autres et le monde. Lorsque ces expériences sont répétées dans un contexte d'insécurité, de rejet ou d'imprévisibilité, elles peuvent donner naissance à des croyances limitantes, c'est-à-dire à des convictions implicites, souvent inconscientes, qui influencent durablement nos émotions, nos comportements et nos choix.
Ces croyances, initialement adaptatives parce qu'elles permettaient à l'enfant de s'ajuster à son environnement, peuvent devenir à l'âge adulte des freins à l'épanouissement personnel et relationnel.Notre vie est influencée par des croyances ancrées parfois dès le plus jeune âge. Si certaines nous poussent à nous améliorer, d'autres nous enferment dans un système de pensée restreint.
Une croyance est une généralisation que nous faisons et que nous considérons comme vraie. Il s'agit d'une conviction profonde que « ça se passe toujours comme ça ».
Les croyances limitantes peuvent être définies comme des convictions profondément ancrées qui peuvent nous empêcher de réaliser notre plein potentiel. Elles agissent comme un filtre mental qui influence les décisions et comportements le plus souvent de manière inconsciente. Ces filtres peuvent parfois être utiles. Mais beaucoup de croyances limitantes restreignent les actions, le potentiel et la perception de soi, des autres et du monde en agissant comme des barrières invisibles. Elles entravent ainsi le chemin vers l'authenticité.

Les pilotes inconscients de nos comportements
Au delà des expériences de vies négative, certains messages entendus durant l'enfance correspondant à des injonctions négatives, agissent encore à l'âge adulte comme des pilotes de comportement. On parle alors de drivers. Les drivers sont généralement basés sur des attentes ou des demandes exprimées dans l'enfance par les parents ou d'autres figures d'autorité.
Le concept des drivers, développé par le psychologue Américain Taibi Kahler à partir de
la théorie de l'Analyse transactionnelle d'Éric Berne, offre un
éclairage puissant sur les comportements et les motivations profondes
qui guident nos actions au quotidien.
Il existe cinq types principaux de drivers : sois fort, fais des efforts, dépêche-toi, fais plaisir, et sois parfait.
Au delà des ces cinq injonctions négatives, nous pu recevoir des messages de personnes qui nous ont blessé, que ce soit directement ou à travers notre propre voix intérieure qui reprend d'ailleurs souvent l'intonation de celle de l'un de nos parents. Ces messages sont basés sur des jugements de valeur et des comparaisons. Elles participent à faire vivre et à consolider les croyances limitantes déjà existantes. Il existe plusieurs types de messages blessants.
Comprendre le système de fonctionnement des croyances limitantes
Identifier la cause des croyances limitantes est un excellent moyen de comprendre le processus de réflexion qui les sous-tend et de commencer à les surmonter. Il faut comprendre qu'une croyance est reliée à un circuit d'autres croyances, comme un réseau de neurones. Ce réseau est lui-même lié à des héritages ou à des expériences de vie, qui sont eux-mêmes reliés à une structure émotionnelle et des mémoires corporelles et cellulaires. Tout est interdépendant.
Un retour à soi par l'introspection et l'extrospection
Changer ses croyances limitantes, ce n'est pas juste adopter des pensées positives. C'est un véritable chemin de transformation intérieure que l'on peut suivre par le biais de l'introspection et de l'extrospection.
Une introspection implique l'examen de nos pensées, de nos sentiments et de nos comportements. Il s'agit de la connaissance intérieure que nous avons de nos perceptions, actions, émotions ainsi que de nos représentations de soi, des autres et du monde.
Contrairement à l'introspection qui cherche à identifier le cheminement de vie à l'intérieur d'un individu, l'extrospection essaie de mettre au jour les possibilités de subjectivation présentes dans le monde social dans lequel il évolue. Il s'agit d'un processus d'analyse et d'observation des comportements, expressions et manifestations extérieures pour comprendre les états psychologiques et les caractéristiques individuelles.
L'introspection comme l'extrospection permettent de s'observer et de
s'analyser dans le but d'étudier sa propre personne et d'effectuer un
retour à soi.

Le soi observateur
Dans le langage quotidien, nous parlons souvent de « l'esprit » sans nous rendre compte qu'il y a deux éléments distincts dans ce dernier : le soi penseur et le soi observateur. Nous sommes tous familiers avec le soi penseur, c'est-à-dire la part de nous qui est toujours en train de réfléchir, de générer des pensées, des croyances ou des jugements.
Toutefois, il est important également de considérer le soi observateur qui permet de prendre du recul par rapport à l'histoire, au passé de chacun d'entre nous.
Utiliser la Théorie du miroir pour mieux se connaître
La Théorie du miroir, telle qu'elle est aujourd'hui largement diffusée en développement personnel et en clinique relationnelle, n'a pas été formulée par un seul auteur dans un cadre scientifique unifié. Cette théorie, trouve ses fondements théoriques dans les mécanismes de projection décrits par Sigmund Freud (neurologue Autrichien et fondateur de la psychanalyse), dans la psychologie analytique de Carl Gustav Jung (psychiatre Suisse) ainsi que dans les théories de l'attachement et du développement du self, notamment chez Donald Winnicott (pédiatre et psychanalyste Britannique) et Edward John Mostyn Bowlby (psychiatre et psychanalyste Britannique).
L'idée selon laquelle les personnes que nous rencontrons sont notre miroir repose sur le principe que nos relations agissent comme des révélateurs de notre monde intérieur. La Théorie du miroir suggère que ce qui nous touche, nous irrite, nous attire ou nous blesse chez l'autre n'est jamais totalement étranger à ce que nous portons en nous, consciemment ou non. Les interactions humaines deviennent alors des surfaces de projection sur lesquelles se reflètent nos valeurs, nos blessures, nos besoins et nos modes relationnels. En effet, selon Carl Jung, ce phénomène s'inscrit dans le cadre de la projection psychologique. La Théorie du miroir explique ainsi comment nous projetons inconsciemment nos qualités, nos défauts et nos peurs sur autrui. Cette " relation miroir " se manifeste notamment lorsqu'on réagit fortement aux comportements des personnes de son entourage. En effet, la façon dont nous réagissons à l'extérieur n'est souvent que le reflet de ce qui se passe en nous.
Selon cette perspective, les autres ne sont pas seulement des individus distincts, mais aussi des catalyseurs de prise de conscience. Ils mettent en lumière des parts de nous-mêmes que nous n'aurions peut-être pas perçues autrement. Une réaction émotionnelle intense face à quelqu'un peut ainsi signaler une résonance interne, liée à une expérience passée, à une croyance profonde ou à un aspect de soi encore peu intégré. Le miroir n'indique pas que l'autre est responsable de ce que nous ressentons, mais qu'il active quelque chose qui existe déjà en nous.
Dans une perspective thérapeutique, cette approche permet de transformer les difficultés relationnelles en opportunités de croissance. Les relations répétitives, conflictuelles ou douloureuses ne sont plus seulement perçues comme des échecs, mais comme des messages indiquant des enjeux internes non résolus. En ce sens, la Théorie du miroir aide à prendre conscience non pas de ce que sont les autres, mais de la personne que nous sommes, de ce que nous portons et de ce qui demande à être reconnu, apaisé ou transformé.
La Théorie du miroir en psychologie permet ainsi d'utiliser ces observations pour approfondir sa connaissance de soi.
L'intention positive pour mieux se comprendre
Derrière un comportement, une habitude, un croyance, il y a ce qu'on appelle une intention positive. L'intention positive est un des présupposés de la PNL (programmation neuro-linguistique). Cette approche, on parle aussi de fonction positive, nous invite à dépasser le jugement
superficiel de nos comportements et à explorer les motivations profondes
qui les animent.
Ce concept postule que tout comportement que nous adoptons est (ou a été à un moment donné) motivé par une intention positive. Cela invite à un regard nouveau sur nos habitudes, même celles qui nous desservent, en dévoilant leur intention positive sous-jacente. En d'autres termes, chaque action, chaque habitude, même celle qui nous semble la plus limitante ou négative, vise ou a visé à satisfaire un besoin, à apporter un bénéfice, consciemment ou inconsciemment.
Dans la vie quotidienne, l'intention positive peut se manifester sous une multitude de formes. Vous pouvez trouver quelques exemples d'intentions positives à travers le schéma à suivre.

Intégrer la notion d'intention positive permet d'aborder les interactions avec ouverture d'esprit et la volonté de voir le meilleur chez les autres . C'est également faire le choix de l'empathie plutôt que celui du jugement. C'est aussi aller dans le sens de la compassion plutôt que dans celui de la critique.
En adoptant cette posture d'ouverture et de curiosité envers nous-mêmes, il devient possible de créer un espace propice au changement, un changement qui ne s'opère pas dans la résistance mais dans la compréhension et l'acceptation de soi.
L'acceptation de ce qui est présent
L'introspection, en tant qu'observation de sa vie intérieure, ainsi que l'extrospection, observation des comportements extérieurs, offre la possibilité d'acquérir une meilleure connaissance de soi.
Dans cette perspective, la personne qui peut alors se sentir plus en confiance avec ce qu'elle est, s'offre la possibilité de se créer un chemin vers l'acceptation d'elle-même afin de s'autoriser à vivre pleinement ce qui la traverse sans la peur d'être juger. A ce sujet, Carl Rogers, célèbre clinicien Américain écrivait :
« Il existe un curieux paradoxe : quand je m'accepte tel que je suis, alors je peux changer. »
Pour aller plus loin, nous pouvons dire que l'acceptation est une démarche personnelle qui se réfère à la qualité de la relation que l'on entretient avec son expérience intérieure : une relation caractérisée par des qualités d'accueil, de douceur et de compassion pour soi comme pour les autres.
Selon Eric Bardot, l'acceptation c'est le fait d'accepter que l'on n'a pas de prise sur le processus de vie, c'est se donner la possibilité de s'ouvrir à l'après et d'avoir confiance dans les liens et la relation.
Pour Gabor Maté, la validation doit venir de notre vrai Soi en faisant preuve de compassion, d'acceptation et de compréhension vis-à-vis de toutes nos parties, de nos mécanismes d'adaptation et de leurs origines.
Quoi qu'il en soit, le but de l'acceptation est de retrouver la liberté d'être et d'agir (et non pas de réagir) pour retrouver un certain pouvoir face à une situation difficile à appréhender. Nous pouvons donc dire que l'acceptation libère, allège et permet une remise en contact avec ses propres ressources comme avec son pouvoir d'action et de changement.
L'isolement émotionnel comme un rupture du lien affectif interne
L'isolement émotionnel ne se réduit pas à un simple manque de relations sociales. Il renvoie souvent à une expérience plus profonde : celle d'une rupture du lien affectif interne, où la personne peut être entourée sans se sentir réellement vue, comprise ou rejoint dans son vécu. Dans de nombreux, cet état est étroitement lié à des expériences précoces de négligence émotionnelle et à des vécus de psycho-trauma relationnel, parfois invisibles mais profondément organisateurs du fonctionnement psychique.
Dans une perspective d'attachement développée par John Bowlby, les premières relations jouent un rôle structurant dans la construction des modèles internes de soi et d'autrui. Lorsque l'environnement précoce est marqué par une insécurité affective, une indisponibilité émotionnelle des figures d'attachement ou une réponse inconstante aux besoins de l'enfant, celui-ci peut intérioriser l'idée qu'il doit se débrouiller seul avec ses affects. En effet, même si le sujet n'a pas nécessairement vécu ce qu'il pourrait identifier comme des "événements traumatiques", il a toutefois pu grandir dans un environnement où ses états internes n'étaient ni nommés, ni accueillis, ni régulés. Cette absence de co-régulation émotionnelle altère progressivement la capacité à identifier, tolérer et partager ses affects. Cette organisation peut conduire, à l'âge adulte, à une forme de solitude émotionnelle persistante, même en présence d'autrui.
La conséquence clinique fréquente est une coupure entre expérience émotionnelle et possibilité de lien : la personne ressent intensément, mais sans pouvoir transformer ce vécu en expérience partageable. Elle peut alors osciller entre hyper-activation émotionnelle (envahissement, anxiété relationnelle, peur du rejet) et hypo-activation (engourdissement affectif, vide intérieur, retrait). Cette dynamique est souvent au cœur de la solitude émotionnelle dans les tableaux de trauma complexe.
En thérapie, le travail consiste d'abord à instaurer une expérience relationnelle suffisamment sécurisante pour permettre une réinscription du lien. Le cadre thérapeutique devient un espace de régulation et de reconnaissance progressive des états internes. La constance du thérapeute, sa capacité à accueillir les affects sans retrait ni interprétation précipitée, permet de contrer les attentes implicites issues de la négligence passée : ne pas être entendu, être "trop", ou devoir se débrouiller seul.
Ce processus s'inscrit dans une logique de réparation expérientielle : le patient peut progressivement faire l'expérience qu'un état émotionnel peut être accueilli sans rupture de lien. Les mouvements transférentiels, notamment les attentes d'incompréhension ou les craintes de rejet, deviennent des supports essentiels de travail clinique. Ils permettent de revisiter, dans l'ici-et-maintenant de la relation thérapeutique, les schémas issus des expériences précoces.
Parallèlement, le travail thérapeutique vise à restaurer la capacité de mentalisation des affects. Dans les contextes de négligence émotionnelle, les émotions n'ont pas toujours été suffisamment nommées ou contenues, ce qui rend leur intégration difficile. Redonner du sens aux états internes, les relier à des besoins relationnels et à des expériences passées permet de transformer le vécu de vide ou de solitude en expérience psychiquement représentable.
Dans une perspective inspirée notamment de Donald W. Winnicott et du concept d'environnement suffisamment bon, le travail thérapeutique soutient également la construction d'une capacité interne à être seul sans être abandonné. Autrement dit, il ne s'agit pas seulement de réduire la solitude émotionnelle dans la relation à l'autre, mais de développer une présence à soi sécurisée, issue d'expériences relationnelles intériorisées.
Le lien affectif interne correspond à la capacité d'une personne à ressentir en elle un lien stable, sécurisant et vivant avec des figures significatives (réelles ou intériorisées), qui influence sa manière de se sentir en relation avec elle-même et avec les autres. Le lien affectif interne désigne ainsi la manière dont nous portons en nous les relations importantes de notre vie, non pas comme des souvenirs, mais comme une présence psychique active qui influence en permanence notre manière de nous sentir, de nous relier aux autres et d'être en lien avec nous-mêmes. Il ne s'agit pas d'un lien réel et extérieur, mais d'un lien intériorisé, construit au fil des expériences relationnelles, notamment dans l'enfance.
Dans la théorie de l'attachement développée par John Bowlby, l'enfant construit progressivement des modèles internes à partir de ses expériences répétées avec ses figures d'attachement. Ces expériences répondent à des questions fondamentales : suis-je en sécurité avec l'autre ? Puis-je être compris dans ce que je ressens ? Suis-je digne d'attention et de soin ? Ces réponses, lorsqu'elles sont suffisamment stables et ajustées, deviennent progressivement une base interne sécurisante.
Le lien affectif interne
Le lien affectif interne correspond donc à cette organisation intérieure du lien : une sorte de "carte émotionnelle" des relations, qui continue d'agir même en l'absence des personnes concernées. Lorsque ce lien interne est suffisamment sécurisant, il permet de se sentir soutenu de l'intérieur, de réguler ses émotions plus facilement et de vivre les relations avec davantage de confiance. La personne peut alors être seule sans se sentir abandonnée, car elle conserve une forme de présence interne rassurante.
À l'inverse, lorsque les premières expériences relationnelles ont été marquées par de la négligence émotionnelle, de l'inconstance ou de l'insécurité affective, le lien affectif interne peut se construire de manière fragilisée. L'enfant n'a pas toujours pu être accueilli dans ses émotions, ni co-régulé dans ses états internes. Dans ces contextes, ce qui se développe n'est pas une base interne stable, mais parfois une forme de vigilance, d'attente de rejet ou de vide relationnel. À l'âge adulte, cela peut se traduire par une solitude émotionnelle persistante, même en présence d'autrui.
Dans une perspective proche de celle de Donald W. Winnicott, on peut dire que le lien affectif interne reflète aussi la qualité de l'environnement affectif intériorisé. Lorsque l'environnement a été suffisamment contenant, le sujet développe une capacité à être seul sans se sentir désorganisé intérieurement. À l'inverse, lorsque cet environnement a été défaillant sur le plan émotionnel, la solitude peut être vécue comme un vide angoissant plutôt que comme un espace de repos.
Le travail thérapeutique autour du lien affectif interne consiste alors à permettre une réorganisation progressive de cette expérience intérieure du lien. À travers une relation sécurisante, stable et ajustée, il devient possible d'introduire une nouvelle expérience relationnelle qui vient enrichir, parfois réparer, les modèles internes anciens. Petit à petit, la personne peut intégrer une nouvelle manière d'être en lien : plus stable, plus apaisée, et moins marquée par la peur de l'abandon ou de l'incompréhension.
Ainsi, le lien affectif interne n'est pas figé. Il évolue tout au long de la vie au contact des relations importantes et peut être transformé à travers des expériences suffisamment sécurisantes. Comprendre cette dimension permet de mieux saisir pourquoi certaines personnes peuvent se sentir seules même entourées et surtout, comment il est possible de reconstruire progressivement un sentiment de lien plus stable et plus vivant, à l'intérieur de soi.
L'autocompassion : une ressource psychique essentielle pour faire face à soi-même
Loin d'être une forme de complaisance ou de faiblesse, l'autocompassion constitue une compétence émotionnelle profonde associée à une meilleure santé psychique et à une plus grande résilience face aux épreuves de la vie. L'autocompassion est un concept qui a été largement développé par la psychologue Américaine Kristin Nef.
Une autre manière d'entrer en relation avec soi
L'autocompassion peut se définir comme la capacité à se traiter avec bienveillance dans les moments de souffrance, d'échec ou d'imperfection. Là où l'auto-critique enferme, isole et accentue la détresse, l'autocompassion ouvre un espace de compréhension et d'apaisement.
Elle repose sur trois dimensions indissociables.
1. La bienveillance envers soi : sortir de la tyrannie intérieure et de l'auto-jugement
La première composante consiste à adopter une attitude de soutien envers soi-même. Cela suppose de reconnaître ses limites sans se juger, et de répondre à ses difficultés avec douceur plutôt qu'avec dureté.
Dans la pratique clinique, on observe combien l'auto-critique peut être internalisée très tôt, souvent en lien avec des expériences développementales marquées par l'exigence, le rejet ou l'insécurité. La bienveillance envers soi ne va donc pas de soi : elle se construit, parfois contre des schémas profondément ancrés.
2. L'humanité commune : sortir de l'isolement psychique
La seconde dimension renvoie à une prise de conscience fondamentale : la souffrance fait partie de l'expérience humaine. Échouer, douter, se sentir inadéquat ou vulnérable ne sont pas des anomalies, mais des réalités partagées.
Cette perspective permet de désamorcer un mécanisme fréquent chez les personnes en souffrance : le sentiment d'être seul au monde dans ce que l'on vit. En réinscrivant l'expérience dans une condition humaine commune, l'autocompassion restaure un lien symbolique avec les autres et fait vivre notre sentiment d'appartenance.
3. La pleine conscience : reconnaître sans se laisser submerger par ses ruminations
Enfin, l'autocompassion implique une qualité de présence à soi. Il ne s'agit ni de fuir ses émotions, ni de s'y engloutir, mais de les observer avec lucidité et équilibre.
Cette posture rejoint les apports des approches de pleine conscience, en permettant une régulation émotionnelle plus ajustée. Elle évite deux écueils fréquents : la sur-identification (être débordé par l'émotion) et l'évitement (refuser de ressentir).
Pour être capable de se donner de la compassion, on doit d'abord être conscient de notre souffrance car on ne peut pas guérir ce qu'on ne peut pas ressentir ! Pourtant, le premier réflexe qu'ont les humains, c'est de repousser les émotions difficiles ou de les ignorer : on peut parler de mécanismes de défense. Ces émotions refoulées laissent alors place à un phénomène de rumination si on n'en prend pas garde. Pourtant, la rumination amène l'exagération de la situation et elle rétrécit notre champ d'action alors que la pleine conscience aide à donner une perspective pour affronter la vérité de notre expérience, même si c'est désagréable.
Une ressource précieuse en clinique
Les recherches montrent que l'autocompassion est associée à une diminution de l'anxiété, de la dépression et de la honte, ainsi qu'à une meilleure capacité à faire face aux événements traumatiques.
Dans le champ du psycho-trauma, elle constitue un levier particulièrement pertinent. De nombreuses personnes ayant vécu des expériences difficiles entretiennent une relation intérieure marquée par la culpabilité ou le rejet de soi. Introduire progressivement une posture d'autocompassion permet alors de restaurer un sentiment de sécurité interne.
Cette perspective rejoint les travaux de Paul Gilbert, qui a développé des approches thérapeutiques centrées sur la régulation des systèmes émotionnels et l'activation du système d'apaisement.
Vers une transformation du rapport à soi
Développer l'autocompassion ne consiste pas à nier ses responsabilités ni à éviter le changement. Au contraire, il s'agit de créer les conditions internes qui rendent ce changement possible.
Se traiter avec bienveillance, reconnaître son humanité et accueillir ses émotions avec lucidité permet de sortir d'un rapport conflictuel à soi-même. C'est souvent dans cet espace plus apaisé que peuvent émerger des transformations durables.
En ce sens, l'autocompassion n'est pas un simple outil parmi d'autres. Elle constitue un véritable changement de paradigme dans la manière d'habiter son expérience intérieure.

De la réponse au stress à l'autocompassion : lecture clinique d'un continuum physiologique et psychique
Le document propose une mise en perspective particulièrement éclairante des différentes manières dont un individu peut répondre au stress et à la souffrance. Il articule trois niveaux : la réponse physiologique primaire, son intériorisation psychique et enfin une alternative régulatrice à travers l'autocompassion.
Des réponses physiologiques archaïques et adaptatives
La première colonne renvoie aux grandes réponses biologiques face à une menace : se battre, fuir ou figer. Ces réactions, bien connues dans les modèles issus notamment de la théorie polyvagale, sont fondamentalement adaptatives. Elles visent la survie et permettent à l'organisme de réagir rapidement face au danger.
Cependant, lorsque ces réponses deviennent chroniques ou inadaptées au contexte, elles peuvent se transformer et s'intérioriser.
L'intériorisation du stress : quand la menace devient interne
La seconde colonne illustre précisément ce basculement : la réponse au stress n'est plus dirigée vers l'extérieur, mais vers soi-même.
- Le combat devient auto-critique ;
- La fuite devient isolement ou repli sur soi ;
- Le figement devient rumination.
On observe ici un phénomène central en clinique : le système de menace, décrit notamment par Paul Gilbert, se retourne contre le sujet lui-même. La menace n'est plus seulement externe ; elle est internalisée sous forme de jugements, de honte ou d'enfermement psychique.
Cette dynamique est particulièrement fréquente dans les parcours marqués par le psycho-trauma où l'environnement n'a pas permis le développement suffisant de systèmes de régulation sécurisants.
L'autocompassion comme réponse régulatrice
La troisième colonne introduit une alternative fondamentale : celle de l'autocompassion, telle que conceptualisée par Kristin Neff.
Chaque réponse interne dysfonctionnelle trouve ici un contrepoint :
- À l'auto-critique répond la bienveillance envers soi ;
- À l'isolement répond l'humanité commune ;
- À la rumination répond la pleine conscience.
Ce parallèle met en évidence une idée essentielle : l'autocompassion ne consiste pas simplement à « être gentil avec soi-même » mais à proposer une réorganisation profonde de la réponse au stress.
Un changement de système, plus qu'un simple changement de pensée
Ce tableau suggère un déplacement majeur : passer d'un fonctionnement dominé par la menace à un fonctionnement soutenu par la sécurité.
Dans les termes de Paul Gilbert, il s'agit d'activer le système d'apaisement. Sur le plan neurophysiologique, cela correspond à une mobilisation du système vagal ventral, support du sentiment de sécurité, de connexion et de régulation émotionnelle.
Ainsi, l'autocompassion agit comme un modulateur des réponses physiologiques et psychiques. Elle ne supprime pas le stress mais transforme la manière dont il est vécu et intégré.
Lecture clinique
Ce document offre une grille de lecture particulièrement utile en accompagnement :
Il permet d'identifier rapidement le mode de fonctionnement dominant (attaque de soi, retrait, rumination) ;
Il ouvre des pistes d'intervention concrètes orientées vers le développement de compétences d'autocompassion ;
Il rappelle que la transformation ne passe pas uniquement par une analyse cognitive, mais par une expérience émotionnelle et corporelle de sécurité.
L'apport de la Thérapie fondée sur la compassion
Paul Gilbert, psychologue clinicien au Royaume Uni, explique que le cerveau humain dispose d'au moins trois systèmes de régulation des émotions qui interagissent entre eux.
Les trois grands systèmes émotionnels sont les suivants :
- Un système centré sur les menaces (peur, vigilance, autocritique) qui permet de prendre des décisions rapides pour échapper au danger et qui était destiné à l'origine à favoriser la survie de l'espèce médié par l'adrénaline et les corticostéroïdes ;
- Un système centré sur la motivation et les besoins et des pulsions, dévolu au développement de l'espèce (nourriture, reproduction, expansion géographique, plaisir, excitation, performance, réussite, objectifs ) médié par la dopamine ;
- Un système centré sur l'apaisement et l'affiliation (sécurité, connexion, tendresse), support du développement affectif de l'espèce, médié par l'ocytocine et les endorphines.
Il en découle alors trois systèmes de régulation des émotions appelés les "Trois cercles".

Chez les personnes ayant vécu des carences affectives ou du psycho-trauma, le système de menace est souvent suractivé tandis que le système d'apaisement reste sous-développé. La compassion devient alors un moyen de réactiver ce système affiliatif interne. Ainsi, l'objectif est de développer de manière spécifique le fonctionnement du système centré sur l'apaisement et l'affiliation, ce qui permet au sujet d'éprouver une sensation de bien-être, sans avoir besoin de fuir dans l'hyperactivité ou de se sentir trop menacé par son monde interne ou externe.
En pratique, la TFC se rapproche de la méditation de pleine conscience. Elle propose « de modifier l'activité des systèmes de régulation des émotions » et de faciliter l'apaisement, en développant une perception de soi-même plus chaleureuse et compréhensive. Elle cherche à reconstruire à l'intérieur du sujet, une base affective sécurisante. Elle transforme progressivement un monde interne vécu comme vide, critique ou menaçant en un espace psychique capable de soutien, de réconfort et de régulation émotionnelle.
En un mot, il s'agit de permettre au sujet de passer du mode « pilotage automatique », du mode "faire" au mode « être ».
La figure compatissante
Il s'agit d'une représentation mentale sécurisante et bienveillante, créée ou mobilisée afin d'aider la personne à développer un sentiment intérieur de soutien, de protection et d'apaisement. On parle aussi de figure d'attachement.
Cette figure n'est pas nécessairement une personne réelle. Elle peut être imaginaire, symbolique ou inspirée d'un être existant. Pour certaines personnes, ce sera une présence humaine rassurante. Pour d'autres, elle sera représentée par un animal, une lumière, une figure spirituelle, un personnage sage ou encore une version future d'elles-mêmes. L'essentiel n'est pas son apparence, mais ce qu'elle transmet intérieurement : chaleur, stabilité, compréhension, force tranquille et absence de jugement.
Dans la CFT, la figure compatissante sert à activer le système émotionnel d'apaisement et d'affiliation souvent sous-développé chez les personnes ayant vécu de la négligence émotionnelle, du rejet ou du psycho-trauma. Lorsque l'histoire relationnelle a été marquée par l'insécurité, la critique ou l'absence de réconfort, il peut être difficile de ressentir spontanément de la douceur envers soi-même. La figure compatissante agit alors comme un pont psychique vers une nouvelle expérience interne du lien.
La figure compatissante (ou figure d'attachement) peut être intégrée dans une pratique méditative comme dans une transe hypnotique. La personne commence généralement par ralentir, se centrer sur la respiration et stabiliser son attention. Une fois un état de présence plus calme installé, elle est invitée à imaginer une présence compatissante : une figure chaleureuse, sage, protectrice et non jugeante. Cette présence peut être visualisée à côté de soi, face à soi ou ressentie comme une qualité intérieure émergente.

Cette pratique agit ainsi à plusieurs niveaux. Sur le plan physiologique, la respiration lente et l'attention focalisée contribuent à apaiser le système nerveux. Sur le plan psychologique, l'imagerie compatissante aide à activer les circuits de sécurité affective. Sur le plan relationnel, elle permet de vivre intérieurement une expérience de soutien parfois absente dans l'histoire de vie.
Les 5 niveaux de compassion tels que décrits dans l'approche Compassionate Inquiry
La Thérapie Centrée sur la Compassion (CFT), développée par Paul Gilbert, et l'Inquiry Compassionate partagent une même intention thérapeutique : aider la personne à transformer sa relation à elle-même avec davantage de sécurité, de douceur et de compréhension.
La CFT s'appuie sur des outils concrets tels que la respiration apaisante, la visualisation d'une figure sécurisante, la méditation ou le développement d'une voix intérieure bienveillante. Son objectif est de diminuer l'autocritique, la honte et l'hypervigilance, tout en renforçant un sentiment de sécurité intérieure. Elle permet ainsi de construire progressivement un lien affectif interne plus stable et soutenant.
La Compassionate Inquiry (ou Introspection Compatissante) est une approche psychothérapeutique développée par Dr Gabor Maté. Elle, met davantage l'accent sur l'exploration intérieure. À travers une attitude de curiosité bienveillante, la personne apprend à observer ses émotions, ses blessures, ses mécanismes de protection et ses besoins non comblés, sans jugement. Cette démarche permet de mieux comprendre l'origine des souffrances actuelles et d'y répondre avec compassion. Cette pratique vise ainsi à aider les personnes à accéder aux couches les plus profondes de leur expérience en explorant leurs blessures, leurs conditionnements et leurs mécanismes de défense dans un cadre empreint de compassion et de sécurité relationnelle.
Une présence compatissante
L'un des éléments fondamentaux de cette approche repose sur la présence compatissante du thérapeute, qui passe par une posture d'ouverture, d'accueil et de non-jugement. Dans ce cadre, on identifie 5 niveaux de compassion qui permettent d'approfondir la compréhension de l'autre et de soi-même. Ces niveaux représentent une progression dans la qualité de la présence et de l'engagement thérapeutique.
Voici les 5 niveaux de compassion tels que décrits dans l'approche Compassionate Inquiry :
1. Compassion ordinaire (ressentir et faire preuve d'empathie vis à vis de la douleur d'autrui)
Réaction empathique spontanée : quand quelqu'un souffre, on ressent cette souffrance et on souhaite qu'elle cesse. Il s'agit d'un réflexe humain basique.
2. Compassion de compréhension (explorer les causes profondes (traumatismes, schémas)
Au-delà de la simple empathie, on cherche à comprendre les raisons de la souffrance : Pourquoi cette personne souffre-t-elle ? Quels sont les événements ou les mécanismes à l'œuvre ?
3. Compassion de reconnaissance (voir l'autre comme un égal, sans jugement)
Prise de conscience que ce que l'autre traverse peut être également présent en nous. Il n'y a pas de séparation entre ce que la personne vit et ce que nous pouvons aussi le vivre. On peut ainsi parler d'humanité partagée par rapport à l'expérience vécue.
4. Compassion de vérité (soutenir la personne face à la réalité de son expérience)
Acceptation honnête : on ne peut pas enlever à l'autre sa souffrance. Toutefois, par la présence et l'authenticité, on peut l'aider à la traverser. Cela implique un courage de dire la vérité même si elle dérange.
5. Compassion de possibilité (voir le potentiel de guérison au-delà des difficultés présentes)
Voir et nourrir chez l'autre le potentiel non encore révélé. On ne se contente pas de soulager la souffrance de l'autre mais on l'accompagne vers la transformation afin d'ouvrir le champ des possibles qui ne sont pas encore apparents.
Comme nous le rappelle le Docteur Gabor Maté :
« Se couper de notre auto-compassion naturelle limite notre capacité de guérison. »
La compassion commence lorsque nous rencontrons ce qui est présent avec un cœur ouvert plutôt qu'en résistant à ce qui est là. Elle émerge lorsque nous osons regarder notre douleur, non pas pour la "réparer" ou la changer, mais pour lui offrir un espace de sécurité.
La compassion n'est pas l'absence de souffrance. C'est la capacité de rester en présence de cette souffrance avec curiosité.
Une complémentarité entre ces deux approches
Ces deux approches sont donc complémentaires. La CFT apporte des ressources concrètes pour apaiser le système nerveux et développer la sécurité interne, tandis que l'Inquiry Compassionate permet d'explorer en profondeur ce qui a façonné les blessures émotionnelles. Ensemble, elles favorisent la guérison du psycho-trauma, de la négligence émotionnelle et de l'isolement affectif en aidant la personne à devenir pour elle-même une présence plus sécurisante, compréhensive et réparatrice.

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L'acceptation : une étape essentielle de la remise en mouvement psychique
Le terme « acceptation » est souvent mal compris. Dans le langage courant, il évoque parfois la résignation, la passivité ou le renoncement. Pourtant, dans le champ du soin psychique, l'acceptation représente bien autre chose : elle constitue souvent une étape fondamentale permettant au sujet de sortir progressivement d'un état de blocage et de retrouver une capacité de mouvement.
Dans les situations de souffrance psychique, de stress chronique ou de psycho-trauma, une grande partie de l'énergie interne est fréquemment mobilisée dans la lutte contre l'expérience vécue. Beaucoup de personnes tentent de contrôler leurs émotions, de repousser certaines pensées, d'éviter leurs sensations corporelles ou de lutter contre ce qu'elles ressentent intérieurement.
Ces stratégies sont profondément humaines. Elles cherchent avant tout à protéger l'individu d'une souffrance perçue comme menaçante. Pourtant, cette lutte permanente entretient souvent les mécanismes mêmes qu'elle cherche à faire disparaître. En effet, plus le sujet combat son expérience intérieure, plus le système de menace reste activé. Les tensions corporelles augmentent, les ruminations s'installent, l'épuisement émotionnel apparaît et le psychisme peut progressivement se rigidifier autour de stratégies de survie.
Les approches contemporaines issues notamment de la théorie polyvagale montrent combien notre système nerveux autonome réagit en permanence aux signaux de sécurité ou de danger. Lorsqu'une personne reste engagée dans une lutte constante contre elle-même, son organisme continue souvent à fonctionner comme s'il était en situation de menace.
Dans ce contexte, l'acceptation introduit un changement majeur.
Accepter ne signifie pas approuver ce qui s'est passé, minimiser la souffrance ou renoncer à évoluer. Cela signifie reconnaître une réalité intérieure telle qu'elle est, sans entrer immédiatement dans une guerre contre elle. Pouvoir se dire « oui, ceci est difficile » ou « voilà ce que je ressens maintenant » constitue déjà une transformation importante. La lutte interne diminue, les mécanismes de défense peuvent progressivement se relâcher, et le système nerveux commence parfois à retrouver davantage de sécurité.
Cette diminution de la lutte psychique ouvre alors un espace nouveau. Lorsque toute l'énergie n'est plus mobilisée à éviter, contrôler ou combattre l'expérience interne, il devient plus possible de penser, ressentir, créer du lien ou envisager un changement.
Paradoxalement, c'est souvent à partir du moment où le sujet cesse de lutter contre certaines réalités internes qu'une remise en mouvement devient possible.
Cette perspective rejoint les travaux sur l'autocompassion développés par Kristin Neff et les approches compassionnelles de Paul Gilbert. Reconnaître sa souffrance sans se juger, accueillir ses émotions avec davantage de présence et de bienveillance, permet progressivement de restaurer une relation plus sécurisante avec soi-même.
L'acceptation apparaît alors non comme une forme de passivité, mais comme une posture active de régulation. Elle permet au sujet de sortir d'un fonctionnement centré exclusivement sur la survie pour retrouver progressivement des capacités d'adaptation, de souplesse psychique et de transformation.
Dans cette perspective, la remise en mouvement ne naît pas de la contrainte ou du combat contre soi-même. Elle émerge souvent lorsque suffisamment de sécurité intérieure permet enfin au psychisme et au corps de ne plus être entièrement mobilisés par la défense.
Accepter ne signifie donc pas rester immobile. Cela signifie cesser de lutter contre ce qui est déjà là afin de retrouver progressivement la possibilité d'avancer.
Un travail sur les parties de soi parfois nécessaire : un préalable à la sécurisation du patient
Toutefois, quand cette sécurité intérieur reste inaccessible, il est indispensable de travailler sur les parties de la personnalité du patient sans quoi l'acceptation et la dimension compatissante ne peut se manifester. Dans un travail thérapeutique autour des parties de soi, il est fréquent que la personne soit fortement identifiée à certaines parties émotionnelles qui prennent toute la place dans son vécu, ses réactions et sa manière de se percevoir. Cette fusion empêche souvent d'avoir une vision plus apaisée et globale de son fonctionnement interne.
C'est pourquoi la thérapie nécessite, dans un premier temps, une phase de stabilisation. Cette étape vise à permettre à la personne de prendre progressivement de la distance avec ses états émotionnels afin de ne plus être entièrement confondue avec eux. Le travail consiste alors à reconnaître les différentes parties, à comprendre leur rôle, leurs besoins et leurs modes de protection, tout en développant une relation plus sécurisante et équilibrée entre elles. Ce n'est qu'à partir de cette stabilisation et de cette différenciation interne qu'un véritable travail de compassion envers l'enfant intérieur peut devenir possible, sans risque de débordement émotionnel ou de réactivation traumatique trop intense.
Cette perspective est notamment développée dans les travaux de Janina Fisher (psychologue clinicienne Américaine) à travers le modèle du Traitement de stabilisation informé par le traumatisme (TIST), qui s'inscrit en continuité avec la théorie de la dissociation structurelle. Ce modèle propose une lecture du fonctionnement psychique traumatique en termes de parts dissociées de la personnalité, organisées autour de réponses de survie figées après des expériences de menace. La théorie de la dissociation structurelle, développée notamment par Onno van der Hart (psychologue et psychothérapeute Néerlandais, Ellert Nijenhuis (psychologue et psychothérapeute Néerlandais) et Kathy Steele (psychothérapeute Américaine), propose que les troubles dissociatifs résultent d'une division de la personnalité en plusieurs « parties » fonctionnelles à la suite d'expériences traumatiques précoces ou répétées. Elle distingue classiquement une partie apparemment normale, organisée autour des exigences de la vie quotidienne, et une ou plusieurs parties émotionnelles fixées dans des réponses de survie liées au trauma (combat, fuite, figement, soumission et appel à l'aide).

Pour résumer, nous avons :
Combat → " Je me protège en attaquant " ;
Fuite → " Je me protège en disparaissant " ;
Fige → " Je me protège en ne sentant plus " ;
Soumission → " Je me protège en me conformant " ;
Appel à l'aide → " Je me protège en m'accrochant ".
Toutes ces stratégies empêchent l'accès à l'état central d'effondrement traumatique. Le système de défense n'est donc pas organisé autour du trauma lui-même, mais autour de la prévention de l'effondrement.
Remarque :
Les trois réponses « combat / fuite / immobilisation » sont souvent décrites comme des réponses neurobiologiques de survie immédiate face à une menace comme dans le cadre de la Théorie polyvagale. Toutefois, elles peuvent être comprises à deux niveaux différents :
dans la dissociation péri-traumatique en tant que réaction aiguë comme une réponse neurobiologique de survie ;
dans la dissociation structurelle en tant qu'organisation durable de la personnalité après trauma, notamment dans le modèle de Janina Fisher (TIST).
La clé pour comprendre leur articulation, c'est de voir qu'il ne s'agit pas de phénomènes différents, mais du même système de survie à deux échelles temporelles différentes.
Le Self observateur
Le Self observateur désigne la capacité interne à percevoir ses états émotionnels et ses différentes parts sans s'y identifier complètement. Il s'agit d'une capacité de conscience réflexive qui se développe progressivement grâce à la stabilisation, à la co-régulation et à la sécurité relationnelle. Ce concept ne correspond ni à la Partie Apparemment Normale (PAN) ni aux Parties Émotionnelles (PE). Il ne s'agit pas d'une part parmi les autres, mais d'une capacité particulière du système psychique à se percevoir lui-même. Dans le modèle du TIST, il peut être compris comme une forme de mentalisation incarnée, c'est-à-dire une manière de penser et de ressentir qui reste reliée au corps et à l'expérience vécue, tout en permettant une prise de recul interne.
Cette fonction se situe en quelque sorte "en second plan" de l'expérience. Elle ne remplace pas ce qui est vécu par les parts, mais elle offre un espace intérieur dans lequel ces expériences peuvent être observées sans être immédiatement agies ou subies. Elle permet ainsi une forme de conscience des états internes qui ne passe ni par l'identification totale, ni par l'évitement.
Le self observateur peut donc être compris comme la réactivation d'une capacité d'intégration corticale permettant :
de maintenir une double conscience (une expérience émotionnelle ou corporelle activée et une conscience réflexive de cette activation) ;
de distinguer passé et présent ;
de percevoir les états internes sans fusion ;
de rester partiellement régulé malgré l'activation émotionnelle.
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La remise en mouvement : une conséquence de la sécurité
Lorsque le système nerveux n'est plus entièrement mobilisé par la défense, quelque chose peut progressivement se remettre en mouvement.
On observe souvent :
- un retour de la capacité à penser ;
- une reprise du lien relationnel ;
- davantage de souplesse psychique ;
- une diminution de l'évitement ;
- une capacité nouvelle à ressentir sans être submergé ;
- parfois l'émergence d'élans, de projets ou de désirs jusque-là inhibés.
Le mouvement psychique redevient possible parce que l'organisme n'est plus exclusivement orienté vers la protection.
Dans cet objectif, la transformation progressive de la mémoire traumatique ne vise pas à effacer ce qui a été vécu, ni même à faire disparaître les souvenirs. L'enjeu est plutôt de modifier profondément la manière dont ces traces sont organisées dans le psychisme et dans le corps. Dans le trauma, la mémoire n'est pas stockée comme un récit du passé, mais comme une expérience encore active, souvent fragmentée, sensorielle et émotionnelle, qui continue d'être vécue comme si elle se produisait au présent.
Le travail thérapeutique consiste alors à permettre un basculement progressif de l'expérience interne. Ce qui est initialement vécu comme un danger immédiat peut peu à peu être reconnu comme un événement appartenant au passé. De la même manière, l'expérience interne qui s'organise autour de l'idée « je suis en danger » peut évoluer vers une reconnaissance plus ajustée du type « quelque chose de grave m'est arrivé ».
Ce déplacement, en apparence simple, constitue en réalité une transformation profonde du système de perception et de régulation émotionnelle. Enfin, ce qui est vécu de manière fragmentée, sous forme d'éclats sensoriels, d'affects bruts ou d'états corporels envahissants, peut progressivement s'organiser en une expérience plus cohérente, intégrée dans une continuité narrative et corporelle.
Lien avec l’Énoncé Cohérent du Dilemme de Contact en Gestalt Thérapie
L’Énoncé Cohérent du Dilemme de Contact permet précisément de faire émerger une forme symbolique et consciente de ce qui, jusque-là, était agi de manière implicite. Il transforme une dynamique figée en une formulation claire des tensions internes et des besoins contradictoires. De ce point de vue, il joue un rôle analogue à celui du processus de ré-association dans le trauma : il relie ce qui était séparé, donne une forme à ce qui était diffus et permet au sujet de se situer dans ce qu'il vit plutôt que d'être entièrement identifié à une seule polarité.
1. Du dilemme de contact au dilemme des parts
En Gestalt classique, le dilemme de contact est souvent formulé comme une tension du type :
« Je veux être en lien, mais j'ai peur d'être envahi et voilà la réponse en terme de défense que je mets en place pour me protéger ».
Dans le TIST, cette logique est transposée à l'intérieur du système car il ne s'agit plus seulement d'un conflit entre la personne, les autres et son environnement, mais d'un conflit entre parts internes.
Par exemple :
« Une part de moi veut s'approcher / une autre part a peur et se protège en se retirant »
On passe donc du champ relationnel externe au champ intrapsychique dissocié.
2. L'énoncé correct comme acte de différenciation des parts
Dans le TIST, le problème central du trauma n'est pas le conflit en soi, mais la fusion ou confusion des états internes.
L'énoncé correct du dilemme joue ici un rôle clé car il permet de transformer une expérience globale et envahissante en une structure différenciée.
Les formulations de ce type sont à éviter :
- « Je suis bloqué » ;
- « Je panique » ;
- « Je n'y arrive pas ».
On leur préfèrera une formulation inspirée du dilemme de contact comme :
- « une part de moi panique et perçoit un danger immédiat »;
- « une autre part essaie de garder le contrôle et de ne rien ressentir ».
Ce simple déplacement produit un effet clinique majeur car le sujet cesse d'être entièrement identifié à l'état traumatique.
3. Le Self observateur comme espace de formulation
Dans le TIST, tout le travail repose sur la capacité à activer un "Self observateur", une position interne capable de dire : « ceci est une part de moi ».
C'est exactement ce que permet une formulation correcte du dilemme de contact en créant une troisième position implicite.
Au lieu de d'une immersion dans la peur ou ou d'une identification à la protection, on on introduit une conscience qui observe la tension entre les deux. C'est ce tiers qui rend possible la régulation et la sécurisation.
Conclusion
L’Énoncé cohérent du dilemme de contact, transposé dans le TIST, devient un outil de différenciation interne et de désidentification. Il permet de transformer une expérience traumatique globale en une dynamique entre parts ouvrant ainsi l'espace du Self observateur. C'est cette opération qui rend possible le passage d'un vécu figé à un processus vivant, régulable et intégrable.
On cherche alors à :
- le rendre conscient ;
- explorer chaque pôle correspondant à des parties différentes ;
- identifier les besoins et peurs sous-jacents à ces parties ;
- comprendre son origine relationnelle ;
- intégrer les parties clivées du self ;
- vivre une nouvelle expérience relationnelle permettant l'émergence d'une troisième voie.
La résolution apparaît lorsque le sujet n'est plus prisonnier d'un choix binaire mais retrouve sa capacité de contact créateur avec lui-même et avec autrui. Cette « troisième voie » est précisément ce que la Gestalt considère comme une restauration de la fonction de contact.
Inversion psychologique et dilemme de contact : comprendre les résistances implicites au changement
L'inversion psychologique, concept majeur en EFT (Emotional Freedom Techniques), peut être comprise comme l'expression d'un conflit interne non résolu dans lequel une partie du sujet souhaite le changement tandis qu'une autre perçoit ce changement comme potentiellement dangereux sur le plan émotionnel, relationnel ou identitaire. Dans cette perspective, l'énoncé cohérent du dilemme de contact constitue une étape essentielle du travail thérapeutique, car il permet de mettre en lumière la logique implicite qui maintient le symptôme ou le blocage. Tant que ce dilemme demeure non formulé ou insuffisamment conscientisé, le patient peut rester pris dans une dynamique paradoxale où toute tentative d'évolution réactive simultanément une menace interne. L'énoncé cohérent du dilemme permet alors de relier les résistances apparentes à une nécessité adaptative profonde, souvent construite dans l'histoire relationnelle du sujet. Cette mise en cohérence favorise une diminution des tensions internes, réduit les phénomènes d'auto-sabotage et soutient la remise en mouvement thérapeutique en offrant au patient une compréhension plus intégrée de ce qui se joue dans son rapport au changement.
Le parallèle entre l'EFT et la PRGO
L'inversement psychologique peut donc être compris comme la manifestation observable d'un dilemme de contact ou d'un schéma émotionnel implicite non encore conscient. Pour être plus précis, on peut dire que l'inversion psychologique correspond à l'expression clinique observable de ce dilemme de contact lorsqu'il reste implicite et non résolu.
Autrement dit :
- l'inversement psychologique décrit le phénomène ;
- le dilemme de contact explique le phénomène.
Les deux approches reconnaissent donc qu'une partie de la personne souhaite le changement tandis qu'une autre le redoute. La différence fondamentale est que la PRGO cherchent avant tout à découvrir la logique protectrice de cette seconde partie alors que l'EFT vise davantage à neutraliser la charge émotionnelle associée au conflit.
Le traitement mis en place s'avère donc être différent mais complémentaire selon l'éclairage que l'on en fait :
EFT -> Inversement psychologique
PRGO -> Dilemme de contact
= =
Résistance au changement Adaptation créatrice cohérente
d'où d'où
Phrase de préparation ; Exploration phénoménologique du conflit ;
Correction de l'inversement ; Intégration des polarités ;
Libération émotionnelle. Reconsolidation de la mémoire émotionnelle.
L'EFT : un outils de régulation
Dans cette dynamique, l'EFT peut toutefois constituer un outil intéressant de régulation et de sécurisation du système nerveux. En mobilisant simultanément l'attention sur l'expérience émotionnelle et une stimulation corporelle rythmique, l'EFT peut contribuer à diminuer l'intensité des états d'activation défensive, à restaurer un sentiment de sécurité interne et à renforcer les capacités d'autorégulation du patient. Cette approche peut ainsi faciliter l'accès aux contenus émotionnels sensibles tout en limitant les phénomènes de débordement ou d'effondrement, permettant au sujet de rester davantage en contact avec lui-même au cours du processus thérapeutique.
L'hypnose comme entraînement au Self
Dans une perspective intégrative, l'hypnose peut être envisagée non comme une technique destinée à modifier directement les symptômes ou à produire un changement par la suggestion, mais comme un entraînement progressif à l'émergence du Self. Cette conception rejoint la vision de Richard Schwartz, selon laquelle le Self est une capacité innée de présence, de régulation et de leadership intérieur, déjà présente chez chaque individu mais souvent masquée par l'activation des parties protectrices.
L'objectif de la transe hypnotique n'est donc pas de « créer » le Self, mais de favoriser les conditions neurophysiologiques et expérientielles qui permettent son expression. En ralentissant le rythme, en stabilisant l'attention et en diminuant progressivement les réponses automatiques de survie, l'hypnose ouvre un espace dans lequel la personne peut faire l'expérience directe des qualités du Self.
Ainsi, le thérapeute n'utilise pas la suggestion pour imposer un état particulier, mais accompagne la personne dans une exploration intérieure favorisant l'émergence naturelle des huit qualités fondamentales du Self.
Le Calme apparaît lorsque la respiration devient plus ample, que le corps retrouve un sentiment d'appui et que le système nerveux sort progressivement de l'état d'alerte.
La Curiosité se développe lorsque les sensations, les émotions ou les pensées peuvent être observées avec intérêt, sans chercher à les contrôler ou à les supprimer.
La Clarté émerge à mesure que la personne apprend à différencier les différentes parties qui composent son monde intérieur, sans se confondre avec elles.
L'hypnose favorise également la Compassion, en permettant d'accueillir chaque partie, même la plus protectrice ou la plus souffrante, avec une attitude de compréhension plutôt que de jugement.
Elle renforce la Connexion, en développant un sentiment de sécurité à la fois dans la relation thérapeutique, dans le rapport au corps et dans la relation à soi-même.
La Confiance grandit lorsque la personne découvre qu'il est possible de rester en contact avec une émotion difficile sans être submergée.
Le Courage se manifeste dans la capacité à demeurer présente auprès d'une partie vulnérable tout en conservant un ancrage suffisant.
Enfin, lorsque les stratégies défensives se relâchent et que le système nerveux retrouve davantage de souplesse, la Créativité peut émerger spontanément sous la forme de nouvelles perceptions, de nouvelles compréhensions ou de réponses plus adaptées aux situations présentes.
Dans cette approche, l'hypnose ne cherche donc pas à installer ces qualités par des suggestions directes. Elle crée plutôt un contexte de sécurité, de présence et de régulation dans lequel elles peuvent émerger naturellement, comme l'expression d'un système psychique et neurophysiologique retrouvant progressivement son équilibre. Elle conduit à considérer la transe hypnotique moins comme un moyen de transformer directement les symptômes que comme un espace d'expérience permettant au Self de reprendre progressivement son rôle de guide et de leader intérieur. Lorsque les réponses neurophysiologiques de survie diminuent, le Self n'a plus besoin d'être recherché : il se manifeste spontanément à travers une présence calme, curieuse, compatissante et profondément incarnée. Cette perspective ouvre un dialogue particulièrement fécond entre l'hypnose, l'IFS et les approches somatiques du psychotraumatisme.
Quand on se sent en sécurité… sans vraiment être en lien
Il arrive que certaines personnes se sentent en confiance avec leur thérapeute tout en ayant l'impression de rester à distance d'elles-mêmes. Elles peuvent raconter leur histoire avec beaucoup de précision, comprendre ce qui leur est arrivé et reconnaître la bienveillance de la personne qui les accompagne, sans pour autant ressentir pleinement leurs émotions, leurs sensations corporelles ou le sentiment d'être réellement en relation. Elles décrivent parfois l'impression de parler de leur vie comme si elle appartenait à quelqu'un d'autre, ou de tout comprendre sans rien ressentir.
Dans l'approche de la Thérapie de l'Intelligence Relationnelle, cette manière de fonctionner n'est pas considérée comme une résistance ou un manque de motivation. Elle est comprise comme une stratégie de protection développée par le système nerveux au cours de la vie, le plus souvent à la suite d'expériences relationnelles difficiles ou traumatiques. Lorsque les premières relations d'attachement ont été source de peur, d'insécurité ou de rejet, le cerveau peut apprendre qu'il est plus prudent de rester à distance de ses émotions, de son corps ou même de la relation avec l'autre. Cette adaptation a longtemps permis de survivre. Elle est donc respectée comme une réponse intelligente du système nerveux face au danger.
Le travail thérapeutique ne consiste pas à faire disparaître cette protection de force. Au contraire, le thérapeute cherche d'abord à créer une relation suffisamment sécurisante pour que le système nerveux découvre progressivement qu'il n'est plus nécessaire de rester constamment sur ses gardes. Cette évolution ne passe pas uniquement par la compréhension intellectuelle, mais surtout par une nouvelle expérience relationnelle basée sur la métacognition (perception de soi) dans laquelle la personne peut rester libre, respectée et accueillie, sans être envahie ni contrainte.
Au fil des séances, le patient retrouve progressivement le contact avec son corps, ses émotions, ses pensées et ses différentes parties internes. Cette reconnexion se fait à son propre rythme, sans brusquer les défenses qui l'ont longtemps protégé. La guérison ne consiste donc pas à supprimer les mécanismes de protection, mais à leur permettre de devenir progressivement moins nécessaires grâce à l'expérience répétée d'une relation fiable, sécurisante et respectueuse.
On peut comparer ce processus à une maison dont les volets sont restés fermés pendant des années pour se protéger des tempêtes. Ces volets ont rempli une fonction essentielle en protégeant l'intérieur. Lorsque les tempêtes sont terminées, ils continuent pourtant à empêcher la lumière d'entrer. Le rôle du thérapeute n'est pas de forcer leur ouverture, mais de rester présent, patient et rassurant. Peu à peu, lorsque le système nerveux se sent suffisamment en sécurité, les volets commencent à s'entrouvrir. La lumière revient progressivement, non parce que les défenses ont été combattues, mais parce qu'elles ne sont plus indispensables. C'est cette reconnexion progressive à soi-même et à la relation qui constitue l'un des objectifs essentiels de la Thérapie de l'Intelligence Relationnelle.
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La clé d'une remise en mouvement
Le passé reste présent si le présent renforce le passé. C'est donc en intervenant sur ce qui est présent que le passé peut être dépassé.
Ainsi, les solutions dans la résolution des difficultés et d'une remise en mouvement, ne sont pas à rechercher dans le passé mais dans la création actuelle du souvenir comme dans la façon dont il possible de réagir voire d'agir aujourd'hui.
«Tout ce à quoi on résiste persiste»
Dans cette approche, le problème ne se trouve pas au niveau de la personne mais dans les relations qui se sont instaurées avec soi, avec les autres ou avec son environnement.
De fait, la clé d'une remise en mouvement aura comme visée la prise de conscience et le changement de l'ensemble de la subjectivité de la personne et de ses relations à soi, aux autres et au monde dans le moment présent.
Se remettre en mouvement, c'est parfois commencer par ressentir ce qui était figé, pleurer ce qui avait été retenu, reconnaître ses besoins ou redonner une place à des parts de soi longtemps mises de côté. Ainsi, dans le cadre d'une thérapie, la remise en mouvement naît moins de la pression que de la sécurité retrouvée. Quand la personne se sent davantage soutenue, comprise et reliée à elle-même, l'élan vital peut réapparaître. Le mouvement n'est alors plus une injonction, mais la conséquence naturelle d'un système intérieur qui recommence à se sentir assez en sécurité pour vivre.
Eric Bardot, psychiatre et initiateur de l'approche TLMR (Thérapie du Lien et des Mondes Relationnels) fixe trois axes d'intervention : le singulier, l'appartenance et le lien aux valeurs universelles (par opposition aux croyances personnelles qui amènent à l'exclusion) pour créer les conditions de l'émergence d'un nouveau récit de vie.
Cette remise en mouvement sera facilitée par une thérapie orientée vers le corps en créant un environnement dans lequel le patient se sentira plus aisément en sécurité.
L'objectif de cette remise en mouvement est d'intégrer le problème (source de dissociation pathologique) pour réassocier (réunifier) l'identité, les relations, les souvenirs, les intentions comme les ressources de la personne faisant face à ses difficultés.
L'idée, est que les diverses dimensions de l'existence soient associées les unes aux autres mais non pas dans une recherche de bien-être ou de bonheur, mais pour redonner espoir, un sens et une cohérence à la vie. On peut ainsi parler de résilience voire de croissance post-traumatique.

Pour ce faire, cette intégration implique une nécessaire acceptation de ce qui est et oblige à rétablir un cadre sécure.
L'hypnose utilise ainsi une démarche dissociative au même titre que l'évènement problématique voire traumatique, mais en inversant le processus pathologique.
De fait, l'hypnose est à la fois un processus de focalisation et de dissociation (Hilgard, 1986). En effet, par la modification de l'espace de conscience que donne à vivre la focalisation, cette rupture dans l'unité de la conscience comme dans la cohésion des perceptions du sujet entraîne alors une réorganisation de son espace psychique et perceptif : c'est ce que l'on appelle la dissociation psychique.
En résumé, dans le cadre thérapeutique qui vous sera proposé, nous pouvons reprendre ce mécanisme de remise en mouvement sous la forme d'une formule mathématique :
Dissociation hypnotique + Acceptation + Sécurité
=
Intégration et Réassociation
donc
Remise en mouvement
Cette remise en mouvement peut être facilité par le processus hypnotique. En effet, celui va permettre d'atteindre un état de transe hypnotique qui s'apparente à ce que l'on appelle un état modifié de conscience.
Cette transe hypnotique peut être considérée comme la somme d'une dissociation hypnotique (rupture dans l'unité de temps et d'espace de la conscience) avec une profondeur (intériorité et implication) et une hallucination (un vécu " comme si " qui devient vrai) du patient qui peut ainsi vivre une réalité de lui qui est autre, différente.
Transe hypnotique = dissociation hypnotique + profondeur + hallucination
La connexion entre l'éprouvé et la pensée
Le corps peut être reconnu comme
un lieu de manifestation de l'inconscient et le centre d'une remise en mouvement. Une invitation toute particulière à porter une attention fine aux liens qui émergent
entre les sensations, les émotions et les pensées permet à une personne d'éprouver pleinement ce qu'elle pense et de penser pleinement ce
qu'elle éprouve.
" L'inconscient a accumulé des années d'apprentissage, de sentiments, de pensées et d'actions"
Milton Erickson
Eric Bardot, parle de l'affect et de l'émotion comme d'une " interface entre le monde perceptif sensible, sensorimoteur connecté à notre environnement vivant et le monde langagier mentalisé qui va d'un côté se décliner par l'imagination et de l'autre, par l'intellect ".

Source Institut Mimetys
Quand Éric Bardot parle de l'affect et de l'émotion comme interface, il désigne ainsi une fonction précise. En effet, l'affect apparaît pour lui comme un lieu de passage entre le monde perceptif, sensorimoteur, incarné et le monde psychique, symbolique, langagier.
Autrement dit, le corps perçoit et agit alors que la psyché représente et pense et que l'affect fait circuler l'expérience entre les deux.
L'affect n'est donc ni une sensation brute, ni une pensée mais bel et bien un opérateur de transformation.
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La conscientisation du passé : une notion centrale en Psychanalyse à médiation corporelle
La conscientisation du passé désigne le processus à travers l'exploration corporelle par lequel un individu porte à la conscience des souvenirs, émotions, expériences ou conflits psychiques enfouis et souvent liés à l'enfance et/ou à des événements traumatiques. Pour comprendre pleinement ce processus, il est utile de considérer les sept couches de la mémoire qui dans le cadre de la Psychanalyse à médiation corporelle, permettent de revivre corporellement le passé. Chaque couche représente un niveau de mémorisation et de signification. La conscientisation du passé s'opère en partant du corps pour progresser peu à peu vers le psychisme, transformant ainsi progressivement les réactions automatiques et les souvenirs implicites en compréhension consciente et intégrée. La Psychanalyse à médiation corporelle offre donc un accès aux clés du passé ayant construit la personnalité tout en donnant à revivre psychiquement les événements douloureux qui l'ont marqué et ceci grâce au corps, mais sans jamais avoir recours à l'interprétation.
Il existe une équation de base en Psychanalyse à médiation corporelle :
Lapsus corporels + Images psychiques + Verbalisation = Conscientisation du passé
La conscientisation du passé naît lorsque ce que le corps répète, ce que l'image esquisse et ce que la parole nomme se rejoignent dans une expérience subjectivement habitée.
Le cadre thérapeutique offre un espace sécurisé où le corps peut s'exprimer pour faire vivre cette équation, se transformer et peu à peu, se relier à une histoire personnelle.
Au fil des séances, le patient ne fait pas seulement l'expérience de se souvenir, mais également de se réapproprier ce qu'il a vécu. Le corps cesse d'être un lieu de tension ou de symptômes incompris pour devenir un appui, un repère, un espace habitable. C'est dans ce mouvement d'intégration que peut se construire un rapport plus apaisé à soi, aux autres et au monde là où le vécu traumatique cesse d'agir en silence pour enfin trouver une place dans l'histoire du sujet.
Respiration, mouvement, tension, relaxation et posture : des médiations au service du travail psychanalytique
En psychanalyse à médiation corporelle, le travail sur la respiration, la mise en mouvement douce, la prise de conscience des tensions, la relaxation psychanalytique et le travail postural ne constituent pas des techniques isolées, ni des objectifs en soi. Ils sont des médiations, c'est-à-dire des supports permettant l'accès à des processus psychiques qui ne peuvent pas toujours se dire par la parole seule, en particulier chez les patients confrontés à des expériences traumatiques ou à des affects difficilement symbolisables.
Le travail sur la respiration joue un rôle fondamental de régulation et de contenance. La respiration, souvent altérée chez les patients traumatisés (apnée, souffle court, hyperventilation), est à la fois un indicateur de l'état psychique et un point d'appui pour restaurer un sentiment de sécurité corporelle. En portant attention au souffle, le patient peut progressivement revenir à une perception de son corps comme un espace habitable, condition préalable à toute élaboration psychique.
La mise en mouvement douce permet de sortir de la sidération ou de la rigidité défensive sans provoquer d'effraction. Les mouvements proposés ou spontanés ne visent pas la performance, mais l'émergence d'une expressivité corporelle minimale. À travers ces mouvements, le corps commence à figurer ce qui était jusque-là figé ou dissocié, ouvrant un premier accès à la mise en forme de l'expérience.
La prise de conscience des tensions constitue un moment charnière du travail thérapeutique. Identifier une tension, la localiser, la décrire, c'est déjà commencer à transformer une sensation brute en expérience pensable. Ces tensions corporelles peuvent être comprises comme des traces d'affects non élaborés ou de conflits psychiques, que le cadre analytique permet d'explorer sans interprétation prématurée.
La relaxation psychanalytique ne relève ni de l'hypnose ni d'une simple technique de détente. Elle s'inscrit dans une perspective analytique en favorisant un état de relâchement suffisamment sécurisé pour que puissent émerger des images psychiques, des souvenirs, des affects ou des associations. Elle crée les conditions d'un accès à des couches plus profondes de l'expérience, tout en maintenant la capacité du sujet à rester présent et à symboliser ce qui advient.
Enfin, le travail postural permet de repérer comment l'histoire du sujet s'inscrit dans la manière dont il se tient, s'appuie, occupe l'espace ou se replie. La posture peut traduire une hypervigilance, une retraite défensive, un sentiment d'impuissance ou de honte. En prenant conscience de ces organisations posturales, le patient peut progressivement expérimenter d'autres manières d'être dans son corps, soutenant ainsi un remaniement psychique et identitaire.
Ainsi, ces différentes médiations corporelles participent d'un même mouvement : permettre au corps de devenir un lieu de symbolisation plutôt qu'un lieu de répétition silencieuse du trauma. Elles s'inscrivent pleinement dans le champ de la psychanalyse, en ce qu'elles soutiennent l'émergence du sens, de la subjectivité et de l'intégration psychique, dans le respect du rythme et de l'histoire singulière de chaque patient.
Articulation des médiations corporelles avec les 7 couches du processus
En psychanalyse à médiation corporelle, le travail sur la respiration, le mouvement, les tensions, la relaxation et la posture ne vise pas une détente progressive standardisée. Chaque médiation constitue un point d'appui clinique spécifique, mobilisable selon la couche de fonctionnement psycho-corporel dans laquelle se situe le patient à un moment donné.
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L'intelligence du corps
Dans ce cadre, la relation à soi est déterminante. Afin de mieux l'appréhender, elle peut aussi passer par ce que l'on appelle le sens corporel grâce notamment au focusing : on parle aussi d'intéroception et de sensibilité intéroceptive.
La démarche propose de se mettre à l'écoute de soi, plus précisément à l'écoute d'une sensation corporelle souvent difficile à interpréter, mais concrètement ressentie. Cette sensation est appelée « sens corporel ». Celui-ci peut fournir des informations précises sur ce qui est donné à vivre. En effet, chaque situation vécue est corporellement ressentie. Selon les circonstances, il est possible de se sentir léger, serré, lourd, entravé, plein d'entrain, etc... De fait, il paraît important de comprendre que ces impressions habituellement laissées dans l'ombre, sont chargées de significations.
Le focusing ou le pouvoir de l'attention sur soi, vise à renouer avec ces impressions pour les amener à se préciser un peu comme si on ajustait le « focus » d'un appareil photo. En effet, celle-ci vont pouvoir fournir des renseignements précieux sur nous-mêmes, nous apprendre à se fier à notre « boussole intérieure » afin de se guider plus facilement dans l'existence tout en offrant la possibilité d'établir des rapports plus justes et plus harmonieux avec soi, les autres et le monde.
De fait, reconnaître ce qui est ressenti et pourquoi cela est ressenti donne la capacité de réguler plus facilement les émotions et de contrôler sa vie. Avoir une conscience de ce qui se passe dans l'esprit comme dans le corps permet ainsi d'offrir une alternative aux réactions habituelles et mécaniques et donc sortir des schémas répétitifs.
"On peut donc passer par le corps pour calmer le mental et réguler les émotions, ou au contraire jouer avec le mental pour moduler des sensations corporelles comme la douleur"
Isabelle Célestin-Lhopiteau, psychologue et hypnothérapeute
La prise en charge de la douleur, des phobies et des addictions
Au delà des troubles anxieux, les douleurs (qu'elles soient aiguës ou chroniques), les phobies ainsi que les addictions peuvent également s'inscrire dans cette logique de remise en mouvement. En effet, corps et psyché sont résolument indissociables l'un de l'autre et s'expriment l'un à travers l'autre.
Selon Gabor Maté, il faut un environnement et certaines expériences déterminées pour déclencher une addiction, une dépression ou une maladie mentale. Il se peut que certaines personnes soient plus sensibles, mais selon lui, c'est l'environnement qui les fait ressortir, les crée et les manifeste. Il faut donc tenir compte de la résonance du passé sur le présent pour travailler sur le champs des addictions, des phobies voire des douleurs.
Je vous propose de découvrir quelques éléments descriptifs de mes prises en charge dans ces domaines en cliquant sur l’image à suivre.
« L'addiction est une tentative pour résoudre le problème, le problème de la douleur, le problème de la détresse émotionnelle, le problème de la déconnexion, le problème du manque de contrôle, qui sont tous des formes de souffrance émotionnelle »
– Gabor Maté –
Motivation et changement
La Communication Non Violente (CNV), élaborée par Marshall Rosenberg (psychologue Américain), repose sur l'idée fondamentale que nos comportements sont l'expression de besoins non reconnus ou non satisfaits. Pour accéder à ces besoins, il ne suffit pas d'analyser les situations. Il est nécessaire de se reconnecter à ce qui se vit réellement en soi, au niveau émotionnel et corporel. Dans ce cadre, l'objectif mes séances est de renforcer la motivation ainsi que de favoriser l'engagement vers le changement en explorant les besoins de la personne par le biais de ses perceptions, ceci dans un climat d'acceptation et de compassion.

Comprendre ne suffit pas à changer
Beaucoup de personnes arrivent en consultation avec une forte volonté de changer malgré le sentiment de tourner en rond. Elles comprennent souvent très bien leur histoire, leurs schémas, leurs difficultés, mais quelque chose résiste. Ce n'est pas un manque de motivation. C'est que le changement ne se décide pas uniquement avec la tête. En effet, il est important de ne pas oublier que nos comportements actuels sont issus d'anciennes stratégies de survie. Même lorsqu'elles font souffrir aujourd'hui, ces stratégies ont eu un sens à un moment de la vie. Le corps s'en souvient et tant que ces mémoires restent actives, vouloir changer peut devenir épuisant, voire culpabilisant.
Motivation et changement : quand le corps ouvre la voie
De fait, la motivation au changement naît rarement d'une simple prise de conscience intellectuelle. Elle émerge lorsque la personne ressent, dans son corps et dans ses émotions, que quelque chose peut être différent. Le travail corporel permet alors de rencontrer directement les tensions, les blocages ou les automatismes qui freinent le changement non pas pour les combattre, mais pour les écouter. Cette écoute transforme peu à peu le regard que la personne porte sur elle-même : ce qui était vécu comme un défaut devient une tentative de protection ancienne.
Ce basculement est fondamental pour la motivation : on ne cherche plus à se forcer à changer, mais à prendre soin de ce qui a longtemps tenu bon.
En s'appuyant sur l'expérience corporelle, le travail thérapeutique ne demande plus à la personne de devenir quelqu'un d'autre, mais de redevenir elle-même, sans ses anciennes protections devenues inutiles.
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La présence comme support de l'attention et du processus émotionnel
La pleine présence correspond à la capacité à ramener son attention sur l'instant
présent de façon consciente en adoptant une attitude d'ouverture et
de bienveillance, sans jugement, sans avoir besoin d'agir.
Selon Danis Bois, Psychopédagogue, la pleine présence consiste à être à la fois proche et distant, à vivre l'expérience et être aussi capable de l'observer : il parle de distance de proximité.
La double conscience donne à s'ancrer dans le présent
La pleine présence passe aussi par la double conscience qui amène à prêter attention lors d'une expérience aux sens internes (intéroception) et externes (perception) en même temps.
La roue de la conscience
Dr Daniel Siegel, Psychiatre et codirecteur de recherche sur la pleine conscience, définit la présence comme le fait d'être en situation d'observer tout ce qui se passe en nous à un moment donné. Il évoque à travers la roue de la conscience quatre champs sur lesquels se focaliser : les 5 sens (perception), l'intérieur du corps (intéroception), l'activité mentale (pensée) et la façon de se sentir relié les uns aux autres (interconnectivité).
Le processus émotionnel
Un processus émotionnel se définie par les mécanismes
internes qui gouvernent la manière dont on se ressent, on interprète
et on réagit aux diverses situations de la vie quotidienne.
Le cycle émotionnel se
passe en deux temps : une première partie qui est purement une réaction
biologique et une deuxième partie où il y a prise de conscience et la
compréhension de la réaction émotionnelle.
Au quotidien ou en thérapie, il s'agit d'entrainer son esprit à développer son attention et l'appréhension de son processus émotionnel, en créant de nouvelles connexions neuronales, afin de développer certaines zones du cerveau (plasticité cérébrale) et favoriser la flexibilité psychologique.
Dans ce cadre, tant que les
expériences traumatiques en mémoire épisodique n'auront pas été rendues
explicites et traitées en processus émotionnel, la personne risque alors de
rester enfermée dans ses schémas et blocages. Dans la plupart des cas, la souffrance originelle
est encore implicite de nombreuses années après un vécu traumatique. En thérapie, ce que l'on veut aller chercher en mémoire, c'est ce
contact avec l'expérience personnelle incarnée dans le corps et la
souffrance qui s'est manifestée. Pourquoi ? Parce que cette mémoire n'a pas pu faire l'objet d'un
processus émotionnel en toute conscience sur le moment et ceci, même si le patient a pu raconter son histoire à de nombreuses reprises par la suite. En effet, on constate que quand les personnes font part de leurs expériences à des tiers, leurs récits ne se résument souvent qu'à un simple exposé des évènements, exposé qu'elles ne peuvent faire qu'à travers un regard extérieur. Il ne s'agit là finalement que d'une description qui correspondrait à ce qu'un observateur aurait pu
voir ou entendre s'il avait été présent au moment des faits. Mais il n'est ici, aucunement question d'une description du processus émotionnel qui les a envahi et qui les oblige désormais, à rester enfermées encore et toujours dans un passé douloureux. Cela s'explique par le fait qu'il y a dans le trauma une sidération psychique qui empêche de «penser le
trauma» et par conséquent de pouvoir le dire et le contenir.
Toutefois, quand on revisite la souffrance vécue dans le corps en tenant compte des émotions, des sensations et des significations, on doit toujours faire attention de procéder de façon graduelle afin de rester dans la fenêtre de tolérance du patient et permettre que le processus soit tolérable pour être efficace.
L'objectif est que la personne puisse accepter cette expérience et non pas se réfugier dans une posture d'évitement afin de conserver cette expérience en dehors de son champ de conscience. Tant que l'évènement n'est pas intégré, on trouvera toujours au-dessus de la souffrance (souvent liée à l'abandon, la trahison, le rejet, l'injustice ou l'humiliation), une réactivation post-traumatique de ces expériences qui ont été extrêmement intenses. C'est en cela que les schémas émotionnels concernés prédisent qu'un individu va être plongé dans sa souffrance d'origine s'il est à nouveau rejeté ou trahi par exemple, et revivre la même intensité de désespoir, de détresse et d'impuissance que lorsqu'il avait l'âge auquel il y fut confronté la toute première fois.

Lorsque l'on accède à la souffrance
d'origine et qu'on l'expose au processus émotionnel en pleine présence,
on
évacue la possibilité de revivre cette souffrance à nouveau parce que la
partie
liée aux apprentissages émotionnels se transforme. Comme on le fait en
Thérapie
de la cohérence, la juxtaposition avec des expériences contradictoires
(expériences
positives vécues après le trauma) peut ainsi permettre d'infirmer ces
schémas
émotionnels originels. Il est alors important de bien juxtaposer le ou
les schéma(s)
émotionnel(s) posant problème avec les ressources internes ou externes
qui sont disponibles dans l'ici et maintenant du patient. Ce processus
va faire qu'il
deviendra alors impossible de vivre les choses comme avant car
l'expérience de
cette juxtaposition devenant dès lors très explicite, elle facilitera de
fait le
processus d'intégration du souvenir traumatique.
Il n'y a personne qui soit née sous une mauvaise étoile, il n'y a que des gens qui ne savent pas lire le ciel.
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Dalaï Lama
Le concept de flexibilité psychologique

La flexibilité psychologique désigne la capacité à rester en contact avec ses expériences intérieures (sensations, émotions, pensées) tout en choisissant des actions ajustées à la situation présente. Elle ne consiste pas à aller bien en permanence, mais à ne plus être prisonnier de réactions automatiques héritées du passé.
Le concept de flexibilité psychologique (tant pour la personne qui consulte que pour le praticien et la relation thérapeutique qui en découle) est déterminant afin de permettre de choisir, de maintenir, de modifier un comportement ou une action intentionnellement, plutôt que de réagir de façon impulsive ou automatique.

Au cœur de la démarche, le concept de flexibilité psychologique
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Selon le psychologue américain Hayes : « La flexibilité psychologique a été définie comme la capacité à être conscient de ses pensées et sentiments du moment présent et ce, sans que cela empêche de poursuivre ses actions dans la poursuite de ses objectifs et de ses valeurs ».
Il s'agit de la capacité à vivre le moment présent, à être ouvert à l'expérience et à agir en fonction de ce qui semble important, qui a du sens.
Ainsi, le travail sur la flexibilité psychologique qui fait partie des thérapies brèves, consiste à changer la façon dont on considère ses émotions et ses pensées, d'entraîner une manière différente et plus flexible d'interagir avec son expérience intérieure. Cette approche émet l'hypothèse que toute émotion est intéressante à vivre et s'appuie sur la mise en évidence de l'inefficacité des tentatives de contrôle de la pensée et donc des émotions.
La flexibilité psychologique doit se comprendre non pas comme une
injonction au changement, mais comme le fruit d'un processus respectueux
du corps, de l'histoire et du rythme de chacun.
La flexibilité psychologique favorise une prise de conscience et l'activation de ses forces et de ses potentialités.

La flexibilité psychologique se compose de six processus interdépendants
1. Défusion cognitive : observer les pensées sans s'y attacher ;
2. Acceptation : accueillir les émotions sans essayer de les changer ;
3. Conscience du moment présent : être pleinement présent ici et maintenant ;
4. Soi, en tant que contexte : reconnaître que nous sommes plus que nos pensées et émotions ;
5. Valeurs : identifier ce qui est vraiment important pour nous ;
6. Action engagée : agir en accord avec nos valeurs, même face aux obstacles.
La flexibilité psychologique : donner du sens à son existence
Donner du sens à son existence ne signifie pas comprendre toute son histoire, ni effacer ses blessures. Cela signifie avant tout pouvoir être en lien avec ce qui est vécu, sans en être prisonnier. La flexibilité psychologique désigne cette capacité à rester présent à ses expériences intérieures (émotions, pensées, sensations) tout en choisissant comment agir dans le monde.
Lorsque la flexibilité est entravée, la vie se rétrécit. Les décisions sont guidées par la peur, l'évitement ou la répétition de scénarios anciens. Le corps se tend, l'esprit se rigidifie et le sens se perd non parce que la vie n'en a plus, mais parce que l'accès à ce qui compte vraiment est coupé.
À l'inverse, développer la flexibilité psychologique permet de retrouver une liberté intérieure essentielle : ressentir sans être submergé, penser sans se figer, agir sans se renier. Les émotions deviennent des repères plutôt que des obstacles. Les expériences douloureuses cessent d'être des freins pour devenir des sources de compréhension. C'est dans cet espace que le sens émerge. Non comme une réponse abstraite, mais comme une direction vécue. Le sens naît lorsque les choix s'alignent avec ce qui est profondément important pour soi, même au cœur de l'incertitude ou de la souffrance. Il ne s'agit pas de vivre sans difficultés, mais de vivre en cohérence avec ses valeurs.
La flexibilité psychologique ne promet pas une vie plus facile. Elle ouvre la possibilité d'une vie plus juste, plus habitée, plus reliée. Une vie dans laquelle l'on ne cherche plus à éviter ce qui fait mal à tout prix, mais à faire quelque chose de vivant avec ce qui est là.
En ce sens, cultiver la flexibilité psychologique, c'est moins chercher le sens de la vie que se rendre disponible à ce qui fait sens, ici et maintenant.
L'apport de la logothérapie
La logothérapie, développée par Viktor Frankl (Psychiatre et neurologue Autrichien), est une approche centrée sur la recherche de sens. En effet, logothérapie vient du grec « logos », qui signifie parole, esprit, sens. Selon cet auteur, ce qui va motiver l'homme n'est pas la pulsion sexuelle ni la recherche du plaisir (comme pour Freud), ni la volonté de puissance (comme pour Adler) ; il part du principe que l'homme a un besoin vital de trouver un sens à sa vie et aux évènements qui l'affectent : " Les efforts pour trouver un sens à sa vie constituent une motivation fondamentale de l'être humain ".
Cette approche considère que si le travail thérapeutique permet d'apaiser la souffrance et de comprendre les mécanismes issus du passé, une question essentielle demeure : comment redonner une direction à sa vie ? Dans le champ du psycho-trauma notamment, cette perspective est particulièrement pertinente car les expériences traumatiques entraînent souvent une perte de sécurité, de confiance, mais aussi de sens. La logothérapie aide alors la personne à identifier ce qui compte profondément pour elle, à se reconnecter à ses valeurs, à ses aspirations et à sa capacité de contribution. Elle ne cherche pas à justifier la souffrance, mais à permettre à chacun de découvrir ce qui peut encore nourrir son existence malgré les épreuves traversées. Ainsi, après le travail de stabilisation et d'intégration du trauma, la logothérapie ouvre un chemin vers la reconstruction identitaire, l'engagement et le développement d'une vie plus cohérente avec ses valeurs et ses choix.
Une séance de logothérapie ne se réduit pas à une simple réflexion philosophique sur le sens de la vie. Selon Viktor Frankl, elle vise à aider la personne à découvrir les significations concrètes que sa vie recèle dans une situation donnée. Le thérapeute n'apporte pas les réponses ; il accompagne le patient dans un processus de découverte personnelle.
La séance débute généralement par l'exploration de la difficulté actuelle. Le thérapeute cherche à comprendre non seulement les symptômes ou la souffrance, mais également la manière dont la personne interprète sa situation. Frankl considérait que la détresse psychique est souvent aggravée par une perte de sens, un vide existentiel ou un conflit de valeurs. Le praticien s'intéresse donc autant au vécu qu'à la signification que le patient lui attribue.
L'un des outils centraux est le dialogue socratique (permet à l'interlocuteur d'examiner différentes perspectives par rapport à l'hypothèse qui est la sienne et d'en dégager les conséquences), inspiré de la maïeutique de Socrate (art du questionnement dont l'objectif est de montrer à celui qui se croit ignorant, qu'il est en réalité savant). À travers des questions ouvertes, le thérapeute aide la personne à prendre conscience de ses contradictions, de ses croyances implicites, de ses ressources et des possibilités qu'elle n'avait pas envisagées. Les questions peuvent porter sur les valeurs, les choix, les engagements ou encore la manière dont la personne souhaite répondre aux épreuves qu'elle traverse. L'objectif n'est pas d'analyser le passé pour lui-même mais d'éclairer le présent et les possibilités d'avenir.
Le thérapeute explore ensuite les trois grandes voies d'accès au sens décrites par Frankl. La première concerne les valeurs créatrices, c'est-à-dire ce que la personne apporte au monde à travers son travail, ses engagements ou ses réalisations. La deuxième concerne les valeurs expérientielles, qui se manifestent dans la capacité à aimer, à être en relation, à apprécier la beauté, la nature ou la culture. Enfin, les valeurs d'attitude concernent la manière dont une personne choisit de se positionner face à ce qu'elle ne peut pas changer. Cette dernière dimension est particulièrement importante dans l'accompagnement des personnes confrontées à des traumatismes, des maladies ou des pertes.
La séance peut également s'intéresser à ce que Frankl appelait la dimension noétique ou spirituelle de l'être humain. Il ne s'agit pas nécessairement de spiritualité religieuse, mais de la capacité à prendre du recul sur soi-même, à exercer sa liberté intérieure et à orienter sa vie vers des valeurs choisies. Le thérapeute aide alors la personne à distinguer ce qui relève de ses conditionnements, de ses blessures ou de ses peurs, de ce qui relève de ses aspirations profondes.
L'évitement expérientiel comme conséquence d'une inflexibilité psychologique
L'inflexibilité psychologique (ou
rigidité psychologique) survient lorsqu'une personne se ferme face à
des pensées, des émotions ou des souvenirs pénibles. Sa prise en charge
nécessite une approche centrée sur les solutions s'appuyant sur les
ressources
et les points forts de la personne comme sur un modèle de posture et
d'intervention favorisant une perception positive des situations de vie.

L'évitement expérientiel est une cible importante du travail thérapeutique car il entraîne une perte de contact avec le moment présent.

L'origine de l'évitement expérientiel résulte de l'inflexibilité
psychologique inhérente à la gestion du mal-être par le fait de vouloir éviter ou échapper aux ressentis vécus comme trop douloureux.
Ce manque d'adaptation provoque le trouble d'évitement
expérientiel obligeant la personne qui en souffre à se réfugier dans
l'évitement des sensations ou des pensées dont elle aspire à se libérer.
L'acceptation des événements en termes d'émotions, de sensations et de pensées qui sont psychologiquement désagréables voire douloureux, est ainsi une étape essentielle. En effet, il s'agit d'apprendre à ne plus lutter systématiquement contre les événements vécus comme étant négatifs afin d'éviter que leurs effets restent présents et qu'ils ne se renforce dans le temps.

Dans ce cadre, l'évitement expérientiel peut se définir comme une attitude incompatible avec l'acceptation. En effet, l'acceptation en permettant de s'approprier ses propres états émotionnels, permet alors de mieux réguler ses émotions afin d'agir plus efficacement en accord avec ce qui est important et donner ainsi du sens à son existence.

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L'hypnose comme thérapie comportementale, cognitive et émotionnelle
La philosophie des TCCE dans laquelle s'insère la Thérapie d'acceptation et d'engagement, repose sur l'idée que les pensées, les sentiments et les comportements sont interconnectés et que changer l'un, peut entraîner des modifications au niveau des deux autres.
Comme on le voit sur le schéma, la biologie que l'on peut définir par la dimension corps-esprit, est positionné au centre d'une triangulation cognition/émotion/comportement. Elle représente le siège des besoins et à ce titre, commande pour une bonne part les comportements mis en œuvre. En effet, l'angoisse par exemple qui se manifeste par une sensation physique, peut apparaître comme un comportement de protection en réponse à une menace perçue dans l'environnement mais aussi comme la manifestation d'un besoin de sécurité en lien avec une émotion de peur.
Il est alors possible d'utiliser plusieurs techniques pour aider les personnes à modifier leurs pensées, leurs émotions ainsi que leurs comportements négatifs.
L'une des techniques les plus
courantes est la restructuration cognitive qui consiste à identifier et à
combattre les pensées négatives. Une autre technique est la thérapie
d'exposition, qui consiste à exposer progressivement les individus à leurs
peurs ou à leurs déclencheurs pour les aider à les surmonter. L'activation
comportementale est une autre technique utilisée qui consiste à augmenter les comportements positifs pour améliorer l'humeur et
réduire les pensées négatives.
La construction identitaire et l'évitement expérientiel
Dès la
naissance, les phases de développement de l'enfance permettent de se construire une identité.
L'identité se construit dans un double mouvement d'assimilation et de différenciation, d'identification aux autres et de distinction par rapport à eux. Celle-ci repose souvent sur la capacité d'intégrer et de s'approprier les difficultés de la vie dès son plus jeune âge. Ce état de fait peut ainsi expliquer les comportements en lien avec l'évitement expérientiel qui, basés sur des mécanismes de défense à court terme à l'âge adulte, trouvent leur essence dans les expériences vécues de l'enfance. En prenant conscience des caractéristiques de sa personnalité, chacun est alors en mesure de transformer ses faiblesses et ses angoisses en forces constructives.
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L'hypnose, par la polyvalence et la liberté d'action qu'elle apporte dans sa pratique, peut ainsi s'inscrire totalement dans ce cadre d'intervention. En effet, forte de cette intention d'amener un changement par le biais d'une nouvelle expérimentation établie notamment sur la base d'une interaction forte et sécurisante entre le consultant et praticien, elle peut apparaitre de fait comme un outil privilégié qui donne à modifier la perception qu'une personne a d'un évènement ou de son environnement.
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